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CQFD N°048


COUP DE MOU DES ANTI-OGM

FAUCHE TOUJOURS !

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Christophe Goby.

Le rendez-vous des Faucheurs volontaires du 25 août devait mettre la pression sur le lobby OGM avant le grand guignol du Grenelle de l’environnement. Résultat mitigé : trop de monde et pas du bon côté. La tension monte entre Faucheurs et maïsiculteurs ogémisants.

C’EST À VERDUN, dans le Tarn-et-Garonne, que de nouveaux antagonismes ont opposé quelque 200 gendarmes à 300 paysans de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) voulant forcer le barrage pour se frotter aux anti-OGM. Les paysans pro-OGM menaçaient : « S’il y a fauchage, ils ne repartiront pas d’ici. On les retrouvera !  » Côté Faucheurs, environ 150 personnes attendaient que leur état-major leur dévoile l’objectif tenu secret. Grâce à un système de leurre, le « Gang des Faucheurs » a réussi son offensive : atteindre le siège de Monsanto à Montbéqui où, pacifiquement, ils ont déposé des pieds de maïs OGM prélevés loin du front. Moins symboliques furent les fauchages, revendiqués ou non, de parcelles appartenant à Monsanto, à Biogemma ou Limagrain durant l’été, en Ariège, en Ardèche, dans le Vaucluse ou en Eure-et-Loire.

Le rassemblement de Verdun-sur-Garonne a été l’occasion de faire le point sur les élections et le Grenelle de l’environnement avec les hérauts de l’opposition à la destruction de la biodiversité. Isabelle, faucheuse venue de Montpellier, n’attend rien de ce Grenelle à la guignol : « C’est du pipeau : on sait que les récoltes seront terminées, c’est juste un report.  » Ce que confirme Chantal Gascuel, agricultrice dans le Puy-de-Dôme : « C’est de l’esbroufe, il faut qu’on occupe le terrain, la rue.  » Elle n’a pas été convaincue par Royal et a mis un bulletin blanc au second tour. José Bové se veut plus conciliant : « Je crois sincèrement que Royal aurait imposé le moratoire, j’avais bataillé avec elle sur l’AOC.  » En la matière, l’État fait coexister des décrets antagonistes, souligne-t-on au Pays basque, où le décret sur l’AOC Ossau-Iraty, qui interdit les OGM, est contredit par celui qui autorise le Maïs Mon810. Il semblerait que l’État et ses représentants n’y connaissent rien, et les préfets attendent les consignes de Borloo. Pour Guy Kastler, paysan dans l’Hérault et membre de la Conf’, le moratoire est une condition préalable à la négociation, tandis que pour Philippe Martin, ministre de l’Écologie du « gouvernement parallèle » du PS, « il faut organiser un contre-sommet  ».

François, faucheur de Marseille, présage : « Les masques vont tomber avec ce Grenelle. » Et ajoute avec conviction : « Il faut investir tous les champs. Chaque fois qu’on déserte un lieu, on perd du terrain.  » Sur le nombre réduit de faucheurs par rapport aux 86 % d’opposants aux OGM dans l’opinion, il tempère : « Nous sommes leurs porte-parole, les gens agissent par procuration.  » Thierry évoque les cantines scolaires à Laval qui passent en bio, toutefois il déplore que « les gens continuent d’aller au MacDo avec les enfants  ». Si la loi sur la coexistence est entérinée, ce sont tous les agriculteurs en bio qui vont trinquer. C’est pourquoi Thierry poursuit les actions de neutralisation qui consistent à secouer des pollens dans des champs transgéniques. « Si le gouvernement n’interdit pas le maïs OGM, je vais aller vers des actions en justice.  » En effet, les faucheurs accumulent les procès pour des actions revendiquées, mais aujourd’hui la donne a changé. Ce sont plus de 21 200 hectares qui sont plantés en maïs modifié cette année et, sachant que nombre d’agriculteurs enfermés dans la logique productiviste ne respectent absolument pas les recommandations en matière de non-prolifération, le travail de fauche est immense. La grosse difficulté actuelle réside dans le repérage des parcelles OGM. Aujourd’hui, sur le site du gouvernement, seuls les essais sont repérables. Pour la culture commerciale, le site n’indique que le canton. Les faucheurs sont donc contraints de faire des tests en prélevant des feuilles de maïs dans les champs, un travail colossal et onéreux.

Luc est proche de l’écologie radicale : « Ceux qui sont dans le transgénique sont des ennemis  », déclare-t-il tranquillement. « Ici, c’est le fief de l’Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM). Un producteur de maïs possède souvent 100 hectares. Il y a 1 400 hectares plantés en OGM dans ce canton.  » Une telle proportion a valu à Alain Boyer quelques déboires. Combattant anti-OGM et organisateur de ce rassemblement, il a reçu une petite visite de courtoisie qu’il me raconte avec un fort accent du Sud-Ouest : « Hier vers 19 heures, je m’étais fait une petite saucisse sèche, quand on sonne. Cinq types, des trois-quarts, se pointent à la porte. Pagès, l’un d’eux, me dit : “On voudrait te parler !” Je les invite à entrer, mais il me coupe : “Pour ce qu’on a à te dire, on va pas s’asseoir. S’il se passe quelque chose ce week-end, on te démonte !” Puis ils sont repartis avec le 4X4 en manquant m’écraser. Ces types sont en contrat avec Monsanto. » Luc parle de guerre : « Les paysans FNSEA font monter la pression.  » Un comité d’accueil de paysans surchauffés attendait les faucheurs sur le pont de Verdun, mais ce sont finalement des journalistes toulousains qui en ont fait les frais. De l’autre côté, sur ordre du préfet, la gendarmerie contrôlait tous les véhicules. Comme Alain, Luc se méfie de la stratégie de l’inculpation volontaire, qui est encouragée par le mouvement. José Bové a déclaré lors de la fête de la Confédération Paysanne qu’il fallait encore plus de gardes à vue. Une stratégie qui n’est pas du goût de tous : « L’efficacité passe par la durée. Ici, on est au milieu de la zone infestée !  »

Sous le coup de plusieurs condamnations, Bové estime que son cas sert de paratonnerre aux autres faucheurs. Mais au plus haut sommet de l’État, on ne semble pas pressé de le mettre à l’ombre. « De toute façon, je ne veux ni aménagement de peine, ni bracelet !  » D’après lui, « l’action importe plus que les surfaces détruites. L’essentiel est la désobéissance civile. Des fauchages ont eu lieu pour la première fois au Portugal cet été, après l’Allemagne. » Nouvel élan ou dernières salves du combat pour la souveraineté alimentaire ?

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.






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