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CQFD N°046


PAS VU EN FRANCE

LES PRISONNIERS DU SILENCE

Mis à jour le :15 juin 2007. Auteur : Nicolas Arraitz.


« Nous sommes les fils du silence de nos parents et responsables du silence de nos enfants », résume l’écrivaine Dulce Chacón dans Presos del silencio, documentaire de Mariano Agudo et Eduardo Montero sur les forçats républicains de la dictature franquiste [[Presos del silencio, coproduction Intermedia, LZ et Canal Sur TV, 2004, [www.intermediaproducciones.com-Généreuse, l’Espagne franquiste offre la possibilité du rachat à ceux qui ont péché contre elle. Ils ont fait sauter des ponts ? Ils les édifient à nouveau. Ils ont détruit des maisons ? Ils les reconstruisent. […] Tel un handicapé dont le poing était stérilement fermé, leur main s’ouvre et se tend fraternellement dans le salut romain ! »

Agudo et Montero, deux réalisateurs andalous indépendants, ont retrouvé les derniers survivants d’un de ces chantiers pharaoniques : celui du canal du bas-Guadalquivir, plus connu comme « le canal des prisonniers ». Dès 1940, jusqu’à 10 000 bagnards républicains, entassés dans trois camps de concentration, ont creusé et bâti ce canal d’irrigation qui a permis, après sa mise en service en 1967, d’irriguer 40 000 hectares de grandes propriétés agricoles. L’aristocratie terrienne n’avait jamais consenti à débourser les sommes nécessaires à la réalisation de ce projet d’infrastructure datant du début du XIXe siècle. Grâce à cette main d’oeuvre esclave, l’archaïque système latifundiste devient dans les années 70 un des plus performants d’Europe. Devant la caméra, une poignée d’anciens prisonniers, veuves et enfants témoignent de ces interminables années d’humiliation (le chantier ne fut conclu qu’en 1962). Ils disent la douleur d’avoir été obligés chaque matin de chanter l’hymne franquiste, d’assister à la messe et de se confesser avant d’aller marner pour le seul bénéfice d’un système injuste qu’ils avaient été sur le point d’abolir.

En annexe, des intellectuels, dont le prix Nobel José Saramago, parlent de l’enjeu social autour de la mémoire. Un historien critique le pacte du silence scellé entre les héritiers du franquisme et les partis de gauche « pour éviter de rouvrir de vieilles blessures  ». Il questionne : « Vingt-sept ans après, sommes-nous encore tenus de respecter ce pacte ? N’est-ce pas plutôt notre amnésie qui risque aujourd’hui de réveiller les vieux démons ? » Une question qu’on pourrait aussi bien se poser ici. Si le passé collaborateur et colonial de la France n’avait pas été aussi longtemps travesti, un arriviste déclarant que « la France n’a jamais commis de crimes contre l’Humanité  » aurait-il pu accéder à la plus haute fonction du pays ?

Article publié dans CQFD n° 46, juin 2007.






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