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CQFD N°048


FORUM LIBÉ À GRENOBLE

BARNUM CITOYEN

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Basile Pevin.

La gauche de gouvernement est HS ? Libé réanime le cadavre avec un « forum citoyen », créature mutante à la croisée des vieilleries à l’eau de rose et du panier de crabes ramené à terre par la vague bleue. Ça rime à rien, mais c’est un joli coup de pub pour le jouet de Rothschild.

DU 13 AU 15 SEPTEMBRE, la préfecture de l’Isère devrait une nouvelle fois faire preuve de ses capacités à transformer Grenoble en bunker. En juin 2006, l’inauguration de Minatec, la mecque des nanotechnologies, fut marquée par un remake de Fort Alamoen plein centre-ville. Ce coup-ci, la capitale dauphinoise s’apprête à accueillir un ramassis de personnalités à faire pâlir le carnet d’adresses du Fouquet’s. Les UMP décomplexés Rachida Dati, Bernard Accoyer, Brice Hortefeux, Jean-Pierre Raffarin, Michel Barnier, Éric Raoult,le nouveau centriste de la Défense Hervé Morin, les socialos à chemise molle Arnaud Montebourg, François Hollande et Laurent Fabius, les social-tristes Jack Lang et Jean-Marie Bockel, la rouge élimée Marie-Georges Buffet, la pâlotte Clémentine Autain, la verte anesthésiée Dominique Voynet, les humoristes Jean-Marie Colombani, François Chérèque et Alain Finkielkraut ainsi qu’une centaine d’autres VRP de la France d’en haut sont annoncés à la première édition du « Forum citoyen » organisé par le journal Libération. Au cours d’une cinquantaine de « duels » de quatre-vingt-dix minutes à la MC2, maison de la haute culture grenobloise, les consensuels cornichons pourront croiser le fer blanc. Dany le libéral-libertaire et le pisse-copie mitterrando-sarkozyste Georges- Marc Benamou s’entendront pour « Liquider 68 [?] » ; l’économiste Jacques Généreux [sic] ira « De la gauche plurielle au centre gauche » dans les bras de l’essayiste Bernard Spitz ; Patrick Devedjian, ancien militant du groupe d’extrême droite Occident, réfléchira avec le royaliste François Rebsamen sur le thème « Faut-il supprimer les partis politiques », [à coups de gourdin ?] Jacques Godfrain, maire de Millau et ancien trésorier du SAC, interrogera le président de la LDH Jean-Pierre Dubois : « Accueillir la misère du monde » [ou la balancer du haut du viaduc ?]

Cette opération de communication, censée attirer 15 000 personnes, a pour nom « Vive la politique ! ». Cri du coeur qui n’est pas sans rappeler l’opération « Vive la Crise ! » montée en 1984 par Laurent Joffrin, l’actuel directeur de la rédaction de Libé, afin de célébrer la rigueur économique, le culte de l’entreprise et une Europe dirigée par Margaret Thatcher. Ce coup-ci, c’est Max Armanet qui mène l’opération de propagande. Ancien directeur de rédaction de l’hebdo catholique La Vie et promoteur du service civique obligatoire, cette grenouille de bénitier militariste est le nouveau directeur du développement de Libération. Le but de ce barnum est de faire un bon coup de pub au canard de la bande à Rothschild, toujours empêtré dans les difficultés financières, et de ratisser large en plaçant le journal comme « acteur incontournable de la vie démocratique  ». Libé n’en finit pas de s’éloigner de son esprit initial, énoncé dans son manifeste de 1972 : « Aujourd’hui, la presse quotidienne donne la parole au patronat, aux politiciens, aux puissants, qui d’ailleurs financent cette presse, et elle se contente […] de citer des bouts de phrase d’ouvriers et de paysans. Le quotidien Libération donnera la parole au peuple, et citera des bouts de phrase des puissants. Il renversera le monde de la presse quotidienne. » C’est raté… Après s’être métamorphosé au début des années quatre-vingt en défenseur du libéralisme et du conformisme économique grossièrement dissimulé derrière un rideau « d’audaces » culturelles, le quotidien tente depuis quelques mois d’occuper le créneau vacant de « journal de gauche », riche en lecteurs potentiels. Il s’agit de devenir l’organe de presse de la droite complexée qui, de Strauss-Kahn à Cohn-Bendit en passant par Bayrou et Royal, veut se débarrasser de ses « archaïsmes ».

Bonne nouvelle : l’agglomération grenobloise offre un merveilleux laboratoire d’idées et de pratiques à tous ces « modernisateurs », « rénovateurs » et « refondateurs » de la gôche. Tous les pouvoirs locaux qui subventionnent le forum, et qui sont acquis au PS, ont insufflé à la région un dynamisme envié internationalement. Grenoble, c’est la gauche qui innove, qui ose et qui gagne. En quatrième de couverture du Libé du 31 août s’étalait une publicité pour la communauté d’agglo vantant la présence de Minatec, le premier pôle européen pour les nanotechnologies, ainsi que les pôles de compétitivité Minalogic et Tennerdis. Coût de la pub, financée par le conseil général et la mairie : 58 500 euros. Il faut dire que le « modèle grenoblois » défend une vision particulière du socialisme : liaison « recherche-industrie », transformation d’un territoire en technopôle, course à l’emploi et son cortège d’innovations futiles et liberticides. Malheureusement pour tous ces nocifs loustics, ce modèle est contesté depuis plusieurs années par des trublions locaux. Afin d’éviter que la fête soit une nouvelle fois gâchée, les autorités ont pris leurs précautions. Le choix de l’espace associatif La Bifurk comme « espace d’expression » du forum, c’est-à-dire de « caution populaire », n’est pas anodin. Non seulement il prive les opposants d’un lieu de contre-réunion, mais il symbolise la victoire du pouvoir local sur le milieu associatif. La Bifurk avait en effet accueilli en juin 2006 les opposants à Minatec, provoquant la colère de la mairie, propriétaire des bâtiments. Le directeur de cabinet du maire, Olivier Noblecourt, menaça de couper les subventions et de fermer ce lieu qui ne serait pas, selon lui, destiné à « accueillir des débats ». Un an plus tard, ce ronchon versatile demande aux tauliers de La Bifurk d’accueillir les ébats politiques du forum de Libé. Échanger des idées, d’accord, mais pas n’importe lesquelles… Les éternels importuns ne se laisseront sûrement pas décourager par ces viles manoeuvres.

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.






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