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CQFD N°047


CAMPING

LE SAMU ET LES ENCOMBRANTS

Mis à jour le :15 juillet 2007. Auteur : Gilles Lucas.

C’est la valse des uniformes et des titres face aux sans-logis restés sur la touche après le soufflé médiatique des Enfants de Don Quichotte. À Marseille, police, voirie et Samu social s’échangent leurs badges et missions pour effacer le problème.

DEPUIS LA PLACE de la Tourette, sur le flanc méridional du quartier du Panier, le paysage s’ouvre à cent quatre-vingts degrés. Sur la dalle, sept tentes sont posées sur le sol. C’est à la fin mai qu’une bonne dizaine de sans-domicile s’est installée là, en plein soleil, au pied du centre de surveillance des tunnels de Marseille. « Il y a toujours du monde qui travaille là et on se dit que si on a des problèmes, ils pourront intervenir ou prévenir du monde. » Cette petite troupe de « campeurs » fait partie de ceux qui s’étaient rassemblés fin décembre à la porte d’Aix, à l’époque de l’apogée médiatique des Enfants de Don Quichotte. Des promesses de Borloo, quelques mesurettes, un coup de peinture et le soufflé est retombé. À Marseille, une rencontre avec le sous-préfet délégué à « l’égalité des chances » puis une manifestation n’avaient abouti à rien. Claude de l’association Vie et Terre raconte : « Le plan Borloo dit vouloir araser les étages au-dessus du dixième. Ces appartements sont donc vides. Qu’on les donne aux sans-domicile ! » « Impossible !  », répond la préfecture, « c’est en mauvais état.  » Propositions, relogements temporaires ici, fatigues là, la troupe s’est amenuisée pendant que l’ambiance se dégradait entre occupants, porte d’Aix. Fin avril, la cuisine brûle. Les autorités en profitent pour faire vider le lieu, et par la même occasion cessent les paiements des hôtels où quelques personnes avaient été logées.

L’errance reprend. Les jardins de la cathédrale de la Major, quelques chambres précaires, une salle pour une semaine, l’occupation de la cour du diocèse Saint-Michel d’où la police les expulse… Place de la Tourette, le soleil et le vent marin sont de la partie. « Ici, il y a des gens qui travaillent et qui ne peuvent pas louer une piaule. Il faut des garants, avoir un salaire trois fois supérieur au loyer, avoir un CDI. Quand tu es au RMI, c’est carrément impossible  », dit Ariane. Pour l’exemple CQFD a passé quelques coups de fil à des agences immobilières. Dialogue : « Je voudrais louer le onze mètres carrés à deux cent cinquante euros…  » « Je dois vous préciser que les toilettes sont dans le couloir et la salle de bains est commune aux sept familles de l’immeuble. » « Je suis au RMI et touche l’APL…  » « Impossible ! Allez voir les services sociaux…  »

Le 21 juin, dans l’après-midi, alors que le campement est désert, deux responsables du Samu social de Marseille débarquent accompagnés de salariés de la voirie et d’un officier de police. Personne sur place. Fabrice Russoto de la Croix-Rouge, bien qu’absent ce jour-là, avance : « C’était désert. Ils étaient tous partis à la plage ! » Normal pour des campeurs, aurait-il pu ajouter… À moins qu’ils ne fussent tous au restaurant… Les tentes sont ouvertes, certaines cassées. Les affaires balancées dans de grands sacs. En quelques instants, la place est vide avant que ne soit répandu sur le sol du produit désinfectant. Le prétexte ? « Il y avait des bouteilles de gaz, un barbecue, de l’essence… Avec tout ce qui se passe en ce moment…  », dit René Giancarli, patron du Samu Social. « Ils ne veulent pas des unités d’hébergement mais un appartement avec vue sur la mer. C’est pas comme ça que ça se passe. Les choses se méritent !  », poursuit-il et il précise : « Ce qu’ils font, c’est un truc politique. En fait, ils veulent interpeller les pouvoirs publics ! » Giancarli en frémit encore d’indignation ! La confusion des genres, elle, ne l’indigne pas et que le Samu social se substitue à la police ne semble pas lui poser de problème.

Dans la soirée, sur l’insistance des campeurs et de la voisine, une camionnette a ramené tout le matériel. Et les campeurs se sont réinstallés en attendant de voir les administrations les traiter autrement que comme des encombrants dont il faut se débarrasser au plus vite.

Article publié dans CQFD n° 47, juillet 2007.






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