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CQFD N°045



CONTRAT AMER

Mis à jour le :15 mai 2007. Auteur : Nicolas Arraitz.


Les exploitations agricoles, prises à la gorge par la concurrence internationale, les banques, les semenciers, l’industrie agrochimique et la grande distribution, n’ont plus qu’un levier à portée de main pour amoindrir les coûts de production : la pression exercée sur leurs employés. L’employé idéal est dépourvu de droits, invisible, mal logé dans des taudis cachés au milieu des champs de serres. Il est de notoriété publique que l’industrie maraîchère d’Almería et les fraises amères de Huelva ne prospèrent aujourd’hui que grâce à ses ouvriers sans-papiers, fraîchement débarqués du détroit de Gibraltar et prêts à accepter un infra-salaire, un taudis sans eau, un travail dans un air nocif et confiné et des heures supplémentaires non-payées. Mais la mauvaise publicité qu’occasionne cette évidence comptable est dommageable au service marketing. On s’efforce alors de prouver que le marché local du travail se normalise. L’avenir est aux « contrats d’origine », contrats nominatifs signés au pays par un travailleur qui ne vient ici que pour le temps d’une récolte. En France, on appelle cela un contrat OMI, et des centaines de Marocains ou Tunisiens y goûtent depuis des années sans jamais avoir droit ni à l’ancienneté, ni aux Assedic.

Après « tous ces problèmes » avec la main d’oeuvre marocaine, trop vindicative, les employeurs andalous sont allés chercher des Équatoriens, des Colombiens, des Bulgares, des Roumains. « Eux au moins sont chrétiens. » Mais les conditions sont telles que même les femmes roms de Roumanie rechignent parfois à faire le voyage et on a du mal à remplir les quotas. On va donc chercher des femmes marocaines…, avec contrat d’origine. Femmes mariées ou au moins avec enfants à charge, pour s’assurer qu’elles retournent au bled à la fin de la saison. Mais voilà qu’apparaissent des sergents recruteurs peu scrupuleux, qui vendent à prix d’or ces pauvres contrats. Parfois à un prix plus élevé que le salaire que va gagner le saisonnier ou la saisonnière au cours de la récolte. Ce qui semble prouver - et les États marocain et espagnol sont au courant, affirmait avec véhémence Rachid el Canario lors de l’inauguration du local de Níjar - que ces contrats sont en fait des clés pour un passage sans visa moins dangereux que la traversée du détroit en barque. Ces contrats ne sont que l’habillage administratif d’une même précarité. Le patron peut toujours imposer ses conditions : si le saisonnier bronche, il est sûr de ne pas revenir l’an prochain. Si au contraire il redresse la tête et fait valoir ses droits, il choisit au même instant de ne plus retourner chez lui et de basculer dans la clandestinité. Retour à la case départ. Les frontières Schengen ne sont pas là pour être imperméables, mais pour doser à volonté - selon les besoins du marché - la pression exercée sur la masse des esclaves.

Article publié dans CQFD n° 45, mai 2007.

À lire également, les articles :
- DANS LA BULLE AGRO-ALIMENTAIRE ESPAGNOLE
- UN SYNDICAT PAS COMME LES AUTRES
- UNE BULLE EN BÉTON MASSIF
parus dans le même numéro.






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