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CQFD N°045



UN SYNDICAT PAS COMME LES AUTRES

Mis à jour le :15 mai 2007. Auteur : Nicolas Arraitz.


Qui sont ces activistes itinérants sillonnant la géographie plastifiée des provinces extrêmes de l’Andalousie pour tenter d’organiser une population fluctuante d’immigrés surexploités ? Andalous, Marocains, Argentins, Sénégalais… Ils font revivre la mémoire des Wobblies de la fin du XIXe et du début du XXe siècle aux USA, ces agitateurs qui partageaient la vie et les errances des hobos et autres trimardeurs à travers des territoires fraîchement conquis par un capital à la brutalité amplement documentée depuis. Le Sindicato de Obreros del Campo d’Andalousie a une histoire atypique. Le SOC est né dans les gros bourgs du Guadalquivir, réservoirs à main-d’oeuvre des haciendas. Son antécédent direct, ce sont les commissions clandestines de journaliers, qui lancèrent des dizaines de grèves des bras croisés pendant les dernières années de la dictature franquiste. Ses racines sont multiples : certains de ses fondateurs étaient des curés ouvriers, entourés de comités de « chrétiens de base », proches de la théologie de la libération née en Amérique latine. Certains étaient membres du maoïsant Partido del Trabajo. Et d’autres venaient de l’anarcho-syndicalisme. La base était composée de sans-terre alternant journées de travail dans les haciendas, braconnage et émigration plus ou moins temporaire. Ce qui fait l’originalité du SOC, c’est son ancrage local, à partir d’assemblées de villages jouissant d’une large autonomie. Ces assemblées ont été la base d’un pouvoir réel dans de nombreuses localités, jusqu’à permettre des conquêtes de mairies (à l’heure actuelle, six mairies sont gérées par des listes émanant du syndicat). Comme une réminiscence des anciens athénées libertaires, des centres ouvriers ont été construits par des brigades de volontaires. Ils servent de siège à la section syndicale, de lieu de réunion, de bar, de bibliothèque… À El Coronil, une affichette est apposée à côté du comptoir, demandant de ne pas servir d’alcool pendant les AG : « L’assemblée, c’est l’âme de la classe ouvrière. »

Autre particularité : le SOC a été à l’origine de la création de plusieurs coopératives de production, avec une tendance de plus en plus affirmée vers l’agriculture biologique. À Marinaleda, la coopérative d’El Humoso (plusieurs centaines d’hectares obtenus après occupation répétée de terres sous-exploitées par les latifundistes), a permis d’en finir avec la misère dans la localité. À tel point que les patrons alentour paraissent mendier lorsqu’ils viennent au bar du syndicat pour y trouver des bras. Belle revanche après des décennies de chômage endémique où les contre-maîtres venaient recruter « au doigt » et à la journée sur la place des villages ! Aujourd’hui, la mécanisation, le boom immobilier et l’emploi massif d’immigrés dans l’agriculture sous serre ont déplacé les ouvriers agricoles andalous. Beaucoup se sont reconvertis dans les métiers de la construction. Tout aussi précaires, mais mieux payés. Le mérite du SOC aura été d’éviter toute dérive identitaire et de tenter d’inclure les travailleurs étrangers dans ses files. Son caractère non corporatiste a aussi amené le SOC à se mobiliser contre les OGM. Ce 1er mai, une manifestation s’est rendue jusqu’à un entrepôt-laboratoire de Monsanto, enveloppant le site de plastique noir et promettant que les actions futures seraient… moins symboliques.

Article publié dans CQFD n° 45, mai 2007.

À lire également, les articles :
- DANS LA BULLE AGRO-ALIMENTAIRE ESPAGNOLE
- CONTRAT AMER
- UNE BULLE EN BÉTON MASSIF
parus dans le même numéro.






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