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CQFD N°045


RÉSISTANCE

AU BOUT DES VOIES

Mis à jour le :15 mai 2007. Auteur : Gilles Lucas.

Depuis presque un mois, une poignée d’irréductibles cheminots résiste à ce qu’ils considèrent comme la privatisation rampante de la SNCF. La direction a frappé fort, bassement, au portefeuille, mais sans réussir à les faire plier. CQFD a rencontré ces gaulois de la Blancarde.

« On vous connaît, les gars de la Blancarde, ça fait longtemps que vous êtes clients chez nous !  » ironise la fliquette des RG face à cette équipe de cheminots, rassemblée autour d’un feu de palettes, portant un tee-shirt avec, devant, la face christique de Guevara et écrit sur le dos « La Blancarde, village gaulois ». Mais manifestement, cette « vieille relation » demande à être réactualisée par les services de l’État. À la suite d’une opération de blocage des voies, la direction du site s’est empressée de communiquer des noms aux services de police. Les convocations au commissariat de l’Évêché ont suivi pour « auditionner » plusieurs cheminots au nom de la loi réprimant « l’entrave à la libre circulation des trains » [1].

Mardi 2 mai. Depuis vingt-trois jours, 90 % des gars du service maintenance et entretien du site de la Blancarde sont en grève. Là-bas, au fond du dépôt, derrière le hangar gris flambant neuf, ils se retrouvent dans un local perdu entre les aiguillages. Une pièce avec une machine à café, une télé et dehors un fût métallique qui fait office de barbecue. Dans le « cadre d’une réorganisation des services », la direction a décidé la suppression de douze emplois. Au nom de toute une série d’entourloupes et de contorsions technico-financiaro-administrativo-je-te-noie-le-poisson, dans lesquelles même un diplômé issu des plus hautes écoles de l’escroquerie internationale y perdrait son latin, des heures supplémentaires vont être supprimées, les postes vont voir leurs effectifs réduits contraignant les cheminots à faire à deux le boulot de trois, des primes vont sauter. Et tout cela emballé comme toujours dans une mielleuse bienveillance digne de racketteurs de bistrots : « C’est pour votre bien, pour l’amélioration des conditions de travail, pour la pérennité de l’entreprise.  » « Certains d’entre nous quand ils sont rentrés dans la boîte ont signé pour travailler en poste pour gagner plus d’argent. Ils ont pris des engagements financiers que les primes rendaient possibles. Avec 200 à 300 euros de moins par mois, ça va être la catastrophe pour eux.  »

Depuis donc la première semaine d’avril, ces cheminots ne conduisent plus les locos vers les sites de réparation. La direction, indifférente à toutes les mesures de sécurité, a mis des cadres dans les machines pour faire le boulot. « En fait, la direction change sans arrêt de stratégie contre les salariés. D’habitude, ils commencent à appliquer des mesures sur les sites les moins combatifs, faisant plier les autres salariés en leur disant que leurs collègues ont déjà accepté ces nouvelles décisions et qu’ils sont tout seuls à s’opposer. Ce coup-ci, ils ont fait l’inverse : ils se sont d’abord attaqués à ceux de la Blancarde, qu’ils savent particulièrement combatifs, en se disant qu’ils pourront, après, affirmer partout ailleurs que puisque les plus aguerris à la résistance se sont couchés, les autres ne peuvent que se soumettre  », explique Alain. « Ce qu’il y a d’extraordinaire ici, c’est que les gens se soutiennent et se sont toujours soutenus  » ajoute Christian. « J’ai trente ans de boîte et j’ai participé à toutes les grèves, celle de 78, de 86-87, de 95…  » « C’est leur projet de mondialisation, comme s’il s’agissait d’un mouvement quasi naturel contre lequel il n’y aurait rien à faire. Un coup, on dit que la SNCF appartient au service public, un autre coup que c’est une boîte privée. Ce qui est clair, c’est la course au rendement, faire rentrer de l’argent. Et le plus simple aujourd’hui, c’est de jeter des salariés. C’est la réduction d’effectif, au nom de la rentabilité, qui fait qu’un nombre important de lignes régionales ferment, malgré les protestations des usagers.  » Daniel de la CGT précise : « Tout ça sent la provocation où il est question de mettre en place une soi-disant réorganisation des services pour provoquer des conflits et donner une image négative du service public et donc mieux vendre la privatisation de l’entreprise. C’est très probablement une tendance au sein même de l’appareil de direction.  »

Rares sont les autres salariés de la SNCF qui manifestent un soutien pratique à ces grévistes du bout des voies. Une collecte organisée par les syndicats leur a ramené plus de 1 000 euros. Avant que les directions régionales n’aient eu le temps d’exercer localement des pressions sur eux, des cheminots des services d’entretien et maintenance de Bisheim, Toulouse, Lyon, Avignon, Nice… ont refusé de s’occuper de machines venant de la Blancarde. Contacté au téléphone, le directeur d’établissement du matériel et traction, M. Berna, se refuse à toute explication, des fois qu’il se prenne les pieds dans le tapis des mensonges technocratiques. Ce n’est pas son boulot.

Article publié dans CQFD n° 45, mai 2007.


[1] Loi produite sous Pétain en 1942 et ayant permis de coller légalement aux murs un grand nombre de terroristes.





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