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CQFD N°047


LES VIEUX DOSSIERS D’ANATOLE

MOTOR CITY IS BURNING

Mis à jour le :15 juillet 2007. Auteur : Anatole Istria.


Il y a quarante ans, la jeunesse hippie déferle à San Francisco pour un « Summer of Love » sous acide tandis qu’à 2 397 kilomètres à l’est, la ville de Detroit connaît les émeutes les plus violentes de l’histoire des USA jusqu’à celles de Los Angeles en 1992.

La ville symbole de l’industrie automobile est en déclin depuis deux décennies. De 1947 à 1963, Detroit a perdu 13 4000 emplois industriels. En 1966, 20 000 habitants, principalement des Blancs de la classe moyenne, ont déménagé. Les quartiers populaires où s’entasse une population noire en surnombre sont sinistrés. L’abandon progressif par le gouvernement démocrate de la politique de welfare pour l’accès à la santé, au logement et à l’éducation rend la situation de plus en plus critique pour les plus pauvres. C’est dans ce contexte de désolation que le comportement des forces de l’ordre va mettre le feu aux poudres. La police, composée à 95 % de blancs, a une réputation justifiée de brutalité et de racisme. Dans la nuit du 23 juillet 1967, les flics interviennent dans une fête à un blind pig (« porc aveugle » [sic], genre de bar clandestin), où une centaine de personnes célèbrent le retour du Viêt-nam de certains. La police décide d’arrêter la totalité des fêtards. Le voisinage s’attroupe et les gens révoltés par l’attitude des policiers s’attaquent aux commerces à proximité. S’ensuivent cinq jours d’émeute et de pillage auxquelles participent plusieurs dizaines de milliers de jeunes chômeurs noirs mais également de prolos noirs et blancs. Le 24, le gouverneur du Michigan fait appel à 12 700 militaires, policiers et gardes fédéraux pour mater l’insurrection. Au final, quarante-trois personnes d’une moyenne d’âge de trente ans sont tuées (dont trente-trois noires), la moitié par les forces de l’ordre, 467 blessées, plus de 7 200 arrêtées ; 1 700 commerces sont pillés et 2 000 bâtiments incendiés. Selon les termes du lobby automobile, « l’industrie aura miraculeusement échappé à la fureur  ». Interrogé sur la situation, le magnat de la bagnole Henry Ford II ironise : « Je ne pense pas qu’on puisse prétendre exporter notre système et notre mode de vivre si nous ne sommes même pas capables de mettre de l’ordre chez nous.  »

Si Detroit est la capitale de l’automobile, elle est également celle de la soul avec le label Tamla Motown. C’est d’ailleurs le tube de Martha Reeves & the Vandellas, « Dancing in the streets » qui ponctue un concert le soir du 24 juillet au Fox theater tandis que les pillages s’étendent dehors. On a prétendu que ce titre de 1963 avait été censuré par les radios parce que susceptible d’inciter à l’émeute. Toutefois, c’est au sein de la jeunesse blanche que les émeutes vont connaître la portée la plus revendicative : « Ce n’est pas une émeute raciale. Les gens en ont juste marre d’être harcelés par la police et arnaqués par les profiteurs. C’était la journée Robin des bois dans ce bon vieux Detroit, la première journée tout-est-gratis de l’année  », commente John Sinclair, un activiste beatnik, manager d’un garage band formé de petites frappes qui poussent la désinvolture hippie jusqu’à l’arrogance : le MC5. Inspiré par Chuck Berry, The Yardbirds, Ornette Coleman ou James Brown, le MC5 va radicaliser le Detroit sound en jouant plus fort et plus vite, poussant distorsion et feedback vers des limites jusque-là inexplorées. « Dope, Rock’n’roll & Fuckin’ in the streets » est leur credo. Comme un signe de solidarité à la population noire, ils adaptent le morceau de John Lee Hooker « The Motor City is Burning » écrit après les émeutes raciales de 1943. Ils fonderont également un White Panther Party, pendant fraternel et psychédélique du Black Panther Party qui sera vite dans le collimateur du FBI. Après les journées de juillet, le climat est tendu et la police fait la chasse aux jeunes Noirs et aux chevelus. Les copines du MC5 se font violer par des policiers. Le groupe déménage à Ann Arbor, une ville universitaire à soixante-dix kilomètres de Detroit et patrie d’Iggy Pop & the Stooges. Une page chaotique du rock’n’roll s’ouvre…

Épilogue. En 1968, le républicain Richard Nixon, ancien secrétaire du sénateur McCarthy, instrumentalise le climat social pour opérer un come-back décomplexé et représenter « une autre voix, une voix tranquille dans le tumulte des cris. C’est la voix de la grande majorité des Américains, les Américains oubliés, ceux qui ne crient pas, ceux qui ne manifestent pas. Ils ne sont ni racistes ni malades. Ils ne sont pas coupables des fléaux qui infestent notre pays.  » Ça ne vous rappelle personne ? Lattez les confitures, enculeurs de mamans ! [1]

Article publié dans CQFD n° 47, juillet 2007.


[1] Kick out the jams, motherfuckers !





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