Ces jours-ci, des dizaines de grèves viennent troubler le marais électoral. Ces grévistes sont-ils tous des abstentionnistes ? Pas forcément, mais ils savent que ce qui se joue contre eux se joue loin
d’eux. L’urgence sociale ne peut plus se satisfaire du calendrier
officiel. « Les périodes d’élection favorables à la nonchalance, c’est révolu », affirme Jean-François Aliaga, militant CGT sur le port de Marseille, contacté par CQFD. « Il y a une prise de conscience. On sait que le problème ne va pas se résoudre uniquement
avec un bulletin. Si on ne s’invite pas dans le débat, ça se fait sans nous. » Après quinze jours de conflit, les agents du port ont gagné. Durement calomniés, ils ont réussi à faire plier la direction et GDF. « Comme souvent à Marseille, la grève a été préventive », râle Jacques Marseille dans Le Point du 5 avril. Les gars du PAM auraient
fait dix-huit jours de grève pour défendre un seul poste de travail. Mais ils savent que derrière viendra la privatisation de « notre port ». « Comment croire les promesses du préfet selon lesquelles on en restera là ? N’avaient-ils pas promis de ne pas privatiser GDF, quelques mois avant la fusion avec Suez ? » Chat échaudé… « On n’a pas le doigt sur le bouton, les échéances, on nous les impose », précise Aliaga.
« Si on attend, on est mort. »
« Avant, on aurait attendu le résultat des élections. Maintenant,
on met la pression. » Nadia est agent ANPE. Le 29 mars, elle a participé à une grève très suivie contre un décret qui permet la privatisation de certains services de placement des chômeurs. « Trente-deux agences bloquées par la grève dans la région : un record. La question électorale ? On l’a vite évacuée. Les gens se disent qu’il y a urgence, qu’on va se faire massacrer. La privatisation est en marche depuis 1995, et sous Jospin la tendance ne s’est pas inversée, loin de là ! » Les ouvriers des dattes SAMAN, menacés par une délocalisation [1], n’ont même pas à se poser la question : la fermeture est imminente. « La boîte part dans le Lot, où elle touchera des aides à l’installation. Pour le reclassement de ceux d’ici ? », questionne Sophie. « C’est l’argent public qui sera bien sûr mis à contribution. Le patron gagne sur toute la ligne. » Autre tendance qui inquiète : au lieu de temporiser pour ne pas effrayer l’électorat, le gouvernement profite au contraire des flonflons de la campagne pour faire passer des décrets en douce. « C’est le cas des décrets d’application du Plan Borloo », souligne Nadia. « Si on attend, on est mort. »
Article publié dans CQFD n° 44, avril 2007.