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Sommaire du N°043
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CQFD N°043



COURRIER A L’ASSEDIC

Mis à jour le :15 mars 2007. .


Monsieur le Directeur,

« Vérité en deçà des Assedic, erreur au-delà. »
Blaise Pascal

Chère Madame, Mademoiselle, Monsieur, Camarade, Citoyen, Commissaire, [1]

Depuis trois semaines que j’ai reçu votre notification de refus, c’est peu dire que je n’en dors plus : je cauchemarde éveillé. Votre courrier m’a plongé successivement dans la stupéfaction, la consternation, l’abattement, le désarroi et la torpeur, avant que tous ces facteurs ne se mettent simultanément à exercer sur ma chétive personne un effet désolant et dévastateur.

Cette espèce de coma psychologique m’a empêché jusqu’à présent de vous accuser réception de votre dénégation du moindre droit aux secours espérés et de vous accuser tout court de préparer mon élimination à terme, puisque vous ne me fournissez même pas les adresses de la soupe populaire offerte aux petits vieux de mon acabit.

On entend souvent dire qu’il faut que tout le monde mange. Mais tout de même pas du caviar et des ortolans. La vieille république ne peut pas accueillir tous les pauvres qu’elle fabrique en masse.

Par les temps qui courent (et dont on se demande si, contrairement à l’expression consacrée, ils ne font pas du sur-place), pour trouver le tant vanté juste milieu entre la mendicité et une activité honorablement rémunérée, c’est la croix et la bannière - je dirais même plus : c’est la faucille et le marteau, le sabre et le goupillon - j’en passe, et des plus salées.

La mode dominante prêche la résignation et le conformisme se tapit sous les oripeaux d’un individualisme de consommateur. Elle assure qu’un malheur n’arrive jamais seul. Au poids des ans et des annuités inutiles, à la perspective de devenir toujours plus édenté, chenu et voûté, de décatir et de blobloter, viennent donc s’ajouter encore cent tracasseries administratives et mille horreurs économiques.

Ces divers tentacules d’un État prétendument de droit poussent l’infamie un peu loin, à participer à ce retour inopiné de l’ensemble des sociétés (souvent surdéveloppées en ce qui concerne l’afflux d’aliénations encore inouïes) vers un âge de la pierre à peine entaillée. Mais sans doute le progrès a-t-il constitué à envoyer des réfractaires au bagne pour y apprendre à casser des cailloux.

Ayant conféré avec mon âme et avec ma conscience, j’ai le regret de vous apprendre qu’elles sont d’accord pour me conseiller de ne pas me rendre à vos diktats et d’employer tous les moyens à ma disposition pour les réduire à quia. Je proteste hautement contre des décisions qui n’ont pour but que de me faire changer de statut pour des statistiques arbitraires et approximatives. Il y a franchement pléthore de lois destinées à rabaisser le contribuable au rôle peu envié de « cochon payant ». C’est oublier un peu vite que les plus sagaces de nos législateurs nous ont depuis longtemps mis en garde ( « Summum jus, Summa injuria [2] », rapporte Cicéron), adage que je me flatte d’avoir pris pour devise.

Un erroriste

PS : Je présume que j’aurai droit à une petite aide pour m’aider à acheter la corde à laquelle vous seriez peut-être bien aise de me voir pendu. Mais j’objecte à la pendaison. Je me verrais bien en Mithridate et ne réclame point les poisons coûteux : un simple poignard ouvragé fera l’affaire. Ou un fusil de chasse, dans le style Hemingway.

Article publié dans CQFD n° 43, mars 2006.


[1] Biffer la ou les mentions inutiles.

[2] « Justice excessive devient injustice » pour les non latinistes.





>Réagir<

Votre talent n’a d’égal que leur machiavelisme
| 11 avril 2008 | COURRIER A L’ASSEDIC
Bravo pour le pamphlet ! J’en ai moi même commencer un sur http://journalissime.wordpress.com et il me semble que votre intertitre final « errorisme » rejoint ma version du gars malheureux au sortir des assedic qui a "Dans la foulée le rêve de rentrer en contact avec Marulanda ou Ben Landen pour terroriser la direction, voire se porter lui-même candidat à servir de bombe humaine. Que dites vous d’une visite happening à cogiter ensemble.
 

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