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CQFD N°046


GRÈVE SAUVAGE (SUITE)

EADS, MON AMOUR

Mis à jour le :15 juin 2007. Auteur : Gilles Lucas.

Grèves sauvages chez EADS ? Sortez l’artillerie communicationnelle ! Avant même que les syndicats n’aient l’idée de le leur demander, les patrons partagent la thune des actions en bourse et augmentent les salaires ! Et les primes ! Qui sont les bons ? Qui sont les brutes ? Qui truande-t-on ?

MERCREDI 9 MAI, sur le parking d’EADS-Gron. « Un gars de la coordination a pris la parole et a dit qu’il fallait arrêter. On était étonné. Beaucoup voulaient continuer. Le jeudi, ce sont les syndicats qui ont enfoncé le clou. L’ambiance n’était plus la même : pas de discussion, des groupes qui bavardent entre eux, de la musique et des barbecues. Les non-grévistes sont sortis pour voter et sont retournés bosser… », raconte Jean-Luc. « On s’est fait piéger. Il fallait continuer la grève encore quelques jours. Les gens étaient déçus, avec le sentiment d’avoir été lâchés par tout le monde : non seulement par les syndicats, ça on le savait déjà, mais aussi par le porte-parole du comité de grève… C’est trouble tout ça. Malgré le désaveu qu’ont subi les syndicats, le fait que les élections n’aient lieu que dans trois ans va leur sauver la mise.  » Premier contre-feu : la direction, soudain philanthrope, envisage début mai de redistribuer aux salariés les dividendes d’une partie des actions. But de ce coup médiatique : présenter les magouilles boursières, sujettes à indignation, comme pouvant profiter aux salariés. Dans les faits, une misère, 0,12 euro par action. « Ça va faire grandir le mécontentement : toute l’année, on demande des efforts aux salariés, on les récompense avec des miettes et ce sont les actionnaires qui se partagent le gâteau  », déclare Christian Caillé, secrétaire de la CGT à Airbus Saint-Nazaire (La Tribune du 8 mai). D’autant que la production doit passer à quarante avions par mois et qu’il va être exigé plus de productivité alors que dix mille salariés se feront dégraissé par le plan Power8. Menées par FO et la CFTC, les négociations aboutissent d’abord à une augmentation de salaires de 2,5 % et à une prime de cinq cents euros. Après que, le 20 mai, Sarkozy a fait son cinéma chez EADS-Toulouse, la direction décide « spontanément » d’augmenter le pourcentage à 2,8 % et la prime à huit cents euros. « Tu parles ! En fait, tout ça signifie en termes individuels une augmentation d’environ 1,8 %. C’est rien. Et la prime de huit cents euros compense juste les journées de grève  », précise Jean-Luc. Ce que Le Figaro du 23 mai appelle « lâcher du lest sur les salaires  ». Car, calculette en main, à voir les sommes obscènes qu’ont ramassés directeurs et actionnaires soupçonnés de « délits d’initiés » [1], le compte est limpide. En cumulant parachutes dorés et gains sur les ventes d’actions [2], on arrive à la somme pharaonique de plus de deux milliards d’euros qui, partagés entre les 55 000 employés d’EADS, représenteraient, pour chacun d’eux, un plus de 35 000 euros… On est loin des huit cents euros « généreusement » accordés par la direction sous les acclamations de tous les syndicats, sauf la CGT.

« On a reçu une calotte, c’est sûr. Mais on a aussi fait sacrément peur à l’État et à la direction. Aucune sanction n’a été prise, et pendant deux samedis de suite on ne nous a pas demandé de venir bosser  », remarque un ex-gréviste. Il poursuit : « On était toujours triste de voir partir les intérimaires. On s’est battu pour qu’ils soient embauchés et on a gagné.  » Jean-Luc : « Pour repartir en grève, ça ne va pas être facile. Mais il n’y a pas de rancoeur entre les gens. Et puis si on a pu partir en grève un jour, on recommencera. Ça a prouvé que c’est possible !  » Pour l’instant, actionnaires et hommes politiques épongent de leur front cette suée d’effroi…

Article publié dans CQFD n° 46, juin 2007.


[1] L’Autorité des marchés financiers mène l’enquête. Elle se tripote la tête pour savoir s’il existe un rapport entre la réunion du CA d’EADS du 7 mars 2006, où ont été dévoilées les difficultés d’Airbus, et la vente en cascade d’actions qui eut lieu dans les semaines suivantes.

[2] Selon Métro et La Tribune du 30 mai : 3,5 millions pour Forgeart, auxquels s’ajoutent les 8,5 millions de parachutes dorés. Deux milliards à partager entre Lagardère et Daimler-Chrysler. 1,1 millions pour Gut, directeur général délégué, en attendant les douze millions à venir du parachute. 800 000 euros en moyenne pour quatre cadres du comité exécutif, etc.





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