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CQFD N°044


MISÈRE HUMAINE

PROFITEURS DU RMI

Mis à jour le :15 avril 2007. Auteur : Gilles Lucas.

Suspendre les Rmistes est surtout une punition. Objectif : renforcer l’assujettissement et la peur et rendre encore plus souple leur très hypothétique retour vers le travail précaire. Un bon investissement à tous points de vue et surtout pour les gradés de l’administration qui se chargent de la besogne.

« ENCORE CE MATIN, il y avait un minot devant les boîtes à lettres. Je n’accuse personne mais fin janvier, je n’ai pas reçu le recommandé du conseil général. C’est en déposant ma déclaration trimestrielle de RMI, en janvier, que j’ai appris que j’étais suspendu. J’ai eu l’impression que le ciel me tombait sur la tête. J’ai été demander à la Maison départementale de solidarité une aide d’urgence de trois cents euros. Ils m’ont dit qu’il fallait attendre un mois ou deux… À la DDASS, ils m’ont donné un colis avec des pâtes, un paquet de café, un pot de confiture, etc. J’ai mangé de temps en temps dans des centres d’accueil. Et là je me suis dit que j’allais goûter à la vraie misère, celle où tu reviens à une espèce d’état de nature, quand il n’y a plus que les instincts primaires qui parlent. Ce qui t’obsède, c’est ce que tu vas manger aujourd’hui. Comment veux-tu aller chercher du boulot dans ces conditions ? J’ai commencé à regarder dans les poubelles. Et puis je me suis dit que finalement puisque l’argent du RMI c’est l’argent des contribuables, autant le prendre directement aux contribuables. J’ai commencé à chourer des trucs. Et puis j’ai fait d’autres choses… J’ai signé mon contrat d’insertion début février et le travailleur social avec qui je suis en contact a déposé une demande pour je passe en urgence en commission. Le CG n’en a pas tenu compte et l’a repoussée d’un mois.  » Pendant quatre mois, Mahmoud [1] a été l’une des victimes, avec des milliers d’autres (les chiffres exacts sont confidentiels), des mesures de liquidation des pauvres mises en place, notamment, par le CG des Bouches-du-Rhône et dont la stratégie est de ne tolérer aucun écart, aussi infime soit-il.

Et, sereinement, les liquidateurs de pauvres rentrent chez eux, le soir, pour caresser leurs progénitures ou s’indignent, comme Lisette Narducci, de la suppression d’un jardin, qui « est une atteinte à la qualité de vie, non seulement des habitants de ce secteur [la Belle-de-Mai], mais également de l’ensemble des Marseillais  ». À la tête de cet Organe de nettoyage, cette amatrice de verdure n’aime pas, à l’image du viandard qui se présente comme défenseur de la nature, que l’on parle de « chasse aux pauvres ». Avec les plus de 5 000 euros qu’elle doit toucher par mois en cumulant ses indemnités de conseillère régionale et municipale [2], cette élue PS au CG et à la mairie de Marseille sait de quoi elle parle en fait de « politique de rigueur ». Sous ces ordres, des bons pères et mères de famille : Fabrice Kehayan, directeur par intérim de l’insertion en attendant le retour de Jean-Marie Estrabaut, Michelle Grell-Lallement, directrice adjointe des actions territorialisées, Nadine Henry et Arlette Branjonneau, en charge des suspensions sur la plus grande partie du territoire marseillais [3]. Sur le terrain, quarante contrôleurs zélés du CG ratissent les quartiers. Ils ont tous les mains propres, ils ne font rien que leur boulot : renvoyer au plus tôt les profiteurs des minima sociaux rejoindre les 11,4 millions de salariés en « situation d’emploi inadéquat » au sens du Bureau international du travail (bas salaire, contrat précaire, situation de sous-emploi ou travail insoutenable) qui représentent 41 % de la population active [4].

Ces ni-coupables, ni-responsables ne font qu’appliquer les conseils d’un éminent universitaire titulaire de la chaire d’économie internationale à Aix-en-Provence. C’est lui, Jean-Louis Reiffers, qui, dans un rapport commandé en 2004, propose que le CG des Bouches-du-Rhône puisse « situer ses interventions non pas dans une simple logique administrative mais dans une vision stratégique des évolutions de l’insertion dans le département.  » En clair, virer le plus de monde possible malgré « un marché particulièrement déséquilibré et un chômage persistant  » comme il le reconnaît lui-même. Paroles de sage expérimenté ! En fait d’insertion active, le professeur connaît bien le passage qui mène de l’administration à une « vision stratégique » de l’insertion personnelle. En 1995, Édith Cresson, ancienne Premier ministre et membre de la Commission européenne, lance un projet de livre blanc sur l’éducation et la formation et demande à Jean-Louis Reiffers, un de ses anciens conseillers à Matignon, d’en faire l’étude. Ses indemnités se montent alors à 10 000 euros. En 1996, un appel d’offres est lancé pour en réaliser les objectifs. Parmi d’autres sociétés, une boîte nommée « Jean-Louis Reiffers Conseils » répond à la proposition et emporte le marché pour environ 80 000 euros… Dans le cadre de la « politique de rigueur » au nom de la décentralisation, justification des contrôles et suspensions de Rmistes, rien n’a filtré sur le prix du rapport Reiffers de 2004, initiateur de toutes ces mesures.

Article publié dans CQFD n° 44, avril 2007.


[1] Le prénom a évidemment été changé.

[2] Selon les chiffres tirés des sites : www.danielraoul.net et www. politique.net

[3] Toutes les tentatives pour les joindre au téléphone se sont perdues dans le labyrinthe des standards…

[4] En 2005, selon une estimation publiée par ACDC - les Autres Chiffres du Chômage.





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PROFITEURS DU RMI
| 27 juillet 2007 |
tain moi si on me supprime la Joconde je meurs PROFITEURS DU RMI
DELAROCHE sophie | 31 mai 2007 | PROFITEURS DU RMI
Même punition que Mahmoud pour moi ! Fraudeuse, profiteuse, c’est à croire puisque mon RMI vient d’être suspendu. Une simple lettre non recommandée, datée du 3 avril mais mise dans ma boite aux lettres le 23 de ce même mois, cachet de la poste faisant foi, pour m’annonçer la suppression de mon RMI à partir du mois d’avril. Donc, le 6 mai, date de paiement des RMI, rien ne sera versé sur mon compte bancaire ! Pour faire face, une dizaine de jours ! Et d’abord trouver pourquoi ? Je n’ai toujours pas eu la chanche d’être embauchée par une quelconque entreprise, je n’ai touché aucun héritage, aucun revenu, rien de rien. Chômeuse longue durée, inscrite à l’ANPE depuis queques années déjà, je pointe réguliérement chaque fin de mois, je fais les petites annonces, je me rends aux convocations de la dite ANPE. Alors ? Après une course à l’info, le mystère s’éclaircit. Suis-je donc bêbête ! Moi qui croyait, comme on me l’avait dit, que le contrat PAP ou PAE signé avec l’ANPE faisait office de contrat d’insertion. Que nenni ! Les circuits de connexion entre CG et ANPE semblent grippés. Mais voyons madame, vous avez du mal comprendre, l’ANPE c’est pour les salariés et ceux qui recherchent un emploi, l’insertion c’est autre chose et le contrat d’insertion, c’est obligatoire pour toucher le RMI ! Bon j’ai trouvé ou était la faute, ma faute. Je n’ai pas de travail, mea culpa, et en plus je n’ai pas signé de nouveau contrat d’insertion depuis les 6 derniers mois, vade retro satanas, je n’ai qu’a m’en prendre qu’à moi même me dit-on. Un peu sonnée, je me mets à culbabiliser. Forcément, avec une fille à charge et seule pour l’éléver, je suis inconsciente, voire inconséquente. Pour une fraudeuse en puissance, je manque d’envergure. Me faire repérer comme ça, si facilement. Mais je persiste, je téléphone partout, maison de la solidarité, pôle d’insetion, ANPE… je cours par monts et par vaux, à pieds, je n’ai pas encore eu le culot de demander la gratuité des transports. On est désolé pour moi malgré tout, mais il faut être patiente, refaire le dossier, attendre la prochaine commission dont on ne connait pas encore la date… et pour une aide d’urgence ? Vous savez madame avec tous les ponts du joli mois de mai ! l’administration va faire au plus vite mais… Hélas l’estomac de ma fille ne fait pas le pont, lui. Pour mon nouveau job de profiteuse, j’ai encore beaucoup à apprendre. Une petite formation peut-être ? Je pourrais le demander dans mon contrat d’insertion comme projet professionnel ! Au bout du compte, aujourd’hui 31 mai, pas 1 euro dans mon escarcelle et un vague espoir de nouvelles (bonnes ou mauvaises) après le 8 juin. En attendant, débrouilles-toi ma fille. J’ai pourtant aidé le CG, dans ses statistiques pour la baisse des Rmistes ! Vous n’êtes pas d’accord ! ça mériterait un petit profit, non !
 

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