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CQFD N°047


LE PLURALISME, ÇA SE TRAVAILLE

AUTOCRITIQUE DES MÉDIAS

Mis à jour le :15 juillet 2007. Auteur : Nicolas Arraitz.


LA VAGUE BLEUE comme phénomène médiatiquement induit avait atteint une telle ampleur qu’elle ne pouvait que refluer (ne serait-ce qu’un petit peu) pour remettre du rose aux joues du pluralisme, ce pilier de la démocratie en tant qu’horizon indépassable. Voilà sans doute pourquoi L’Express, après avoir ouvertement communié avec Le Point dans le culte de notre nouveau Lider Minimo (même couverture, même lettrage doré pour célébrer l’avènement de « Le Président »), titra la semaine suivante : « Sarkozy tient-il les médias ? » Ce à quoi la tapineuse d’en face répondrait : « C’est le trottoir qui me fait ?  »

Alors, dans le rôle des rebelles avec une bonne cause, Libération, Marianne et Le Monde montent gaillardement au créneau. Quand faut y aller, faut y aller. Le quotidien tardif d’Alain Minc montre la voie le samedi 23 juin avec une manchette sans concession : « Des émeutes urbaines à Cergy sont passées inaperçues » ! Tel un fanzine anarcho-punk, le quotidien de référence dénonce : « Pas d’état de grâce dans les quartiers sensibles de la grande banlieue parisienne. » On décèle presque le souffle épique d’une longue marche, mais non : deux à trois cents jeunes barbares, énervés par l’annulation d’un festival, se seraient frités avec les forces de l’ordre. Et c’est vrai, personne n’en a parlé avant Le Monde. Marianne reprend la nouvelle dans son numéro du 30 juin, qui envisage le bonapartisme de Sarkozy « pour le pire comme pour le meilleur ». On relève au passage - et sans que nos vaillants journalistes ne s’en offusquent - que deux interpellés ont sévèrement écopé : l’un, qui a reconnu les faits, de dix mois ferme et l’autre, qui nie, trois ans de prison dont deux ferme pour caillassage et incendie de véhicule de police municipale. Deux ans de taule pour un non-fait divers ! À croire que les juges ne lisent pas les journaux.

C’est ensuite Libération (28 juin, « Sarkozy et les médias : la fronde ») qui dénonce l’intolérable mainmise du politique et de la finance sur la presse. Le putsch de Minc au Monde, la rafle d’Arnault sur Les Échos, le pipolisme abject des médias Bolloré, le népotisme de Bouygues et Sarkozy à TF1, l’obscurantisme de Dassault au Figaro, l’absolutisme de Lagardère partout ailleurs… Autant de dangers pour la démocratie ! Heureusement que Rothschild est, lui, sincèrement attaché à la liberté d’expression. Et il le prouve ! Le 2 juillet, par exemple, les pages Rebonds de Libé nous apportent un salutaire vent de dissidence : Rachida Dati justifie les prisons pour mineurs en citant Michel Leiris ; un président d’université de gauche nous assure qu’« il faut relever le défi de l’autonomie » et une pétition d’étudiants en économie réclame une meilleure adéquation du cursus avec les réalités du monde moderne ! Putain, ça envoie le bois, la presse libre !

Comme disaient Arezki et Brigitte Fontaine, « il y a des années où l’on n’a rien envie de faire  ». Il y a des jours et des semaines et des mois où l’on n’a pas envie d’ouvrir le journal ni d’allumer la télé : ça fait des vacances. Mais comme pendant qu’on lézarde, on nous cambriole jusqu’au droit de grève, il faudra bien rouvrir nos grandes gueules à la rentrée.

Article publié dans CQFD n° 47, juillet 2007.






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