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CQFD N°048


CHRONIQUE DE GUERRE

RETOUR À ROSTOCK

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Gilles Lucas.


Coups de fil, courriers, discussions de bar : une chronique trop « angélique » sur les flics du G8 de Rostock, parue dans le numéro 47 de CQFD [1], a soulevé des critiques parfois indignées. Depuis Berlin, une interlocutrice s’inscrit en faux : « Humains, les flics allemands ? Un ami s’est pris sur le côté du visage le jet sous pression d’un camion à eau utilisé par la police. Il a perdu l’usage d’un oeil.  » Si la police apparaît partout comme « l’ennemi naturel du peuple » (Marx), on peut constater qu’en Allemagne les situations d’affrontement ne sont pas traitées de la même manière qu’en France ou en Italie, où l’hystérie des matraqueurs présente l’image d’un pays instable. La brutalité exacerbée des forces de police, comme celle des carabinieri à Gênes en 2001, loin d’imposer la « force publique », aussi redoutable soit-elle, donne une impression de panique et, donc, de fragilité du système. En réagissant comme si elles étaient à la merci d’opposants résolus, les institutions montrent surtout qu’elles doutent de leur emprise sur la société. De telles réactions, loin d’éradiquer les conflits, ne font que les différer. Depuis le cop anglais qui plaque un émeutier en lui glissant à l’oreille « you’re nicked, sir ! » aux bullen allemands qui indiquent à quelques altermondialistes égarés le gué d’une rivière, comme cela s’est passé à proximité de la zone rouge de Rostock, la tactique sécuritaire des pays d’Europe du Nord est plutôt dans la dissuasion, sans violence gratuite mais avec une fermeté permanente et anesthésiante. C’est la toute-puissance de l’État qui s’affirme, évitant les excès trop manifestes, sûre d’elle-même.

Outre-Rhin, ils sont partout : au début, le long du cortège et à la fin. Pas de barrages d’anti-émeutes qui, au détour d’une rue, excitent soudain la colère des manifestants. Pas de lignes espacées créant un no man’s land évoquant un champ de tir, sauf si la situation l’oblige. Les flics sont dans la manifestation, en groupes serrés, en apparence encerclés par les protestataires, mais ils peuvent à tout moment se lancer à la poursuite d’une personne au sein même de la foule. Ils circulent en permanence, en tout sens. Il faut qu’on les voie, qu’on ait le sentiment qu’ils sont partout, jusqu’à créer une familiarité qui neutralise ou rende dérisoire tout débordement. Plutôt qu’un combat de type militaire, c’est une perspective spécifique de l’État qui est appliquée : l’enjeu n’est pas la victoire ou la défaite au moment de la confrontation, mais le contrôle en profondeur de la société, considérée comme déjà vidée de tous désordres majeurs, et dont les débordements sont traités en derniers îlots non pacifiés. C’est cette force-là qui prend l’apparence d’une mansuétude ou « d’une police plus humaine ». Plus humaine dans l’immédiat, mais tout aussi inhumaine dans le projet. À Rostock, la surprise aura été que la police charge une manif dont le seul tort était d’abriter deux ou trois personnes cagoulées. Et que cette charge ait été refoulée par les gens. Fait tellement inhabituel que la presse locale s’est surprise à le commenter amplement.

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.


[1] UNE POLICE PLUS HUMAINE





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