Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°045
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°045


CASSE DES AIDES SOCIALES

LE TIR AUX FLEMMARDS

Mis à jour le :15 mai 2007. Auteur : François Maliet.

Les futures mesures gouvernementales incitant à travailler plus devraient passer comme une convocation ANPE à la poste, la presse ayant karcherisé les cerveaux à coups de « Rmistes fraudeurs », « profiteurs des Assedic », « malades imaginaires » et autres « trappe à pauvreté ». Sus aux minima sociaux !

MALGRÉ UNE LÉGÈRE VAGUE de scepticisme quant au sérieux de ses chiffres, le premier ministrable Jean-Louis Borloo assène inlassablement qu’il y a de moins en moins de chômeurs en France. Ce bonimenteur ébouriffé s’entête alors que ses propres troupes n’osent plus cautionner ses mensonges éhontés : le 26 avril, les experts de la direction de l’Animation, de la Recherche et des Études statistiques du ministère des Affaires sociales se mettaient en grève contre la publication d’un taux de chômage farfelu. Ils ne sont pas bézef, les mathématiciens qui abondent dans le sens de la baisse : en janvier, l’INSEE préférait repousser la publication de ses chiffres du chômage à la fin de l’année pour ne pas contredire le bilan du gouvernement en pleine période électorale. Quant à l’organisme européen de statistique Eurostat, il rigole doucement des allégations de Jean-Louis-La-Bricole.

Tout laissant penser que Borloo nous enfume gentiment le compteur, la presse se devait de multiplier reportages et enquêtes sur ce tripatouillage de stats et les radiations intempestives de l’ANPE. En lieu et place, beaucoup préfèrent sucer la roue des candidats qui vont « redonner de la valeur au travail  » à gôche et récompenser ceux « qui se lèvent tôt et travaillent tard  » à droite. Sans surprise, TF1 tira à boulets rouges sur les profiteurs du RMI et autres feignasses s’engraissant aux Assedic. Le 1er mai, Charles Villeneuve fêtait le travail avec un « Droit de savoir » sur « La France qui triche ». Une contrôleuse de la CAF y expliquait comment sucrer le RMI à une mère de quatre gosses suite au retour du père au domicile familial. La maman touchait la somme exorbitante de 700 euros par mois : ils ont « essayé de s’en sortir » commenta la contrôleuse après avoir souhaité un compatissant « Passez de bonnes fêtes, les enfants.  » Perdu… Autre scandale dévoilé par cette enquête au coeur de la plèbe : des malhonnêtes de la pire espèce abuseraient des arrêts maladie. Une contrôleuse de la Sécu aurait appris, sur dénonciation, qu’une assurée participerait à des courses hippiques au lieu de, mon Dieu, mon Dieu, soigner son rhume au fond de son plum’. « Rmistes fraudeurs, faux chômeurs, malades imaginaires, certains aigrefins ne manquent pas d’imagination pour escroquer la Caisse d’Allocations Familiales, la Sécurité Sociale ou encore les Assedic », alléchait le site Internet de la chaîne. Espérons que le président Sarkozy, autodésigné « du côté des honnêtes gens » contre les « fraudeurs et les malhonnêtes », ait apprécié la programmation de son ami Bouygues à six jours du deuxième tour. Car la date de diffusion n’est pas liée à l’actu brûlante du sujet : on y retrouvait Thierry F., le fameux chômeur professionnel de Roanne dont le bouquin est en rayon depuis plus de six mois. Et quatre autres intervenants figuraient déjà dans un reportage de « Pièces à conviction » diffusé sur France 3 en octobre dernier. Mais peut-être que Charles Villeneuve, présent au meeting de Sarko à Bercy le dimanche précédent, souhaitait donner un coup de pouce à un ami dans le besoin…

Nos grands hebdos, toujours prompts à casser du sucre sur l’échine des laissés-pour-compte, ne furent pas en reste : « Les pièges de l’assistanat », titrait Marianne dans son numéro du 17 février, alors que Le Point renchérissait le 12 avril avec « La France assistée ». Les fraudes d’envergure y sont vaillamment dénoncées, comme ces deux nanas qui, d’après Marianne, dissimulent une sous-loc’ pour extorquer à la CAF une poignée d’euros supplémentaires. Pas de quoi s’offrir un escalier en chêne, mais assez pour que « les travailleurs […] éructent contre les “Rmistes qui refusent de travailler” ». Autre scandale : ces pauvres qui profiteraient de la CMU pour multiplier les rendez-vous chez des spécialistes sans toutefois les honorer, foutant le bordel dans l’agenda filofax des toubibs. L’horreur… Mais attention, ces hebdos s’adressant à un public autrement cultivé que le spectateur supposé moyen de TF1, les journalistes doivent se torturer un peu les méninges : « En multipliant les aides, n’enferme-t-on pas les exclus dans l’exclusion ? » s’interroge Le Point. Car c’est bien connu, le Rmiste naît bon, mais c’est le système d’aides sociales qui le pervertit puisqu’il peut parfois gagner plus sans rien branler ! La « trappe à inactivité », voila le nouvel ennemi à combattre. Pour illustrer ce concept, Marianne a dégoté une Montpelliéraine de vingt-sept ans, mère de deux enfants, qui s’indigne : « Moi, je voudrais travailler même si je perds de l’argent. Mais je dois nourrir mes gosses. » Plein de poésie lucide, Le Point avance « qu’en finir avec l’assistanat revient à convaincre des gens coincés au fond d’une cave de sortir là où il fait froid et venteux, là ou la précarité et les salaires chiches sont la règle. » Mais que retient-on de ces enquêtes une fois les magazines refermés ? Que les salaires sont trop bas pour qu’on ait envie de perdre notre vie derrière un bureau ou une machine ? Ou plutôt que les aides sociales sont inefficaces pour nous renvoyer au chagrin, et qu’il serait préférable de les supprimer sans chichi ? Quand un gouvernement sucrera quelques minima sociaux, et l’idée titillera sûrement le prochain, les lecteurs de Marianne et du Point opineront du chef, le mot « assistanat » clignotant dans un coin de leur cerveau. Leur « trappe à pauvreté » est surtout un bon piège à cons.

Article publié dans CQFD n° 45, mai 2007.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |