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CQFD N°044


FAUX-AMIS

LE SLOGAN ELECTORAL

Mis à jour le :17 avril 2007. Auteur : Le bouledogue rouge.


À Marseille, au beau milieu d’un quartier populaire saccagé par l’invasion des promoteurs et de leurs sauterelles en costume gris, on tombe en arrêt devant une affiche qui se décolle déjà, l’image d’un coquelicot défraîchi accompagné de ce slogan : « Avec José Bové, unis pour gagner. » On croit d’abord à une blague. Mais non, apparemment c’est sérieux. Ils sont divisés et ils vont perdre, mais ils sont quand même unis pour gagner, bravo. Gagner quoi, au fait ? Un pourcentage moins petit que s’il était minuscule, une médaille en chocolat équitable pour services rendus au pluralisme, les oreilles et la queue des concurrents antilibéraux encore plus mal classés que lui à l’issue de la corrida électorale ? Trois mots, deux énormités, un goût de moisi. Remplacez le coquelicot rouge par une croix de Lorraine, et vous avez un projet d’affiche crédible pour le Chirac de 2002, ou mieux, le Lecanuet de 1965. « Unis pour gagner », c’était aussi la devise des entrepreneurs associés à la candidature parisienne pour les JO de 2012. Sauf qu’eux ont vraiment failli réussir.

Avec un peu de tristesse, on songe alors au Bové qu’on aime bien, celui qui se battait avec des mots qui voulaient dire quelque chose. Le Bové, entre autres, qui manifesta en mars 2003 aux côtés des habitants de la ZUP nîmoise de Valdegour pour réclamer justice après la mort de Mourad, tué par un gendarme à 17 ans. Ce souvenir est de ceux qui peuvent faire fléchir l’abstentionniste au moment du doute. Mais le « unis pour gagner » le rattrape au vol. Quel sens donner à une « insurrection électorale » qui marche dans les clous du marketing ? Comment personnifier la contestation lorsqu’on a fait le choix d’accepter les règles du jeu de l’adversaire, de ne jamais s’attaquer aux médias et de se ménager l’appui d’un ex-présentateur vedette de Canal Plus ? Karl Zéro, l’auteur des clips de campagne de Bové, est ce type qui, aux lendemains du 21 avril 2002, conseillait à ses téléspectateurs : « À la manif du 1er mai, il serait bon que vous ayez tous des drapeaux français et que vous chantiez aussi à la manif La Marseillaise. » Salarié docile de Vivendi (« Il y a trois sujets sur lesquels “Le vrai journal” ne peut pas enquêter : le football, le cinéma, Vivendi », avouait-il), partenaire de François Pinault et Jacques Séguéla (qui financèrent son Vrai papier journal), le futur compagnon de route des altermondialistes déclarait en 2000 : « Je pense qu’il est temps de mettre sur pied un pôle social-démocrate important. » Et c’est avec ça qu’il faut, hum, « s’unir pour gagner » ?

En 1980, certains trouvaient mou du genou le slogan de Coluche : « Pour leur foutre au cul ! » Après vingt-sept années de normalisation du langage, cette promesse non tenue ne résume pourtant pas si mal « l’aspiration au changement », mieux en tout cas que le catéchisme du communicant. « Avec José Bové, un autre avenir est possible », affirme une autre affiche du candidat. On veut bien le croire. Sarkozy lui-même ne clame-t-il pas qu’« ensemble tout devient possible » [1] ? Un avenir esquissé avec des mots bidules ramassés à la cantine des écoles de commerce est certes possible. Reste à prouver qu’il fait envie.

Publié dans CQFD n°44, avril 2007.


[1] Le marketing électoral est unanime : il faut ratisser large. Avec Royal, toute « la France » sera « présidente », puisque chacun fait-fait-fait ce qui lui plaît-plaît-plaît. « Et pourquoi pas elle ? », susurre le PCF à ceux qui, s’ils se posaient la question, demanderaient plutôt « et pourquoi Marie-Georges ? » Dans la même veine, National-Hebdo suppute « Et si c’était lui ? », façon teasing de film d’horreur. « Ma Frrranceuh,… je t’ai-me ! », s’étrangle le nobliau vendéen. Besancenot est lui « 100 % à gauche », aussi sûr que le saucisson d’Auchan est 100 % pur porc. Mais la plus authentiquement vraie reste Arlette Laguiller, avec sa nostalgie orientale qui nous promet des vacances dans « le camp des travailleurs ». La valeur-chagrin les rassemblant tous, l’ensemble produit un effet forcément laborieux.





>Réagir<

LE SLOGAN ELECTORAL
Gnawa | 24 avril 2007 |
Bien vu… Si un autre avenir est possible, on est bien assuré maintenant qu’il ne sortira pas du carnaval électoral. Le truc fatigant, c’est de devoir rappeler les mêmes évidences tous les cinq ans. Tiens bon, CQFD ! « José hait les ogéhèmes »
gatonegro | 19 avril 2007 |
Rassemblez dans un sac tous les slogans pourris qui polluent nos villes depuis un mois. Et tapez dessus avec un marteau ! Ca défoule. Merci bouledogue rouge ! A relever aussi : « osez bové », un mix de Patrick Sébastien et du « buvez-éliminez ». Votez Patate, le seul candidat qui ne vous fera pas passer à la friteuse ! LE SLOGAN ELECTORAL
Croa | 18 avril 2007 |

L’ « ensemble tout devient possible » et « avec José Bové, unis pour gagnier » explique pourquoi les parrainages de José ne se sont pas perdu, eux ! (Rires jaunes ici )

Ceci dit les « petits candidats » sont bien naïf ! (Explications ici )

 

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