Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°044
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°044


CHRONIQUE DE GUERRE

TUEZ-LES TOUS !

Mis à jour le :15 avril 2007. Auteur : José Migre.


Dimanche 27 mai 2001 après-midi, trois hommes armés s’emparent d’un hélicoptère piloté par une femme et la contraignent à les emmener au-dessus de la prison de Fresnes. Leur projet : faire évader des prisonniers depuis l’une des cours de promenade. Le vol stationnaire dure quelques minutes. Une fusillade éclate entre le gardien d’un mirador et les occupants de l’hélicoptère. L’opération échoue. Les deux candidats à l’évasion, Christophe Khider et Mounir Ben Bouabdellah, étaient présentés comme des figures extrêmement dangereuses du grand banditisme. Pourtant, cette tentative d’évasion était avant tout la marque d’amour de Cyril, jeune frère de Christophe, qui refusait de le laisser mourir en taule.

Mars 2007, les trois amis, Cyril et Christophe Khider, Mounir Benbouabdellah passent devant les assises du Val-de-Marne. Le verdict est lourd : dix ans pour Cyril qui a passé quasiment six années en isolement ; treize ans pour Mounir venant s’ajouter à sa peine de vingt ans et quinze ans pour Christophe qui s’additionnent à trente-sept ans sans possibilité de confusion. Marielle Simon, la pilote de l’hélicoptère, partie civile contre les « preneurs d’otages », va comprendre au fil des audiences que ceux qui ont réellement mis sa vie en danger ne sont pas dans le box des accusés. Nicolas Taffin, le surveillant du mirador, réaffirme qu’il n’hésiterait pas à tirer à nouveau sur un hélicoptère sans même savoir par qui il est piloté. Idem pour Pueyo, ancien directeur de Fresnes et actuel directeur de Fleury, qui apporte tout son soutien au tireur, le « félicitant d’avoir accompli son devoir  », « ne pas tirer aurait pu constituer pour Taffin une faute disciplinaire  », insiste-t-il. Pressé par les questions des avocats de la défense, il finit par admettre qu’il connaît la circulaire ministérielle de juillet 1998 stipulant que « tout tir contre un engin aérien est prohibé au regard des risques d’explosion ou d’écrasement qui pourraient en résulter. En revanche les agents doivent, sous réserve de la sécurité des tiers, tirer sur les détenus qui s’emparent du câble du treuil en vue de se hisser dans les airs pour rejoindre l’habitacle de l’appareil.  » En l’occurrence, Christophe et Mounir n’avaient pu atteindre la trop courte corde lancée depuis l’hélicoptère…

De fait l’administration n’a que faire des vies autres que celles de son personnel. « La question de ma cliente est : pourquoi on m’a tiré dessus depuis le mirador ? […] Il y a une culture qui mijote dans l’administration pénitentiaire qui fait que les surveillants de mirador croient légitime de tirer sur un otage dans un hélicoptère, protégés par des règlements aléatoires  », déclare dans sa plaidoirie l’avocat de la pilote. Et se tournant vers ceux qui occupent le box des accusés : « Au contraire, j’ai entendu et je suis convaincu des regrets de Cyril Khider vis-à-vis de Marielle Simon. J’ai entendu aussi ces cris de révoltes sur les conditions de détention : ils ne sont pas factices. Tous les avocats le savent, les prisons françaises sont une honte et on ne peut que comprendre la révolte des prisonniers. […] Dans une société civilisée le pouvoir ne tire pas sur des otages, comme cela a été fait dans une école en Russie. Et Marielle Simon a failli être tuée deux fois, par une balle passée à 15 cm et une balle dans le réservoir.  » Bernard Ripert, l’avocat de Mounir qui aura en grande partie permis que ce procès ne soit pas qu’un seul acte de condamnation routinière, conclura en affirmant : « On a aboli la peine de mort, mais on n’a pas aboli le droit de tuer.  »

Article publié dans CQFD n° 44, avril 2007.

- Sur le récit de la tentative d’évasion des frères Khider, on lira Fraternité à perpète, Éd. Insomniaque, 2006.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |