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CQFD N°048


NI AU CANADA, NI AILLEURS

LES CABANES ? EN CABANE !

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Gilles Lucas, Marius Frehel.

La campagne doit devenir un parc de loisirs onéreux entretenu par des paysans vivant dans quelques écomusées. Les villes, des espaces aseptisés. À tous de se plier aux coups de la spéculation immobilière, sinon justice, propriétaires et forces de police savent comment traiter les réfractaires, ces terroristes potentiels.

LE DOCUMENT S’INTITULE : « Traiter le phénomène de cabanisation ». C’est en 2005 qu’une « Mission interministérielle d’aménagement du littoral du Languedoc-Roussillon » lance une riposte globale de l’État contre le développement des auto-constructions et autres installations « abusives », non normatives et expérimentales. Avant de couler des dalles sur des terrains vendus à prix d’or par des paysans mis en faillite et de les couvrir de hideuses maisons pseudo-provençales, l’administration s’active à bétonner la question. Dans un premier temps, c’est donc à des opérations de renseignements que sont conviés les employés communaux, les gardes champêtres, les polices municipales et « le facteur [qui peut] être une source d’informations non négligeable  ». La consigne : « Il faut se rendre régulièrement dans les lieux suspects, prendre des photos. Une campagne de photos aériennes (basse altitude) peut aussi être réalisée tous les deux ou trois ans […] La surveillance peut également être étendue aux zones urbaines.  » En octobre 2006, la préfecture des Pyrénées-Orientales communique aux responsables départementaux une « charte de bonne conduite dans le cadre de la lutte contre la cabanisation », qui « a été identifiée comme une priorité dans le projet d’action stratégique de l’État dans le département. » [1] Bien que « la carence importante de l’offre en logements sociaux dans le département  » soit nommée en passant, ce sont surtout les dangers sanitaires et environnementaux que l’État invoque, pour le bien de tous comme d’habitude, afin de passer à l’offensive. Contacté par téléphone le 13 juillet, le maire de Moissac-Vallée-Française, la commune où deux jours auparavant avait été rasée à coup de bulldozer la Picharlerie, ancienne ferme cévenole occupée depuis plus de cinq ans, avait exposé les mêmes arguments : manque d’eau et d’électricité, menaces sanitaires pour les habitants (et les enfants ! ), risques de feux. À la remarque de CQFD lui rappelant que ces questions ont tendance à moins se poser lorsqu’il s’agit d’acheteurs fortunés de vieux mas isolés, l’édile avait botté en touche en faisant une allusion à « un changement de la loi montagne  »…

Urbi et orbi  ! Si les cabanes des champs sont dans le collimateur, celle des villes ne sont pas en reste. Ici comme ailleurs, pour éviter que les grèves de loyer ou les occupations sans titre ne gagnent du terrain, il convient de désigner ces pratiques comme autant d’actes potentiellement terroristes. Ainsi, lors de manifestations contre l’accession au pouvoir suprême de sieur Machin, début mai, médias et police stigmatisaient les perturbateurs en concentrant leur tir sur les « anarcho-libertaires ». L’ennemi de la démocratie ainsi circonscrit, la traque pouvait commencer. Les RG compulsent leurs petites fiches, les complètent et en créent de nouvelles. Les lieux d’habitation - des squats apparemment - sont filmés, photographiés. Hôtes et habitants sont régulièrement filés. Lorsque la Sainte Alliance des juges et des propriétaires aboutit à des décisions d’expulsion, ce sont GIPN, RAID ou BAC qui débarquent accompagnées de simples fantassins, flics ou gendarmes, et parfois des propriétaires et marchands de biens, comblés. On use de motifs fallacieux pour entrer dans les lieux, prendre en photo les habitants et les ficher. Au Chatô, le 1er juin, à Montreuil, on explique l’arrivée matinale des cagoulés par la recherche d’explosifs et d’armes, et l’on saisit disque dur, clé USB et documents. Dans les Cévennes, des barrages de gendarmerie bloquent, dès l’aube, un vaste périmètre autour de la Picharlerie, les relais téléphoniques sont déconnectés, autant de mesures de type militaire justifiées par le fait que le lieu pourrait héberger des « réfugiés basques ». Régulièrement, les envahisseurs se défoulent sur le mobilier. Les engins à chenilles viennent parfois appuyer les fantassins : à La Rochelle, le 25 juin, le squat Nuf 666 est attaqué à coup de tractopelle, le 11 juillet, la Picharlerie est rasée par un bulldozer. À travers l’Hexagone, durant l‘été, c’est plus d’une vingtaine de squats urbains ou ruraux qui ont été fermés ou tout simplement détruits, à Montreuil, Lyon, Grenoble, la Rochelle, Caen, Nancy, etc. À la fin du film Volem rien foutre al païs, Pierre Carles interroge Alliot-Marie, alors ministre des Armées, venue assister, dans les rues de Nîmes, à des manoeuvres de contre-guérilla : « Sur la plaquette diffusée à propos de ces manoeuvres, il est dit que “l’armée pourrait intervenir en cas de paralysie de l’économie” […] Est-ce que l’armée pourrait intervenir si des gens refusent de consommer, sont dans la décroissance et ne jouent pas le jeu de l’économie de marché ?  » À l’époque, l’hommasse d’État s’était défilée. Les armadas de Rambos cagoulés et autres forces de police, elles, répondent quotidiennement à la question.

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.


[1] Cosignée par la préfecture, le conseil général, l’Association des maires, EDF, France Télécom, les notaires, les camping et la CAF.





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LES CABANES c’est l’avenir
bob | 13 novembre 2007 |
C’est sur que ça irrite de voir des mecs ne pas passer à la caisse des élus. Et ces petits princes sont gourmants ils aiment le beau. leurs policiers sur de beaux vélos avec de beaux casques. De belles médiathèques etc… Mais je crois qu’on va être vite rattrappé et ils seront dépassés. Car des flambeurs qui sont au bord de la banqueroute, 4x4, piscines, homevid, il y en a des tonnes ,ça va craquer. Les seuls qui durent ç’est ceux qui ont encore de l’immo. Le squat malheureusement ç’est l’avenir ! LES CABANES ? EN CABANE !
Christian | 29 octobre 2007 | Cabanisation
Vous en avez déjà plus que probablement expérimenté la difficulté que demande de s’abriter et d’habiter un tant soit peu décemment. Vu l’escalade des prix cela devient un véritable parcours du combattant, une piste d’obstacle qu’on affrontera d’autant plus facilement si l’on se regroupe et que l’on s’entraide.Je vous invite à visiter mon petit site qui vous permettre peut-être de revaloriser l’idée de l’existence de cabanons. www.alternativecabanon.be Cordialement. Christian La Grange LES CABANES ? EN CABANE !
Christian | 29 octobre 2007 | Cabanisation
Vous en avez déjà plus que probablement expérimenté la difficulté que demande de s’abriter et d’habiter un tant soit peu décemment. Vu l’escalade des prix cela devient un véritable parcours du combattant, une piste d’obstacle qu’on affrontera d’autant plus facilement si l’on se regroupe et que l’on s’entraide.Je vous invite à visiter mon petit site qui vous permettre peut-être de revaloriser l’idée de l’existence de cabanons. www.alternativecabanon.be Cordialement. Christian La Grange
 

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