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CQFD N°043


MA CABANE PAS AU CANADA

MÉCHANTE ASSEMBÉE DE QUARTIER

Mis à jour le :15 mars 2007. Auteur : Nicolas Arraitz.

Couscous, micro ouvert, jeux d’enfants et vol à la tire. Dimanche 4 mars, à Noailles, coeur coloré du vieux Marseille, un repas de quartier ébauchait ce qui pourrait devenir… une assemblée populaire.

« Il n’y a pas besoin d’une raison particulière pour se rencontrer, pour construire des choses ensemble. Juste le plaisir de le faire. » Ceux de la Rage du peuple, collectif auquel participe la rappeuse Keny Arkana, ont disposé des tables en U sur la place Delacroix. Certains amènent un couscous, des boissons. D’autres installent une sono. Il y aura micro ouvert tout l’après-midi. « On voulait, au-delà de ce moment convivial, libérer la parole », explique Fakir, un des inspirateurs.

Des minots dessinent une fresque avec des craies de couleurs. L’un d’eux prend le micro pour faire la leçon aux grands : « Le quartier est trop sale. » Un gars explique la stratégie municipale de reconquête urbaine, mais les gens lui demandent d’être moins technique. Certaines mères de famille ont besoin de traduction. Un Guinéen fait le lien entre sa vie ici et les troubles dans son pays. « Même le silence est nourrissant  », se réjouit Fakir. « Après, quand quelqu’un prend la parole, c’est pour raconter des trucs importants. Comme ce Touareg qui a causé de son peuple vivant sans pays dans plusieurs pays. Le dire ici, c’est élargir la mémoire et l’identité du quartier.  »

L’idée a surgi lors de l’Espace zapatiste, qui s’est tenu ici pendant le forum social de Nairobi. « On avait envie de créer un espace que les habitants du quartier puissent s’approprier. Il fallait expérimenter, on a pensé à un repas populaire suivi d’une assemblée sans thème pré-établi. On a occupé la place sans autorisation, on s’est inspiré de la commune d’Oaxaca sans pour autant calquer ce qui se fait là-bas ici.  »

Soudain, à quelques pas de là, un ado arrache le portable d’une passante. Une quinzaine de personnes l’alpaguent. Lynchage ? Non, il rend son butin et on le relâche. Quelqu’un prend le micro pour dire que défendre le quartier c’est aussi abriter le voleur, le petit dealer et la tapineuse. « D’habitude, personne ne bouge. Là il y a eu solidarité, mais sans condamner l’acte. On ne va pas être contre les voleurs, puisque le voleur, c’est quelqu’un dans le besoin, comme nous. Mais voler dans le quartier, c’est pas terrible, il vaut mieux prendre aux riches.  »

Les gens partagent un plat, bavardent, évoquent leurs difficultés, le manque de fric, le logement insalubre, le quartier qu’on aime et qu’on déteste pour être le théâtre de mille misères. « Le tram, le plan de réhabilitation, on sait bien qu’ils planifient ça sans nous, contre la population actuelle. Si cette assemblée pouvait durer, elle serait un outil pour résister. Il faut garder le quartier. Mais la personne qui apporterait la réponse toute faite serait bien prétentieuse. »

De la gestuelle hip-hop au bébé porté dans le dos, les manières d’être se côtoient et s’observent. « Il y a un travail à faire auprès de la population, disent les militants. Nous, on croit au contraire qu’il y a un travail à faire sur les militants… Il faut qu’ils sortent de leur monde, il faut se rencontrer. On n’est pas des assistantes sociales.  » Les gens sont repartis avec l’impression d’avoir ouvert une piste. Certains parlent de renouveler l’expérience au Panier, à la Belle-de-Mai. Une assemblée volante ? Sans prétention transcendantale, « ça donne une image de ce qui est possible.  »

Article publié dans CQFD n° 43, mars 2006.






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