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CQFD N°046


PUTSCH MÉDIATIQUE

DU LOFT A L’ÉLYSÉE

Mis à jour le :15 juin 2007. Auteur : Nicolas Arraitz.

La mise en scène se veut écrasante. La presse « sérieuse » est mobilisée. Journalistes et experts sont rangés en ordre de bataille sur les plateaux de télé. Mais si autant d’électeurs se laissent enrôler la fleur au fusil dans cette grande restauration morale, c’est surtout grâce au supplément d’âme de la télé-réalité et des magazines people.

LA MACHINE DE GUERRE est plus soudée que jamais. Il y a bien sûr les filles à ministre Ockrent, Drucker et Schonberg. Il y a les journalistes de Cour Pégard, Bennamou et Lévy appelés auprès du prince. Il y a le commissaire politique Solly placé à la tête de TF1. Et Direct-Soir, le torche-cul de Bolloré, balançant trois pages de publi-reportage concocté par les officines de propagande pour lancer le produit Rachida Dati. France 2, Chabot et Blair offrant un clip électoral à l’UMP juste après le JT. La liste n’est pas close. L’heure n’était pas à un président consensuel mais à un leader tape-dur, façon état de siège permanent. En témoignent les affiches électorales à dominante vert-de-gris et cette allure volontairement rigide d’homme providentiel, que n’auraient pas renié Honecker et Ceaucescu. Idem avec les inénarrables unes siamoises du Point et de L’Express : même lettrage doré adoubant « Le Président ». Ou celle, ineffable, de Paris-Match présentant au bon peuple la famille royale sous les ors de l’Élysée… Ses outrances et ses bourdes, loin de le disqualifier, l’ont conforté. Détesté ou adulé, Sarkozy était là, sur le devant de la scène. La campagne électorale a tourné autour de lui. Au final, c’est à un plébiscite que nous avons été convoqués : pour ou contre Sarko. Et là, le démagogue avait gagné d’avance.

Car, fabriqué par la médiacratie, ce Président doit aussi sa large victoire au terreau semé par la télé-réalité et la presse people. Ce n’est pas un hasard si son portrait officiel a été photoshopisé par le principal des paparazzi de la Star Ac. Plus que sur ses idées, c’est sur la peste émotionnelle et le culte de la personnalité que le triste sire a basé son succès. Avant qu’à une dérive droitière du pays, c’est à la mise en scène d’une hystérie digne de la Nouvelle Star que les pros de la com’ ont oeuvré. C’est le syndrome Loft Story et son narcissisme vulgaire, c’est le culte du moi-je-moi-je, de la « réussite » obtenue au prix des simagrées les plus obscènes qui ont fait le lit de cette crispation bonapartiste.

Deux décennies de télé-poubelle ont habitué le spectateur à avaler les soupes les plus insipides. Anesthésiés par cette avalanche de divertissements à forte teneur idéologique (culte du fric, du pouvoir, de la compétition, du superficiel…), les cerveaux étaient disponibles. Voilà pourquoi Sarkozy n’a jamais payé pour ses couacs et ses excès. Un hit efface l’autre. Il déclare que la France est trop endettée et les Français pas assez ? Personne ne bronche. Il blague au bord d’une piscine à La Réunion : « Je serai un Président comme Louis de Funès dans Le Grand Restaurant, servile avec les puissants, ignoble avec les faibles.  » ? Tout baigne. Ou Rachida Dati en verve off the record : « J’aurai sûrement le ministère de la Réhabilitation des banlieues à coup de karcher.  » ? Ça glisse. Fillon commente les 43 % de Sarkozy dès le premier tour dans les Alpes-Maritimes par un : « Tous des vieux et des fachos, il n’y pas de quoi être fier.  » (Le Canard enchaîné) ? Qui s’en offusquerait ? Ni les vieux, ni les fachos. Estrosi se lâche contre les Gitans « que nous expulserons dès notre arrivée au gouvernement  » ? On ricane sous cape. Les tentations eugénistes du candidat de la rupture ? Pas grave ! C’est Koh-Lanta à tous les étages : leur pays devient une jungle de pacotille où 60 millions de candidats à la survie s’étripent sous l’oeil blasé des caméras. La France est une chienne, comme disait le rappeur de Villepin.

Article publié dans CQFD n° 46, juin 2007.






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