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CQFD N°047


CAUSES ET EFFETS

DOMMAGE COLLATÉRAL

Mis à jour le :15 juillet 2007. Auteur : Gilles Lucas.

La mort d’un adolescent fauché par une voiture de police dans un quartier de Marseille soulève une vague d’indignation. À la douleur de la perte d’un enfant, les autorités trouvent encore le moyen d’ajouter manoeuvres et mépris.

SAMEDI 30 JUIN, quartier du Canet. Trois à quatre cents personnes se rassemblent, la gorge serrée, face à la cité où vivait le jeune Nelson. De toutes les couleurs, jeunes, hommes et femmes de tous âges, filles et garçons, prennent la direction du quartier Saint-Joseph. Tristesse, colère, désespoir. C’est là que le 21 juin une voiture de police lancée à pleine vitesse a projeté à une vingtaine de mètres l’adolescent de 14 ans qui traversait dans les clous. En tête du cortège, des représentants des autorités locales marchent derrière la famille. La présence de Sylvie Andrieux, députée de la circonscription et vice-présidente du conseil régional, provoque quelques remarques : « Qu’est-ce qu’elle fait là ? Elle n’a jamais rien fait pour les quartiers. Les gamins comme Nelson, ils viennent jusqu’ici pour pouvoir jouer au ballon. C’est une honte !  » Les tee-shirts des amis portent le portrait de Nelson. Ils ont pensé au cagnard et distribuent quantité de bouteilles d’eau. Les magasins ont baissé leurs rideaux de fer. Sur les trottoirs, les passants restent figés. Ni cris, ni slogans sinon des conversations indignées. « Je suis arrivé au moment où le minot s’est fait taper par la voiture de police. Il était par terre. On a couru vers lui. La voiture s’était arrêtée plus loin en travers de la rue. Et puis très vite plusieurs autres voitures sont arrivées de partout. Des flics de la BAC sont sortis avec les matraques à la main… C’était incroyable !  », raconte un habitant de Saint-Joseph. Son voisin reprend : « Ici, on a l’impression d’être en état de guerre. Les policiers n’arrêtent pas de tourner. Le matin même de l’accident, ils contrôlaient encore une fois toutes les voitures et les scooters qui entraient à Saint-Joseph. C’était comme ça avant les élections, on les a beaucoup moins vus pendant. Ils sont revenus en force depuis.  » L’homme qui marche derrière eux s’avance : « Vous imaginez si ça avait été l’inverse, quelqu’un du quartier qui aurait renversé un flic ?  »

Certes, le parquet avait requis un mandat d’arrêt à l’encontre du conducteur, mais celui-ci, accusé d’« homicide involontaire aggravé » a été libéré après sa garde à vue. Rien à voir avec les déclarations tonitruantes du ministre Sarkozy [1] qui avait demandé que « la justice soit d’une sévérité exemplaire, avec ceux qui se sont comportés comme des assassins  » à propos du responsable présumé de la mort d’un gendarme fauché lors d’un contrôle routier dans les Ardennes le 1er janvier. Le lendemain de la mort de Nelson, Alliot-Marie est venue voir les parents. Le père raconte : « Elle m’avait garanti que le conducteur de la voiture serait placé sous mandat de dépôt. Deux heures après, il a été levé ! Vous écrasez un petit sur un passage protégé et vous ne passez que deux heures au dépôt ?  » La veille, la ministre de l’Intérieur avait déclaré à la radio que si les « policiers sont dans leur tort, il y aura des sanctions  » en restant, pour le coup, d’une remarquable prudence : « Est-ce que le véhicule est passé au rouge ? Est-ce qu’il allait trop vite ? Est-ce qu’il a utilisé ou est-ce qu’il n’a pas utilisé le gyrophare ? » Toutes questions évanescentes dont les populations des villes et des quartiers connaissent la réponse dans cette tension constante que créent les sirènes hurlantes de voitures de police. L’ambiance fabriquée est celle d’une insécurité permanente.

« À quand une justice équitable ?  », demande une banderole en tête du cortège. Écho à tous ces acquittements, peines légères ou franches relaxes régulièrement distribués par les tribunaux à l’égard de policiers « présumés » responsables d’avoir molesté, blessé, handicapé voire tué des « citoyens » ? Ou bien rappel des harcèlements, poursuites et lourdes condamnations que subissent, le plus souvent pour des faits dérisoires, nombre d’habitants des quartiers ? Qu’un anonyme subisse la violence des « défenseurs de l’ordre », ou y résiste, et le voilà immédiatement présenté comme « connu de la justice et des services de police  ». Zyed et Bouna de Clichy-sous-Bois n’avaient-ils pas commis un cambriolage ? Angelo Hoekelet, dont l’interpellation avait été à l’origine des affrontements de la gare du Nord, n’était-il pas un délinquant endurci ? Autant de mensonges justifiant lourdes peines et actes terroristes des forces de l’ordre. Quelle équité ? Et quid du gendarme tué le 22 juin dans la banlieue lyonnaise et décoré à titre posthume ? Il avait pourtant été condamné à deux ans de prison pour avoir mis le feu à la paillote « chez Francis » dans le golfe d’Ajaccio, en 1999. Comme le dit le slam rédigé sur une banderole portée par les copains de Nelson : « La mort d’un proche est une perte aussi lourde qu’une enclume.  » Et pas que d’un proche. Toujours, partout.

Article publié dans CQFD n° 47, juillet 2007.


[1] Le 3 juillet, à l’occasion de son passage à Marseille pour l’inauguration du tramway, Sarkozy a daigné « faire droit à la demande des parents de [le] rencontrer ». Pour le coup, le transformiste s’est muté en bon flic-sandwich à propos de ce dégât collatéral provoqué par l’artillerie qu’il a mise en place : « être un policier quand on ne respecte pas les règles, ce n’est pas une circonstance atténuante mais une circonstance aggravante  ».





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