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CQFD N°048


FAUX-AMIS

LE VACANCIER SYMPA

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Le bouledogue rouge.


Son short est repassé. On voit encore clairement les plis à peine effacés. La chemise est sport, mais subtilement élégante et n’affiche sobrement aucun logo de marque. Une certaine distinction, sans ostentation. On cherche la femme, mais elle n’est pas là. Le visage de Jean-Pierre, il s’appelle Jean-Pierre, est géométrique, front haut à peine dégarni, les yeux noirs légèrement enfoncés. Il bavarde tranquillement, s’intéresse à ses voisins, lâche de timides traits d’humour afin d’esquisser quelques connivences. Il est assis là, dans un fauteuil fatigué, jambes croisées, décontracté, prêt à toutes les conversations essentielles qu’exige une rencontre de hasard en période estivale : « On aura eu un été pourri, cette année ! Remarquez, je suis d’origine normande, j’ai l’habitude. Mais bon, ça fait toujours du bien de se reposer. C’est vital, n’est-ce pas ? » Jean-Pierre sourit. « Le neveu de ma femme a préféré partir en Espagne cette année. Il a fait le bon choix. Espérons que ça ne brûlera pas comme les années précédentes ! » continue-t-il. « Où va la folie humaine, quand même ? Quand on pense que la majorité des incendies sont d’origine criminelle ! » Un bref silence s’instaure comme pour commémorer respectueusement ces tragédies. Sans précipitation, on cherche des sujets plus légers. « J’aime beaucoup cette région ! » ose-t-il. Et s’ensuit la liste des plaisirs comparés de l’endroit : rivières, populations, gastronomies, accents, paysages… « Mais vivre ici à l’année, je pense que je n’y arriverais pas. Peut-être pour la retraite… » C’est ce dernier mot qui ramène l’odeur du travail. « Vous faites quoi ? » demande-t-il mécaniquement à l’un de ses interlocuteurs qui se lance en s’efforçant d’intéresser le petit auditoire : « Je travaille dans une banque. » Une brise d’ennui s’est à peine apaisée que l’inévitable réplique arrive : « Et vous ? » Jean-Pierre croise sa jambe gauche sur sa droite. « Je suis militaire. » « Officier, je suppose ? », tente son interlocuteur. « Je suis dans la Marine nationale… Commandant d’un sous-marin nucléaire. » Affabulateur ? Mythomane ? Si le propos interpelle le Bouledogue rouge, le mess de la base militaire en voie de désaffectation où se déroule cette nonchalante conversation a tout pour confirmer les dires de Jean-Pierre. « Alors vous allez pouvoir nous préciser combien la France dispose de sous-marins nucléaires ? » s’émoustille un bonhomme. « Ce débat était complètement ridicule. Nous avons quatre sous-marins lanceurs d’engins balistiques et six d’attaque. » Les questions se bousculent alors : la vie à bord, la taille des engins, la durée des missions, les pathologies associées… Ce n’est pas tous les jours que l’on bavarde avec un quidam disposant d’armes de destruction massive. Les longs doigts de Jean-Pierre tapotent doucement les accoudoirs de son fauteuil. Mais ce n’est pas ce serial killer, avec à portée de main seize missiles, chacun porteur de six têtes de cent kilotonnes, soit l’équivalent de 960 fois la puissance de la bombe de Hiroshima (250 000 morts), qui apporte ces précisions. Il dit simplement : « Il n’y a plus de vin ? On ouvre une autre bouteille ? »…

Publié dans CQFD n°48, septembre 2007.






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