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CQFD N°046


LES VIEUX DOSSIERS D’IFFIK

LES KG DÉCAGÉS

Mis à jour le :15 juin 2007. Auteur : Iffik Le Guen.


Les vieux dossiers se proposent d’entamer une petite balade en compagnie des princes de la belle, tous ceux qui dans l’histoire ont pratiqué l’impératif moral du grand Jacques (Mesrine) : « Le devoir de tout homme enfermé, c’est de s’évader. » Ce devoir particulièrement d’actualité était aussi celui de tout prisonnier de guerre en Allemagne ou KG (pour Kriegs Gefangener) pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous avons tous en mémoire les aventures du prolo, de l’aristo et de la minerve dans La Grande Illusion ou, dans un autre style, l’homme à la moto dans La Grande Évasion. Moins connues, du moins de ce côté-ci de la Manche ou du Rhin, sont les péripéties des officiers anglais, français, polonais, belges et hollandais embastillés dans la forteresse de Colditz, à six cents kilomètres de la frontière suisse. C’est la villégiature qu’Hitler réservait aux multirécidivistes de l’évasion ainsi qu’à certaines pointures (neveu de Churchill, rejetons de quelques familles royales d’Europe) dans la perspective de négociations à l’amiable avec les alliés occidentaux. Protégés du travail forcé, des mauvais traitements et des exécutions sommaires par la convention de Genève, ils eurent pendant plus de deux ans tout le loisir d’échafauder les plans les plus improbables.

Nos gentlemen commencent par fonder un comité international d’évasion avec différentes équipes chargées, à partir des plus anodins matériaux de récupération, des déguisements civils ou militaires, des tunnels, des faux papiers et de la fausse monnaie, de la corruption de gardiens… Selon l’un des survivants, Colditz a transformé les plus respectables des bourgeois et des aristocrates en types très doués pour toutes sortes d’activités criminelles. Dès lors, les tentatives s’enchaînent à un rythme soutenu du plus simple au plus compliqué. Un Belge se recouvre dans le parc de promenade d’une toile de camouflage fabriquée avec un drap et des feuilles collées dessus en attendant la nuit. Des Français simulent pendant des semaines des exercices d’acrobaties pour distraire leurs geôliers jusqu’au jour où l’un deux franchit le mur d’enceinte dans un salto avant impeccable. Des Anglais construisent un planeur dans les combles de la citadelle dissimulés par une cloison plus vraie que nature. La fin de la guerre les empêche de tenter le grand plongeon depuis leur rampe de lancement amovible installé sur les toits. Mais la plupart des prisonniers s’emploient surtout à creuser un nombre incalculable de galeries et de tunnels dans les murs transformant la vénérable demeure en gruyère. Les gardes-chiourme ne restent pas inactifs et, outre les vastes perquisitions supervisées par la Gestapo, ordonnent pas moins de quatre appels par jour. Rien n’y fait : les Hollandais se spécialisent dans la confection de mannequins en carton qui bouchent à merveille les trous laissés par les absents. On fait venir de Berlin de coûteux appareils pour détecter les bruits lors du creusement des galeries, les Polonais montent une chorale de chansons à boire. Certains, pour qui la guerre est devenue une affaire personnelle entre eux et le Reich tout entier, se planquent durant des mois et sont ainsi surnommés les « fantômes ». Goût du défi, blagues de collégiens ou façon d’échapper à la folie, toutes motivations pour déjouer les pièges de la prison d’où l’on ne s’évade pas. Au final, sur les trois cent trente tentatives d’évasions, seulement trente réussissent. Errol Flynn, le pirate sautillant de Capitaine Blood, incarne avec Ronald Reagan dans Desperate Journey (1942) l’un de ces KG simulant au début puis devenant de plus en plus dingue pendant sa captivité. Il finit par être rapatrié aux États-Unis suivant les termes de la convention de Genève qui affirment que nul malade gravement atteint ne peut être détenu. Une humanité oubliée aujourd’hui dans les prisons françaises.

- À voir : le documentaire Colditz, les évadés de la forteresse d’Hitler, diffusé par Arte.

Article publié dans CQFD n° 46, juin 2007.






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