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CQFD N°043


MALBOUFFE

NANOFOOD ET MAXIPROFIT

Mis à jour le :15 mars 2007. Auteur : Marco Pilori.

Il y a quelques années, les producteurs d’OGM promettaient d’éradiquer la faim dans le monde et de créer des aliments permettant de guérir certaines maladies. Ces boniments, on les retrouve chez les chercheurs et les industriels à propos des nanoparticules miracles qu’ils comptent bien nous faire ingurgiter.

DANS LE SECRET DE LEURS LABORATOIRES, Danone, Nestlé, Kraft, Unilever et autres géants de l’agro-industrie travaillent à l’incorporation de nanoparticules dans leurs produits. Allonger leur temps de conservation en lançant des nanotueurs de bactéries, faire qu’un M&M’s mette encore plus de temps à fondre dans les doigts, rendre possible la personnalisation d’un produit en fonction de l’âge, des carences ou des problèmes de santé du consommateur, rendre un vin rouge translucide à l’aide de nanofiltres, tout semble possible… Y compris les pires conséquences pour la santé. Mais peu d’informations filtrent à ce sujet. On sait que, compte-tenu de leur taille, certaines nanoparticules pourraient traverser la barrière du cerveau. On craint à demi-mot que des particules nanoscopiques puissent s’accumuler dans le foie, susciter des inflammations, voire passer dans le sang. On se demande par ailleurs si les nanosenseurs et autres nanopurificateurs incorporés à certains emballages ne pourraient pas se détacher et s’incorporer aux produits alimentaires qu’ils sont censés préserver. Dans un article destiné aux professionnels, deux « nanotoxicologues  », pourtant consultants et donc amis des industriels, indiquent que « tandis que les nanotechnologies pourraient être utilisées pour livrer efficacement des antioxydants aux effets bénéfiques pour la santé, l’utilisation de nanotransporteurs pourrait générer plus de mal que de bienfaits.  » [1]

Quand on s’intéresse de près aux « nanofoods », on est étonné de ne trouver des informations à leur sujet que dans la presse anglo-saxonne. Quand L’Usine Nouvelle publie un article (19/10/06) au sujet des nanos, ce journal n’évoque même pas les applications que nous prépare l’industrie agroalimentaire. Il est vrai que celle-ci, qui a pourtant entamé des recherches depuis des années, a peur de voir le scénario catastrophe des OGM en Europe se reproduire autour des nanos. Selon un rapport publié par un think tank [2] américain , il serait « nécessaire que [gouvernements et industriels] soient mieux préparés à l’arrivée des applications des nanotechnologies dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation.  » Pourquoi ? Parce que la « perception et l’acceptation du public  » en la matière « aura une grande influence sur la manière dont ces applications pourront pénétrer dans la société  » parce qu’ensuite, « les succès ou les échecs [des industries agroalimentaires] pourraient affecter la commercialisation future des produits mettant en oeuvre des nanotechnologies de toutes les industries.  » Et le think tank de se plaindre que les industriels refusent toujours de révéler le contenu de leurs recherches, non pas tant à cause des problèmes de santé publique que celles-ci pourraient poser, mais afin que les États puissent élaborer une politique « proactive » en la matière, susceptible de favoriser l’acceptation des nanofoods par la population. Les risques, le gouvernement fédéral américain y consacre dix millions de dollars : une goutte d’eau comparée au milliard dédié au nanoagrobusiness. Certains prévoient que dès 2010, les produits alimentaires comprenant des nanotechs représenteront un marché de vingt milliards de dollars. Dès lors, imposer des tests indépendants aux industriels signifierait retarder le lancement de leurs produits. Leur demander une plus grande transparence reviendrait à exiger d’eux qu’ils contribuent à leur propre fiasco. Bref, dans cette affaire, pas de champs de chimères à faucher, mais plein de toutes petites choses à saboter.

Article publié dans CQFD n° 43, mars 2006.


[1] Nanotechnology : Benefit vs toxic risks par Dr George A. Brudock et Sabine Teske, Functional Foods and Neutraceuticals, février 2007.

[2] Le Woodrow Wilson International for Scholars, institut « indépendant » comptant parmi ses public members, entre autres huiles, Condoleeza Rice.
http://www.nanotechproject.org/74/new-report-on-nanotechnology- in-agriculture-and-food.





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