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CQFD N°043


GUERRE À LA GUERRE

VICENZA RASSEMBLE LES COLÈRES

Mis à jour le :15 mars 2007. Auteur : Gilles Lucas.

Comme on sait, les États-Unis et l’Irak ont des frontières communes qui passent aussi par l’Italie, replète de bases yankees. D’un côté les autorités transnationales planifient et ferment les yeux sur les massacres, de l’autre des individus se regroupent pour les combattre. Vicenza, en Vénétie, se situe sur cette ligne de front.

CENT TREIZE BASES AMÉRICAINES sur le territoire italien ne suffisent manifestement pas à assurer une complète allégeance à la puissance états-unienne. En Vénétie, la ville de Vicenza possède la sienne, la caserne Ederle, dans laquelle séjournent 6 000 militaires et civils, le regard tourné vers l’Irak et l’Afghanistan. Alors que l’éventualité d’une guerre contre l’Iran démange les marchands de canons, le 19 janvier, Prodi [1], sur les traces de ses prédécesseurs, a donné le feu vert pour la construction d’une nouvelle base. Ce sera à Dal Molin, à 1,8 kilomètre du centre-ville, sur un aérodrome désaffecté entouré de quartiers d’habitations. Ces nouvelles installations devraient recevoir tout un corps d’armée : la 173e brigade aéroportée qui était intervenue dans le nord de l’Irak dès les premiers jours de l’offensive occidentale de 2003, afin d’ouvrir la voie vers Bagdad. Ainsi regroupée, cette unité combattante permettrait des raids rapides, disposant de la puissance de feu d’une division. Il s’agirait de la force de combat la plus puissante en dehors des frontières états-uniennes, sous commandement exclusif du Pentagone. « Aujourd’hui, les relations entre l’Italie et les États-Unis, vieilles de plus de soixante ans, font un pas en avant  », affirme l’ambassadeur américain en se frottant les mains. Ce qui n’est pas du goût des habitants de la ville, dont 63 % se déclarent opposés à cette base, à cause des nuisances que celle-ci engendrerait [2], mais aussi en signe de refus de la guerre en général et du bellicisme américain en particulier. Les opposants au projet se sont organisés en comités, réunis en « Assemblée permanente des citoyens pour le Non à Dal Molin ». Certains occupent le site du futur chantier. Depuis mars 2006, assemblées dans les rues et devant l’aéroport, intrusions bruyantes au conseil municipal, pétitions (plus de 10 000 signatures en un mois), réunions informatives, blocages de la circulation, cortèges aux flambeaux, grèves de lycéens, invasion de la piste d’atterrissage se succèdent, avec l’intention claire de bloquer les travaux. Le 17 février 2007, c’est une manifestation longue de six kilomètres qui s’étire sur les boulevards de ceinture de Vicenza, le centre-ville ayant été interdit d’accès. Des dizaines de milliers d’habitants de tous âges sont présents. Les cinq cents premiers mètres du cortège sont formés par des porteurs de panneaux proclamant « No Dal Molin ». Suivent des manifestants venus de toute la péninsule : ceux de « No Tav » du Val de Suse, ceux du Non au pont sur le détroit de Messine, du Non au dépôt de déchets nucléaires de Scanzano (lire CQFD n°16 et 31), des pacifistes, des anti-impérialistes, des syndicalistes de base, des étudiants…

Pour le coup, 1 500 policiers ont été mis sur le pied de guerre. Quelques jours auparavant les autorités italiennes ont dégainé leurs bonnes vieilles sales méthodes pour intimider les opposants. Cette fois, pas de bombinettes, lettres piégées et autres menaces terroristes distillées par la presse, comme ce fut le cas lors des manifestations anti-G8 à Gènes, en 2001. Pour Vicenza, ce sont les Brigades Rouges que l’on sort du placard. Le 12 février, soit cinq jours avant la manifestation nationale, quinze personnes sont arrêtées à Milan et Padoue pour association terroriste. Ils préparaient de sanglantes opérations, la preuve : ils étaient déjà passés à l’acte, selon les services de police, en incendiant une porte du local du groupe néofasciste Forza Nuova à Padoue et, dans la même ville, en échouant sur une tentative de pillage d’un distributeur de billets. Wouahou ! Aussitôt, hommes politiques et médias s’emparent de ce coup de filet spectaculaire pour faire monter la pression en dénonçant le risque d’infiltrations terroristes dans le cortège de Vicenza, accusant la FIOM (la moitié des personnes arrêtées lors du coup de filet sont des ouvriers métallos syndiqués à la FIOM, la branche la plus radicale de la CGIL), les centres sociaux et les groupes anticapitalistes d’être des repaires de terroristes. Mais l’intoxication d’État destinée à créer la panique a eu peu d’effet. 150 000 personnes ont participé à la manif dans cette ville de 110 000 habitants. En novembre 2003, la résistance des habitants de Scanzano et de sa région avait balayé le projet d’installation d’un site d’enfouissement de déchets radioactifs. La lutte du « peuple No Tav » en Val de Suse a contraint le gouvernement à retarder les travaux. La dimension que prend aujourd’hui la résistance à ce projet de base militaire et les expériences partagées à travers tout le pays risquent d’armer une force de frappe collective bien plus dangereuse que le terrorisme réel ou fantasmé qui fait tant saliver les forces de répression.

Article publié dans CQFD n° 43, mars 2006.


[1] Décision qui aura occasionné la divertissante mais éphémère démission de Prodi fin février.

[2] Selon les estimations, cette future base consommerait l’équivalent de l’énergie nécessaire à une ville de 30 000 habitants. 98 % des besoins de gaz, d’électricité et d’eau seraient fournis gratuitement grâce à un accord datant de 1958. Une telle installation menacerait les nappes phréatiques qui fournissent en eau potable la région et Padoue, comme à Aviano, autre importante base américaine, où l’eau est polluée par le bromacile, une substance hautement toxique. Aviano possède d’ailleurs le record de cancers dans la péninsule.





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