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CQFD N°047


CHRONIQUE DE GUERRE

UNE POLICE PLUS HUMAINE

Mis à jour le :15 juillet 2007. Auteur : Martin Seux.


Rostock, Allemagne, 2 juin, 23 heures : la grande manif contre le G8 touche à sa fin. « Vous n’avez pas des cailloux ?  », plaisante le flic tout en fouillant mon sac. « Non, pourquoi ? Je peux en trouver, si vous insistez  », « Non merci, vous pouvez passer, bonne soirée !  » Les flics viennent pourtant d’essuyer des milliers de jets de pavés quelques heures avant ce contrôle. Alors qu’en France le moindre regard peut être considéré comme un outrage à agent et que les coups pleuvent à la moindre manif non homologuée, on se prendrait presque de compassion pour la police d’outre-Rhin !

« J’ai été plutôt bien traité en garde à vue, à l’exception des menottes en plastique qu’ils m’ont mises au début. Avec les copains de cellule, on jouait au foot avec un bout de couverture et un foulard pour passer le temps. Quand on se mettait à chanter des slogans anti-keuf, les gardiens se marraient, y en avait même qui dansaient !  » Guillaume a passé six heures dans un centre de détention pour possession de lunettes de plongée. « J’ai dit que j’avais l’intention d’aller à la plage, le sel de la mer, ça pique. Ils ont fini par me relâcher.  » Partis de Reddelich, l’un des campements d’activistes situés en rase campagne, pour un petit repérage en direction de la zone rouge, on les aperçoit au bout du chemin : de vert vêtus, on les confondrait presque avec les bosquets environnants. Ils jouent aux cartes ! Quand ils nous voient, l’un planque l’objet du délit, et ses trois compères se lèvent en réajustant les pans de leur uniforme. Ils font leur boulot en nous dévisageant de bas en haut. On rit. Plus tard, allongés au bord d’une route, on salue la énième colonne de camions de flics qui défile devant nous, la plupart des chauffeurs répondent d’un grand geste, le sourire en coin.

17 000 robocops ont été mobilisés pour l’occasion. Le syndicat de la police bavaroise dénonce les cadences infernales ! Lors des blocages aux abords de la clôture de « sécurité » [1] qui délimite la zone rouge, il n’est pas rare d’observer les keufs retirer leur casque, s’asseoir et fumer des clopes. Derrière ces comportements plutôt humains [2] se cache une technique de répression exotique. Les arrestations dites préventives se multiplient. Elles se font au bout d’un chemin, à la sortie d’une gare, avant même d’avoir eu le temps de se rassembler. Un par un, les potentiels manifestants sont fouillés, photographiés et fichés sans aucune raison.

Armés d’une caméra par groupe de dix, les Bullen filment sans cesse, repèrent leur proie, foncent dans la manif sous les huées et extirpent le contestataire choisi. La surveillance est pesante, les hélicoptères rôdent au ras des bonnets. Manifester masqué est interdit en Allemagne : à quoi bon compliquer leur travail ? Des activistes ajoutent une paire de lunettes de soleil à leur camouflage, avec l’espoir d’éviter le fichage. « La police mesure l’écart entre les yeux  », explique un autochtone. En matière de biométrie, les flics semblent maîtriser le sujet. Avant le contre-sommet, la police locale a créé une banque de données d’empreintes olfactives de manifestants considérés dangereux. Une technique autrefois employée par la Stasi… À l’heure où les polices des vingt-sept pays de l’UE prévoient de partager l’ensemble de leurs fichiers d’empreintes digitales et génétiques, ça ne prête pas vraiment à plaisanterie.

Article publié dans CQFD n° 47, juillet 2007.


[1] 12 km de long pour un coût de 12 millions d’euros. 100 millions d’euros pour l’ensemble du dispositif policier.

[2] Des arrestations sont toutefois violentes et l’usage de canons à eau blesse des manifestants.





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