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CQFD N°047


JAMAIS CONTENT !

LE VEAU D’OR

Mis à jour le :15 juillet 2007. Auteur : Marc Pantanella.


LE 26 AVRIL 2007 au matin, on entend sur la Canebière un son de cloche. La cloche imitée d’un clocher de village : les têtes se tournent, car il est là, précédé de deux agents municipaux sur leurs pétrolettes et d’un caméraman qui le filme, à plat ventre au milieu des rails. Le tramway vient prendre possession de la ville. Lentement et en silence, il fait le tour du propriétaire. On s’arrête pour regarder glisser une chose lisse, hermétique. Le tramway est un long écran de télévision ou d’ordinateur éteint. C’est ainsi qu’il a été dessiné. C’est pour ça que le centre-ville a été ravagé pendant des années, pour cette parade de technologie qui vous murmure en passant : « Regardez-moi et craignez-moi, je suis la volonté de vos maîtres.  »

« Il est magnifique !  » Ainsi s’exclame un jeune cacou en short, jeune mais déjà gras du cou, qui tient sa poule par la main. Son ton de voix sonne faux, sa sincérité sent la contrainte et ses mots n’expriment que ce qu’il a lu, jour après jour, dans La Provence. Cet anecdotique hommage du faible au fort résume l’obscénité de ce qui nous arrive… « À Marseille, nous sommes dans le catholicisme social  », déclarait Gaudin à La Provence, le 7 mai 2007. Jusqu’au cou, ajoutons-nous, maintenant que la chose catholique et sociale - fabriquée par Bombardier - promène son oeil vert à travers des quartiers bientôt vidés de leurs indésirables. « La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens.  » Ici, depuis longtemps, c’est l’inverse.

Populace, chair de Marseille, ce fantôme qui passe proclame ta disparition. Né de l’accouplement de la télévision et de l’Église (ding-dong), ce fantôme est réel : c’est toi, populace, qui a cessé de l’être. Véolia et Thalès ont confisqué tes rues, Lagardère et Bouygues parlent par ta bouche ; ton existence n’est que couillonnade. Marseillais, tu devrais être pris de terreur superstitieuse et ne jamais monter dans ce tramway. Qu’il tourne à vide sans repos, vierge de toute semelle et trace de doigt, vierge de graffitis et d’odeur de frites, au son de la cloche, escorté de policiers. Il n’est pas fait pour toi mais contre toi. Au sens strict, il te déplace.

Article publié dans CQFD n° 47, juillet 2007.






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