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CQFD N°045


PLANANT

GRÈVES SAUVAGES CHEZ EADS

Mis à jour le :15 mai 2007. Auteur : Gilles Lucas.

L’Airbus 380 devait transporter jusqu’à 800 passagers ! Mais alors qu’actionnaires et dirigeants empochent le jackpot, les ouvriers d’EADS de Saint-Nazaire et Nantes se sont embarqués dans un mouvement où les syndicats n’ont plus qu’à transmettre aux patrons les exigences des grévistes. Un point, c’est tout ! Une fenêtre s’ouvre sur le monde à l’endroit.

JEUDI 4 MAI. « Je vous demande de ne pas siffler, même si vous n’êtes pas satisfaits  », demande Éric Rambaud, de la CTFC, aux grévistes rassemblés devant l’usine EADS de Gron, à côté de Saint-Nazaire. Et d’annoncer que la direction concède une augmentation de salaires de 2,5 %, plus une prime de 500 euros. Le syndicaliste est immédiatement hué, des affiliés déchirent leur carte du syndicat et les grévistes décident aussitôt d’une reconduction du mouvement commencé le 27 avril à l’initiative d’une vingtaine de salariés, constitués en comité de grève. « Quand on a appris le coup des 8,4 millions d’euros de Forgeard, l’ancien patron EADS, il y a eu une espèce de flottement chez nous  », raconte à CQFD Jean-Luc, gréviste à Gron. « Les syndicats n’ont pas bougé quand la direction a annoncé que cette année il n’y aura pas de primes d’intéressement et que celle de participation allait passer d’environ 1 500 euros à 2,88 euros en moyenne… Même pas le prix d’un sandwich, comme dit un compagnon. Une perte sèche d’environ 3 000 euros sur nos bulletins de salaires. Et puis, jeudi 26 avril, une dizaine de jeunes ont commencé à rameuter du monde. Le 27, on s’est réuni en assemblée générale, on a décidé la grève et on est parti voir les gars de l’autre site EADS de Saint-Nazaire Ville. Ceux de Nantes Bouguenais ont très vite rejoint le mouvement et bloqué comme nous leur usine. Les syndicats ont d’abord essayé de coller au mouvement. La CGC s’est retirée la première et les autres syndicats ont suivi, sauf la CGT qui de toute façon n’est pas particulièrement virulente. » Les grévistes de Nantes et Saint- Nazaire ont, le jeudi 4 mai, adopté en assemblées générales une plate-forme : retrait total du plan Power 8, augmentation des salaires de 5 %, reconduction de l’intéressement de la partie bloquée et de la partie sur le salaire au même niveau que 2006, soit environ 3 000 euros, embauche immédiate des intérimaires. « Nous, nous sommes tous très motivés. On en a ras le bol des pressions dans le travail, des cadences, du mépris qu’on subit. Depuis six mois, les chefs passent deux à trois fois par jour pour nous surveiller. On travaille souvent le samedi. Et puis, depuis le plan Power 8, beaucoup d’intérimaires ont été licenciés, et les gars qui viennent de l’usine de Saint- Nazaire Ville, destinée à être détruite, ont du mal à s’adapter aux conditions de travail, ici. Tout est mal géré. La direction n’arrête pas de répéter qu’il faut qu’on soit au “coeur de la performance”. Produire, produire ! est le leitmotiv. Résultat : chacun travaille dans son coin, tout le monde cache les problèmes qu’il rencontre, personne m’en parle de peur des réactions de la hiérarchie… C’est un bel exemple de ce que veut dire “travailler plus”.  » Jean-Luc précise : « Qui veut se joindre au comité de grève peut le faire sans problème. Les comités de grève des différents sites ont créé une coordination qui rassemble les revendications et est en relation avec les syndicats qui négocient avec la direction. C’est évidemment compliqué par le fait que la direction générale est à Toulouse, loin d’ici… Les assemblées générales ont lieu le matin vers 9 heures. On vote à main levée sans être particulièrement pointilleux sur le décompte des voix : quand les mains se lèvent massivement on considère que la proposition est acceptée. Les étiquettes syndicales sont absentes. Le seul problème qu’il y a eu c’est quand un gars du comité de grève, par ailleurs militant du Parti des Travailleurs, est passé à la télé en se présentant comme un membre de Force Ouvrière.  »

Manoeuvres syndicales ou poussées de la base ? Des sections syndicales, notamment de FO et de la CGT, de Akeryards (ex-Chantiers Navals), des hospitaliers, de Man Diesel, de RFS font l’éloge de « l’acte réfléchi et courageux des grévistes d’EADS  », annoncent leur « soutien total  » et se déclarent prêtes à participer à une mobilisation plus large. Certaines n’excluent pas un appel à une grève reconductible. « Entre nous l’ambiance est super chaleureuse, on est devant l’usine, on discute  », poursuit Jean-Luc. « On sent une très grande détermination plutôt que de la colère. On laisse même sortir, pour qu’ils puissent participer aux votes, ceux qui continuent à bosser, les derniers intérimaires qui espèrent encore pouvoir être embauchés chez EADS, et ceux de la maîtrise qui nous disent qu’ “on met l’entreprise en danger”… C’est sûr, eux et nous, on n’est pas dans le même bateau. Et tout cela se passe sans affrontement, d’une manière bon enfant, jusqu’à présent…  » En face, Yvonnick Dréno (FO, majoritaire), essaie, sans rire, d’expliquer aux grévistes que « la direction ne poursuivra pas les négociations tant qu’il n’y a pas une situation sereine…  » et « que les avancées obtenues jeudi à Toulouse ne sont qu’une ouverture des négociations  ». Il est vrai que la sérénité a toujours été le point fort de la classe ouvrière… Sérénité ? Celle des syndicats institutionnels qui peuvent tranquillement se livrer à leur jeu d’appareils, favoriser la progression de bureaucrates au sein de l’organisation, acquérir une autorité qui leur permet de parler d’égal à égal avec les dirigeants, de collecter les fonds distribués par l’État, de défendre leur monopole de représentation auprès des autorités en calomniant, falsifiant et épuisant toute velléité de résistance. Celle des prédateurs qui se distribuent sans vergogne des sommes indicibles. C’est dans la plus grande sérénité que Noël Forgeard, PDG d’Airbus et d’EADS et, parmi d’autres, Arnaud Lagardère, patron du groupe du même nom et premier actionnaire privé français, bien informés des difficultés de leur boîte ont, entre mars et avril 2007, vendu massivement leurs actions. Gains : 6,7 millions d’euros pour le premier, un milliard pour le deuxième. Qu’un juge engage des procédures pour suspicion de délit d’initiés et le voilà, - coïncidence ! - promu, sur proposition de Chirac, au poste de procureur au TGI de Nanterre, préfecture - nouvelle coïncidence ! - des Hauts-de-Seine. Un gréviste d’EADS précisait, le 5 mai, à Libération : « Les syndicats nous promettaient sans arrêt des actions et il ne se passait jamais rien. Il a fallu faire nous-mêmes quelque chose.  » Nous-mêmes ! Une obscénité, en ces temps où l’exaspération sociale s’effraie de sa propre ombre.

Gilles Lucas et correspondants locaux de CQFD


Communiqué du « groupe informel de Nazairiens-Nazairiennes en soutien aux grévistes d’Airbus »
(06/05/07)

« Des Nazairiens et Nazairiennes tiennent à exprimer leur solidarité aux grévistes d’Airbus. Quand les politiques de tous bords n’ont que la “reconnaissance” ou la “valeur” du travail à la bouche, les ouvriers et ouvrières de Loire-Atlantique viennent nous rappeler que la seule dignité reconnue au labeur c’est le salaire. Or, comment ne pas se révolter quand les uns empochent les euros par millions pour leur incompétence, alors que la masse des travailleurs doit se contenter d’une obole pour sa productivité ? Puisqu’il s’agit de rendre sa dignité au travail, nous trouvons que les gars et les filles d’Airbus s’y prennent bien, et nous les assurons de notre soutien dans ce combat exemplaire. »


Article publié dans CQFD n° 45, mai 2007.






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