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CQFD N°046


FAUX ENNEMIS

LE QUIDAM SARKOZISTE

Mis à jour le :15 juin 2007. Auteur : Le bouledogue rouge.


« J’ai toujours voté à gauche, mais ce coup-ci, on en peut plus !  », se justifie Jean-Pierre, un artisan qui emploie quatre sans-papiers, les paie correctement, les aide à se loger et les inclut même dans sa vie familiale. Alain, tatoué, tête de chat sauvage à l’affût, portant en bandoulière le sac Vuitton « qui va bien », sortant fraîchement des Baumettes d’un séjour un peu plus long que les précédents, insiste : « J’en ai marre que ça soit toujours les mêmes qui morflent. Avec Sarko, ça va changer ! » Lulu tient un bar. « Tous ces assistés, y en a marre ! », lâche-t-il, sans se rendre compte qu’avec sa clientèle de chômeurs et autres Cotorep, il se tire une balle dans le pied.

Sans prétendre se livrer à des exercices statistiques, on peut dire que les « on n’en peut plus » et les « ça ne peut plus durer » reviennent comme une litanie dans la bouche des électeurs sarkozistes. Voilà ce qu’a pigé le nabot. Il n’a pas eu besoin de convaincre avec son programme. Marteler le mot « rupture » aura suffi pour qu’une petite masse d’électeurs fasse basculer le résultat en sa faveur plutôt que du côté des « belles âmes », chez qui « le languir ne fait que se perdre dans un devenir où il devient objet inconsistant » [1]. « Rupture » : incantation où se reconnaissent les émotions confuses mais persistantes qui rôdent dans la société, écho d’un profond ras-le-bol mêlé d’une grande fatigue. Il joue à la fois sur l’envie que tout change et sur la peur panique du changement. Paradoxe : l’autre bord, « l’opposition », celle de la greluche ânonnante, ne proposait que continuité.

Le pays serait-il divisé entre 19 millions de méprisables salauds et 17 millions d’humanistes solidaires ? Si le nouvel électeur sarkoziste (pas celui de Neuilly, pas celui qui flippe pour ses avoirs) est un cocu moderne et malheureux, égoïste même avec ses proches, déchiré entre sa crainte du désordre et les petites combines qui l’aident à tenir, l’électeur royaliste n’est guère plus brillant. Mis à part peut-être son effroi humaniste à l’idée de voir arriver au pouvoir le prince magyar. Et l’abstentionniste non plus n’est garant d’aucune vertu intrinsèque.

Alors ? Saynète vue dans une cantine associative et sans but lucratif. Deux marlous de quartier s’attablent pour goûter un couscous kabyle. « Je vais demander à l’élu UMP de mon quartier de me trouver un local pour donner des cours de kick-boxing aux minots du quartier.  » Charmé par l’ambiance bon enfant, Issam pose des questions : « Vous n’avez pas de subventions ? Mais avec des subs, vous pourriez avoir un local quatre fois plus grand, et vous faire plaisir en faisant du bien aux autres. Comme ici, mais plus à l’aise. Et aujourd’hui, les subventions, soyons réalistes, c’est à droite qu’il faut les chercher.  » Réponse d’un membre de l’asso : « Nous, on veut pas grossir, mais être bien. On ne veut rien avoir à faire avec leur système clientéliste. » Issam : « Moi non plus, mais je biaise. En prenant les subs, je nique le système !  »

Publié dans CQFD n°46, juin 2007.


[1] Hegel





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