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CQFD N°045


MA CABANE PAS AU CANADA

POT COMMUN

Mis à jour le :15 mai 2007. Auteur : Marie Bové.

À la limite du marchand et du non-monétaire, du licite et de l’illicite, du social et de l’économique, les groupes d’entraide de l’Escarcelle expérimentent une économie populaire. Témoignage à Marseille.

Au XIIe siècle, l’escarcelle était une bourse de préférence dodue, portée au ceinturon. Aujourd’hui, ceux dont le portefeuille est tellement plat qu’il n’attire aucune convoitise ont choisi de mettre en commun compétences, besoins, idées et savoirs dans une bourse d’entraide de proximité. Ainsi est née l’association marseillaise Escarcelle. Depuis 2002, elle fédère une douzaine de groupes de solidarité. Le principe en est simple : chaque groupe doit mettre à disposition un outil profitable à tous. Vous connaissez peut-être le resto participatif marseillais La Kuizin ? Les garages La Perche à Gardanne et Les Mécanos du coeur à Marseille ? L’épicerie sociale Point-rencontre à Château-Arnoux ou les bateaux de Bout de mer sur le Vieux-port ? « Vous n’êtes pas là pour bosser dans des associations, mais pour chercher du travail !  » hurlent régulièrement les institutions aux oreilles de Florence, coordinatrice de l’Escarcelle. Mais, loin de se laisser démonter, elle rétorque : « Non seulement, les pauvres ne sont pas des fainéants mais, qui plus est, leur activité de proximité est d’utilité sociale. Peut-être sera-t-elle reconnue un jour en donnant des points retraite ? Pour l’heure, ces initiatives permettent déjà d’accéder à une validation des acquis par l’expérience (VAE) au bout de trois ans. »

Le « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy ne fait pas ici recette. Dans Escarcelle presque tous sont chômeurs, RMIstes, SDF, gens de voyage, femmes au foyer, retraités ! « Pour nous, l’emploi n’est plus une garantie contre la pauvreté, explique Florence. Quant à vivre avec 615 euros par mois comme 4,5 millions de Français, c’est impensable. Encore moins avec le RMI ! » Las de courber l’échine devant les services d’assistance, ils en ont fini de respecter les règles de la sacro-sainte valeur travail rémunérée au prix du marché. Plus besoin de montrer sa carte de précaire, de justifier son état d’exclusion pour se nourrir, se loger ou partir en vadrouille. On prend les armes en bas de chez soi, en valorisant des initiatives de proximité comme les jardins ouvriers, les garages de mécanique, les coopératives d’habitation…

Des SDF de Fréjus, regroupés dans l’association ALICE se sont aménagés une vraie cuisine où ils se font régulièrement la popote. Comme ils ne pensent pas qu’à leur gueule, ils sont venus prêter main forte au resto associatif de la Belle-de-Mai à Marseille. Carrelage, menuiserie, huile de coude et franches rigolades, ils ont participé à presque tous les travaux qui ont permis au seul resto à prix libre d’ouvrir ses portes. Aujourd’hui, la fine équipe cherche un bus pour faire les tournées de maraudage. Histoire de taper la causette autour d’une bouffe avec leurs collègues isolés ! Mais, en attendant, l’heure est aussi à la réflexion collective pour inventer les suites à donner à Escarcelle. Les groupes d’entraide envisagent l’octroi de tickets-resto pour les acteurs des projets. Depuis la loi de mai 2006, c’est chose possible pour les bénévoles. Plus alléchant encore, certains planchent sur la reconnaissance juridique du bénévolat pour qu’il devienne constitutif du contrat d’insertion. À ce stade, on peut rêver : la recherche d’emploi ne serait plus le critère exclusif ouvrant le droit aux minima sociaux.

Article publié dans CQFD n° 45, mai 2007.






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