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CQFD N°045


CHRONIQUE DE GUERRE

TOUJOURS VIVANT

Mis à jour le :15 mai 2007. Auteur : Gilles Lucas.


« Imagine-t-on un instant l’horreur qu’on éprouverait pour un criminel qui aurait séquestré et constamment humilié sa victime pendant vingt ou trente ans ?  » [1] C’est ce que vit, parmi des centaines d’autres détenus condamnés à de longues peines, Mahmoud El Shennawy [2]. Trente ans qu’il est en prison, dont vingt passés à l’isolement en tant que DPS : détenu particulièrement signalé. « Je n’ai pas de sang sur les mains  », précise-t-il devant la cour d’assises du Vaucluse où il était jugé le 13 mars dernier pour son évasion de l’unité pour malades difficiles de Montfavet, en compagnie de Ahmed Tahar, un autre « patient ». Dans cet hôpital psychiatrique de très haute sécurité, il a subi le gavage de médicaments, le glissement chimique vers un état de légume. La raison de son internement : il multipliait les grèves de la faim, le « moyen ultime  » comme il dit, pour protester contre les quartiers de haute sécurité. « Si j’étais resté à l’UMD, je serais mort. Je n’avais pas d’autre choix que de m’évader  » et il ajoute : « Si j’avais pu, j’aurais emmené tout le monde.  »

Devant la cour d’assises, il doit non seulement répondre de cette évasion, mais aussi d’avoir embarqué avec lui un infirmier puis un couple de touristes à qui il a fermement demandé de les conduire à Paris. Pourtant, le procès va prendre une tournure bien différente de celle qui assène mécaniquement peines et condamnations. L’infirmier embarqué dans l’expédition, « le seul qui était gentil et qui présentait des sentiments humains  » selon Mahmoud El Shennawy, ainsi que ses collègues qui ont été ligotés, ne se sont pas constitués parties civiles. La jeune femme du couple qui a conduit les évadés en région parisienne non plus. C’est elle qui affirme devant la cour que le fugitif l’a toujours vouvoyée et qu’il baissait la fenêtre de la voiture pour fumer une cigarette. Pascal Faucher, ancien juge d’application des peines, raconte comment il s’est battu, en 1996/97, pour le détenu ne soit plus traité comme DPS. Gaby Mouesca, président de l’Observatoire des prisons, dénonce les conditions de détention et présente ce détenu comme un symbole des longues peines : « Après trente-deux ans de détention, Mahmoud El Shennawy a tout connu de la prison : l’isolement, le mitard, les humiliations…  » Puis, se reprenant : « En fait, non ! Il n’a pas tout connu. Il n’a pas connu le suicide. Et j’espère qu’il ne le connaîtra pas.  » Les avocats des parties civiles eux-mêmes déclarent souhaiter un « processus de réconciliation  ». Face aux jurés, l’avocat général tente de rétablir le cours mortifère de la justice en les invitant à se rendre à la toute nouvelle prison du Pontet, comme si la question de l’enfermement avait un quelconque rapport avec la décoration des murs. « C’est la question du temps, des conditions insupportables  », intervient Gaby Mouesca. Quatre à cinq ans pour Ahmed Tahar, qui a de graves problèmes psychologiques, et dix ans pour Mahmoud El Shennawy sont demandés par l’accusation.

Au moment où les jurés vont se retirer pour délibérer, ce dernier déclare que quelle que soit leur décision, il ne fera pas appel en raison de l’attention qu’ils ont manifestée pendant les débats. Verdict : deux ans pour Mahmoud El Shennawy. Tahar est acquitté. Le 23 mars, le parquet général, encore assoiffé de malheurs, a fait appel…

Article publié dans CQFD n° 45, mai 2007.


[1] in Pourquoi faudrait-il punir ? de Catherine Baker.

[2] Il a été accusé de complicité dans l’attaque d’une banque de l’avenue de Breteuil à Paris, en 1974, à laquelle a participé Taleb Hadjadj.





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TOUJOURS VIVANT
| 20 mai 2008 |

C’est tout simplement inhumain de traiter des hommes comme des bêtes en cage, à quoi ça sert de s’escrimer ainsi sur un homme qui a fait une erreur dans sa vie ? Je suppose qu’il faut une sacré force de vie et de caractère pour pouvoir résister à ce traitement de « faveurs » et je ne comprends pas la « justice » de punir inlassablement des hommes en les privant de liberté aussi longtemps ; quel est le but ?

Quel est le sens d’un tel acharnement ? J’ai honte pour la « justice » de mon pays.

La peine de mort était peut être moins hypocrite en fin de compte et la torture moins longue, même si je suis contre, contre toute sorte de vengeance, quelle qu’elle soit, j’avoue être sidérée par ce que j’apprends. Sidérée, choquée et consternée

 

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