Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°046
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°046


SALE TEMPS

QUI A TUÉ IBRAHIMA SYLLA ?

Mis à jour le :15 juin 2007. Auteur : Nicolas Arraitz.

Un étudiant africain massacré à proximité d’une cité universitaire. C’est arrivé à Marseille, au coeur d’une campagne électorale livrée à la surenchère patriotarde. Ce qui aurait pu faire désordre. Mais prompte à monter en épingle l’agression d’un papi Voise pour attiser la paranoïa sécuritaire, la presse a été cette fois d’une prudence exemplaire.

« JE NE SUIS PAS VENU en France pour y chercher de l’argent, des diamants ou de l’or  », dit le vieil homme en fixant les journalistes. « Rien ne vaut les beaux yeux de mes enfants. Je suis venu chercher la vérité sur la mort de mon fils aîné.  » L’émotion prend à la gorge, mais les journalistes ne pleurent pas. La stagiaire de LCM, télé locale, s’affaire. Caméra, micro, script : elle fait tout toute seule. On ne pourra pas reprocher au Collectif Justice et Paix pour Ibrahima Sylla d’en rajouter dans le pathos. L’affiche appelant la population à venir présenter ses condoléances au père et à la veuve de la victime annonce sobrement : « trouvé mort à Luminy ». Les avocats évitent d’envisager publiquement le crime raciste. Me Keïta se veut apaisant : « Les plus fins limiers de la République sont sur l’affaire. Ils ne négligent aucune piste. Faisons confiance à la justice.  » Il ajoute : « J’ai la conviction qu’il s’agit d’un acte commis par un individu isolé.  »

Ibrahima Sylla, trouvé mort : le 1er avril dernier, une promeneuse découvre le corps de ce jeune étudiant guinéen dans un fossé de la route qui mène au campus de Luminy, à la périphérie de Marseille. L’autopsie révélera qu’il a été tabassé, lardé de trente et un coups de couteau, arrosé d’essence et brûlé. Il revenait à pied de son travail dans un restaurant situé à une dizaine de kilomètres de la cité U. « Rassurez-nous. Dites-nous que la France est un pays où l’on ne peut pas tuer comme ça, pour rien, impunément. » Saïdou Sylla, patriarche à barbiche blanche et boubou immaculé, interpelle les présents. À ses côtés, Kadiatou, petit bout de femme enceinte de six mois, veuve à dix-huit ans, tend son visage en avant, comme pour souligner les mots de son beau-père. Les détails de l’enquête ne sont pas abordés. Les journalistes ne posent aucune question. Pourtant, les indices sont troublants. Rien n’a été volé à la victime. On a même retrouvé son passeport intact, posé en évidence sur le corps calciné.

Ce n’est qu’à la sortie que les langues se délient. Abordé par CQFD, Me Lhote, connu pour avoir défendu la famille d’Ibrahim Ali, adolescent comorien assassiné en 1995 par des colleurs d’affiche du Front National, reconnaît que l’hypothèse xénophobe est maniée avec une précaution exceptionnelle. « Ce crime ne doit être ni banalisé, ni oublié  », a-t-il déclaré tout à l’heure après avoir évoqué la personnalité « pure et sans tache  » d’Ibrahima. Des pressions pour minimiser l’affaire ? « Je fais confiance au procureur Beaume. Mais si cette hypothèse était avérée, ce serait une bombe, aujourd’hui, dans ce pays.  » Presse et enquêteurs accumulent les pistes les plus improbables : accident de la route maquillé, règlement de compte familial ou intracommunautaire, crime crapuleux, mauvaise rencontre sur un lieu de drague homosexuelle…

Est-il vrai que l’ambassade de France à Conakry a entravé la venue des parents pour chercher le corps ? « Pour le moins, répond Me Keita. On a demandé à M. Sylla de prouver sa paternité. Pire, on a exigé qu’il produise le certificat de décès ! Ils sont arrivés trop tard pour la veillée funèbre organisée par la communauté ouest-africaine de Marseille.  » Avec la venue des proches, ce qu’on avait cantonné à la rubrique faits divers risquait de passer à la une des journaux. Le Quai d’Orsay n’aurait-il pas dû ordonner à ses fonctionnaires de faire diligence ? Un Guinéen intervient : « Ces tracasseries sont habituelles, et ça ne va pas aller en s’arrangeant !  » Mais dans ce cas-là, ces chicaneries ne confinent-elles pas à l’obscénité ? « Tout à fait  », tranche Me Keïta. Sur le trottoir, le compagnon de chambre d’Ibrahima raconte la peur. À Luminy, les étudiants étrangers n’osent plus sortir le soir. Des adultes installés en France de longue date parlent d’une ambiance malsaine qui se généralise. « Depuis le 6 mai, je sens plus d’agressivité dans le regard des passants, et aussi de la part de la police  »,lâche M. Cabral, de Guinée-Bissau. Le surlendemain, trois cents personnes descendent la Canebière pour réclamer vérité et justice avec, en tête de cortège, le père et la veuve. Sans doute agacés par leur élégante dignité, deux ou trois vieux fous râlent contre « ces Noirs qui nous envahissent  ». Au mégaphone, Kélé, de l’Afriki Djigui Téatri, invite les gens à se joindre à la marche. Les badauds observent, le regard lisse. Certains s’approchent et demandent des infos.

Croisée par CQFD, une Guinéenne venue spécialement de La Seyne, près de Toulon, rappelle la mort, le 3 mai dernier, d’un entraîneur de football d’origine sénégalaise. « C’était mon voisin, un homme tranquille, proche des enfants. Il s’est disputé avec le directeur du club, qui a appelé la police. Quand la patrouille est arrivée, il avait un couteau à la main, alors ils ont tiré cinq fois. Il a reçu deux balles, dont une dans la tête.  » Des centaines de riverains ont manifesté en silence, les CRS ont campé plusieurs jours à la sortie de la cité et le procureur parle de « légitime défense d’autrui » et conclut qu’ « il n’y a pas eu d’erreur d’appréciation de la police  ». Une question hante la marche : que vaut la peau d’un Noir dans ce pays ? L’enquête sur le meurtre de Luminy piétine et les médias nationaux font preuve d’une discrétion exemplaire. On dirait que personne ne veut situer ce crime dans l’époque. C’est vrai, rien ne prouve l’acte raciste. Mais l’ambassade française à Conakry nous rappelle d’où vient le mépris.

Article publié dans CQFD n° 46, juin 2007.






>Réagir<

QUI A TUÉ IBRAHIMA SYLLA ?
pascal c | 1er février 2009 |
je suis pascal le tuteur d ibrhima je suis toucher que des personnes s interessent a ibraima mais sacher que je n ai pas attendu qu il soit mort pour minteresser a ibrahima on coin de chaque rue ce trouve des gens comme sylla et personne ne detourne le regard pour le poser sur euxje madresse en particulier a certaines assossiations qui on decouvert ibrahim juste pour ce faire un nom ou pour profiter de l aubaine pour ramasser un peut d argent mais ou etaient ils quand il etait seul et a la rue je ne les ai jamais vue jamais ibrahima a bien etait assassiner et cetait mon amie ca je le sais je suis aller en guinee ou sa famille m a accueilli ccmme un frere certaine assos cries au crime raciste ca les arranges bien meme si ce nest pas forcement le cas il est tellement plus facile de ce faire passer en martyrs que de vouloir connaitre la veriter sur ce meurtre la police na c est vraie pas de grand moyen sur cet affaire mais les personnes qui enquete son je pense de bonne foie ibrhima et mort et dieu seul seras juge
 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |