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CQFD N°046


POLAR LATINO À MARSEILLE

SOUS LE SOLEIL NOIR DE MEXICO

Mis à jour le :15 juin 2007. Auteur : Christophe Goby.

L’écrivain mexicain Paco Ignacio Taibo II a accepté d’être le nouveau directeur de la collection l’Atinoir, chez L’Écailler du Sud. Lors de son passage à Marseille, on a causé littérature populaire.

PACO IGNACIO TAIBO II : un nom pareil, ça ne s’invente pas ! Sa tête non plus : il ressemble à Speedy Gonzalez. Mais la souris la plus rapide l’Ouest est née dans les studios Disney, alors que pour Taibo II, l’humanité et ses plus belles fulgurances logent plutôt en bas à gauche de l’édifice social. En visite chez l’Écailler du Sud et en conférence à l’Alcazar, la bibliothèque de la ville, Taibo a parlé de sa biographie de Pancho Villa, le libérateur du nord, compère de Zapata, libertador du Sud. Pancho Villa, ce bandit populaire, ce révolutionnaire truculent qui renversa la logique du monde le temps d’un raid contre une bourgade du Sud des États-Unis. Il vient aussi d’achever un roman à quatre mains et une cagoule avec le sous-commandant Marcos : Des morts qui dérangent (Rivages 2006). S’il y a de la fantaisie dans les romans de Taibo, ce n’est rien comparé à sa faconde quand il parle en public, assaisonnant la classe politique mexicaine de sonores « Hijos de puta » ou développant des théories littéraires entremêlées de digressions très personnelles. Selon lui, la lecture des Misérables ou des Trois mousquetaires donne le goût de la justice et la haine des prisons. Paco cite avec jubilation Le Comte de Monte Cristo, expliquant qu’Edmond Dantès n’achète pas des titres en bourse mais consacre sa fortune à se venger de ceux qui l’ont fait condamner au cachot. Un bel exemple pour la jeunesse ! Le personnage récurrent de Taibo, un privé nommé Hector, navigue entre Jean Valjean et Guevara. Assassiné par la police, il ressuscite… sous la pression populaire. Voilà qui bouscule les règles du polar !

Taibo se défend d’écrire une littérature engagée, mais sa culture le lie à l’histoire et à ses révolutions. Sa famille a fui l’Espagne franquiste en 1958. Une scène de La Bicyclette de Léonard se passe dans la Barcelone anarchiste. Il est aussi engagé dans l’Autre Campagne zapatiste. « Le polar c’est continuer la lutte par d’autres moyens mais sans assujettir le roman à l ’engagement. » Taibo aimerait consacrer plus de temps à l’écriture, mais « à la moindre grève oubliée, on fait appel à moi pour un article  ». Mais Paco n’est pas venu confirmer ce qu’on attend de lui. Ce Sancho Pança moderne, agité, volubile, et qui reconnaît un verbe poétique à Marcos tout en critiquant son peu de rigueur dans la construction romanesque, pense qu’il faut une tension dramatique dans le récit. « L’auteur doit garder le contrôle face au lecteur. » Marcos est fidèle au récit collectif qui, au fil du temps cyclique des Mayas, échappe aux contraintes du suspens. Taibo, lui, écrit des romans d’aventures plus que des romans policiers, en utilisant la langue des quartiers populaires de Mexico. L’Écailler s’est dégoté là un sacré parrain !

Article publié dans CQFD n° 46, juin 2007.






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