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CQFD N°046


JE VOUS ÉCRIS DE L’USINE

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Mis à jour le :15 juin 2007. Auteur : Jean-Pierre Levaray.


Ça fait plus de six mois qu’on nous annonce dans l’usine que la filiale engrais de Total, Grande Paroisse, va changer de nom, parce que, nous explique-t-on, il est négatif et pas porteur. Le nouveau nom a été caché de façon quasiparanoïaque par la haute hiérarchie, pourtant c’était un secret de polichinelle. Le 3 mai, en arrivant le matin à l’usine, nous voyons de nouvelles oriflammes, de nouvelles pancartes. Dessus il est inscrit « GPN ». Tout a été changé durant la nuit. Le personnel qui est à la journée est convié par la direction à la cantine pour un petit déjeuner de présentation de la nouvelle société. Nous nous y rendons tous : ça fait une heure à glander aux frais du patron. Nous nous retrouvons près d’une centaine avec café, croissants et autres. Les copains du syndicat plaisantent : « On sait comment faut faire pour avoir du monde aux heures d’information syndicale : faut leur payer les croissants.  » La direction voudrait que ce soit un moment « festif et convivial » mais nous nous retrouvons juste à table, entre copains. Puis on nous passe un film sur grand écran. C’est notre directeur général qui nous cause, pour nous expliquer le changement de stratégie du groupe. Le « N » de GPN, c’est le symbole de l’azote, autour duquel GPN va uniquement travailler, en produisant moins d’engrais et davantage de produits liés au « développement durable et au respect de l’environnement  » en se tournant vers « une activité liée à la Terre, notre premier client » [sic]. Ça fait plusieurs articles dans lesquels je vous explique qu’un marché de tout ce qui est dérivé de l’ammoniac et de l’urée est en train d’émerger et de rapporter beaucoup de fric pour un investissement et un coût très faible. Ce sont des produits qui servent d’additifs et qui doivent permettre de baisser les émissions de CO2 et de NOX [1].

Cette nouvelle société ne comporte plus que les trois sites encore en activité. Tout ce qui constitue le passif (AZF, plans de préretraite, dépollution de tous les sites des usines fermées jusqu’à présent…) est mis dans une autre société que Total va absorber en y laissant quelques centaines de millions d’euros. A priori, avec ces nouveaux marchés, la société GPN devrait fonctionner quelques années (alors qu’il y a quelques mois, tout le monde s’attendait à la fermeture pure et simple). Cette société deviendrait donc une société rentable (et peut-être vendable), pour quelque temps. Pour cela il faudrait que le matériel soit fiable, ce qui n’est pas franchement le cas. Au bout d’une heure d’images publicitaires, tous les employés ont droit à une pochette avec de belles plaquettes de présentation, sur papier cher et en quadrichromie. Et, comme si ça ne suffisait pas, ajouté à cela il y a le nouveau règlement intérieur de l’usine accompagné d’un réveil. Juste comme un rappel à l’ordre, pour qu’on arrive à l’heure au boulot. Enfin, les cadres, et eux seuls, sont conviés à un pot plus classe avec champagne et petits-fours. Nous pourrions nous y inviter mais nous préférons les laisser entre eux. Ah oui, j’oubliais, le mot d’ordre de cette nouvelle société, qui est écrit partout, c’est « GPN, et la terre respire ». On croit rêver.

Article publié dans CQFD n° 46, juin 2007.


[1] Le NOX désigne les différents oxydes d’azote.





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