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CQFD N°044


PROCÈS KHALIFA

UN AÏD DE BOUCS ÉMISSAIRES ?

Mis à jour le :15 avril 2007. Auteur : Lounis Aggoun.

L’affaire Khalifa se clôt par un quitus général. Quelques lampistes paieront les frais de ce procès superlatif, où la presse a fait mine de critiquer le système dont elle est l’alliée fidèle. Mais les vrais parrains de l’Algérie sont seuls juges.

ON POURRAIT, PARMI MILLE QUESTIONS déroutantes sur l’Algérie, se demander comment les décideurs sélectionnent leurs commis. Bien sûr, on soupçonne chez ces derniers une servilité et une corruption confirmée, une aptitude pour le mensonge et l’abus, une propension à supporter les brimades - un conseil des ministres frise le calvaire pour certains, que Bouteflika traite volontiers de « fils de pute », « pédés » et autres gracieusetés. Quelle est donc, par-delà ces critères, la qualité ou la compétence rare qui les rend incontournables ? L’une des grandes leçons de l’affaire Khalifa est de donner un aperçu de leur dénominateur commun. Certes, les Algériens médusés ont pu jeter un regard furtif sur les arcanes d’un régime mafieux. Mais le générique de fin, comme dans les superproductions américaines, renvoie le spectateur à la réalité d’où elles l’ont extrait le temps d’un intermède distrayant. Scandale est le mot qui revient le plus souvent. Mais le scandale est-il là où l’on croit ? Le scandale, ce n’est pas que Khalifa ait dilapidé les deniers publics et privés avec autant de désinvolture. Il agissait sur ordre, avec la bénédiction et la protection de parrains qu’il avait la charge de blanchir aux yeux des Occidentaux. Mission parfaitement remplie puisque encore aujourd’hui, en France, la destruction méthodique du peuple algérien ne trouve aucun écho dérangeant dans les médias. Le scandale n’est pas que la France n’ait pas honte de s’afficher comme la receleuse de ce régime qui accable les Algériens de misère, de maladie, de terrorisme, de désocialisation et de désinformation.

Le scandale, ce n’est pas qu’en promouvant la réussite du jeune Khalifa, on stigmatisât par incidence tout un peuple qui, lui, était incapable de s’extraire de sa médiocre situation, alors qu’il suffisait, affirmait-on, de tendre la main pour s’enrichir. Le scandale, ce n’est pas que des ministres aient signé des agréments et aient toléré des activités en trahison des règles les plus élémentaires. Le scandale, ce n’est pas qu’au bout de semaines de déballage, aucun vrai responsable de ce chaos n’ait été cité. Le scandale, ce n’est pas que l’affaire Khalifa soit l’arbuste censé cacher la forêt des scandales de la BCIA, de la BEA, de la BNA, du CPA, etc. - toutes banques dont les dirigeants puisaient directement dans la caisse -, ou de la BRC (Brown and Root Condor), affaire aux ramifications insondables dans laquelle Chakib Khelil, mis en cause, a affirmé n’avoir aucun compte à rendre, admettant implicitement que son ministère relève davantage de la tutelle américaine que de celle du gouvernement algérien. Le scandale, ce n’est pas de voir les mêmes journaux qui prétendent s’indigner de l’indigence des dirigeants algériens commenter, parfois avec enthousiasme, les sorties de Temmar sur sa stratégie industrielle - comme s’il n’était pas l’un des architectes du démantèlement de l’industrie algérienne au profit d’intérêts étrangers. Ou rapporter les propos de Chérif Rahmani sur la ville de Hassi Messaoud - comme si la privatisation au profit de multinationales de ce réservoir de pétrole ne relevait pas de la haute trahison. Le scandale n’est pas là car tout cela est l’activité ordinaire de ce régime depuis des décennies et que tous ses acteurs, nationaux ou étrangers, contribuent chacun dans son registre à maintenir par le mensonge et la violence l’idée que l’Algérie est un pays indépendant quand il n’a jamais été dans une réalité coloniale plus brutale.

Le scandale, c’est que tous ceux qui se présentent comme des opposants taisent cette escroquerie sans remettre en cause le moindre de ses attributs, acceptant toutes ses perversions. Des « opposants » qui ont pour ultime ambition de faire partie des rentiers de la dictature, entretenant chez les naïfs l’espoir chimérique qu’ils sont capables de changer la donne, tout en reportant aux calendes grecques le moment où les Algériens assumeront leur devenir. Des opposants qui participent à la corruption du langage, où la légitimité d’un gouvernant ne lui vient pas du peuple mais d’avoir été adoubé par un régime sanguinaire. Où la compétence n’est pas ce que l’on croit mais la capacité à nuire à l’intérêt général et à servir les décideurs, lesquels ne sont que des supplétifs d’intérêts ennemis. Où « responsable » ne signifie pas l’être face au peuple et à la loi mais face aux parrains de ce régime. Dès lors, on comprend que les rideaux du tribunal-théâtre de Blida retombés, chacun reprenne son oeuvre misérable exactement là où il l’avait laissée avant le « scandale ». La compétence de ces responsables est justement d’accepter de servir de fusibles, leurs parrains leur ayant donné la garantie qu’ils les préserveront de la chute. En Algérie, on n’achève pas les boucs émissaires.

Article publié dans CQFD n° 44, avril 2007.






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