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CQFD N°048


ITALIE : APRÈS LES ANNÉES DE PLOMB

LA JUSTICE DE PLUME

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Gilles Lucas.

Milan 69, Brescia 74, Bologne 80… La liste des attentats dans lesquels l’État italien a trempé est longue. Mais la justice est d’une rigueur absolue : quand les coupables de crimes et délits sont proches du pouvoir, elle les élargit sans tarder. Et la boucherie des flics de Gênes en 2001 ne fait pas exception.

« NOUS SAVONS TOUS, Monsieur le président, que ce procès va se terminer par l’acquittement ou la prescription, alors ne gaspillons ni notre énergie ni l’argent public  », lance, le 10 décembre 2005, l’avocat d’un des policiers qui, dans la caserne Bolzaneto à Gènes, ont infligé des tortures physiques et psychologiques à plusieurs centaines de manifestants anti-G8 en juillet 2001. Bel aveu ! Depuis des décennies, procédures, procès engagés contre les responsables de délits et crimes initiés ou réalisés par des organisations et individus proches du pouvoir semblent être marqués du sceau de la malédiction. Mais quel mauvais sort poursuit donc ainsi la justice italienne ? Dix-sept morts et quatre-vingt-sept blessés à Milan en 1969, huit morts et cent blessés à Brescia en 1974, douze morts dans le train Italicus la même année, quatre-vingt-cinq morts et cent cinquante blessés dans la gare de Bologne en 1980… Les responsables de ces attentats-massacres mélant personnalités influentes au sein de l’appareil politico- économique, membres de groupes d’ultra-droite [1] et responsables des services secrets, vont au gré des multiples procès être acquittés ou voir leurs crimes prescrits. Coup de malchance supplémentaire pour la justice : Licio Gelli patron de la loge P2, réseau de conspiration rassemblant dirigeants politiques, hommes d’affaires, militaires et policiers de haut rang, passe des jours tranquilles dans sa maison d’Arrezo après avoir été libéré pour raison médicales. Ce bougre cacochyme est pourtant impliqué, entre autres, dans plusieurs tentatives de coup d’État.

Autres déveines de la justice : Mario Placanica,le carabinier qui a abattu le manifestant anti-G8 Carlo Guiliani à Gènes en 2001, a vu s’arrêter toutes les procédures engagées à son encontre et a été désigné comme atteint de maladie mentale depuis qu’il prétend avoir subi plusieurs tentatives d’assassinat [2]. Mais la justice impartiale poursuit son bonhomme de chemin, ferme et décidée. Le 21 juillet 2001 a lieu le carnage de l’école Diaz à Gênes : soixante-trois personnes sont blessées, dont plusieurs très grièvement, et quatre-vingt-treize sont arbitrairement arrêtées. Une voisine, s’étant rendue dans l’école après le départ de la police, raconte à CQFD : « Il y avait du sang partout. Et puis surtout, des dents laissées là, à même le sol. Ce jour-là tout ce que je pensais sur la société a complètement basculé.  » Six ans après le massacre, Michelangelo Fournier, un des vingt-huit policiers inculpés à l’époque chef adjoint d’une brigade anti-émeutes de Rome, reconnaît enfin devant le tribunal : « C’est vrai, j’ai vu des policiers s’acharner sur des personnes sans défense, cela ressemblait à une vraie boucherie.  » Tout en soutenant mordicus qu’il n’est pas impossible qu’il y ait eu résistance de la part des occupants [3]. Et il affirme que sa brigade n’est pas arrivée la première sur les lieux, alors que les vidéos réalisées par Indymedia accusent lourdement ses hommes pour finir par admettre : « Certains de mes agents y ont peut-être participé, je ne peux l’exclure de façon absolue  ». Face à cette évidente volonté de collaborer à l’oeuvre de la justice, la question de savoir qui sont les véritables coupables est donc de nouveau posée. Serait-ce Lorenzo Murgolo, ex-sous-préfet de Bologne, qui aurait dirigé l’opération ? Ou bien Franscesco Gratteri, le chef du Service central opérationnel ? Ou encore Spartaco Mortola, chef de la Digos, filmé en train de frapper à coups de pied un adolescent d’une quinzaine d’années ? Ou plus simplement Gianni De Gennaro, chef de la police à l’époque, ancien chef de cabinet du ministre de l’Intérieur du gouvernement Prodi jusqu’à ce qu’il soit limogé, fin juin 2007, du fait des procédures tardivement engagées contre lui ? De nouvelles enquêtes devraient aboutir à de nouveaux procès dont les dates, si nos calculs sont exacts, devraient correspondre à celle de la prescription…

Mais qu’importe toutes ces embûches, la justice doit passer, et elle passe ! Pour preuve, le 2 août 2007, journée anniversaire de l’attentat de 1980, l’Italie commémore « toutes les victimes du terrorisme ». À Bologne, dans le cortège mené par Romano Prodi, quelques personnes distribuent un tract où sont rappelées les multiples contorsions de l’appareil judiciaire qui permettent aux responsables des massacres d’être toujours en liberté. La police intervient et arrête six trublions qui sont déférés et poursuivis pour « fausses accusations contre la République, les institutions constitutionnelles et l’armée ». De là à s’interroger sur la fonction de la justice… Mais les 45 000 personnes enfermées dans les geôles italiennes apportent la preuve de sa grande efficacité !

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.


[1] L’un d’entre eux, Delfo Zorzi, aujourd’hui naturalisé japonais, a ouvert un magasin de luxe à une centaine de mètres de la Banque de l’agriculture, ravagée par la bombe du 12 décembre 1969.

[2] Il est aujourd’hui poursuivi pour… trafic de drogue !

[3] Une enquête a démonté les mensonges qui avaient justifié l’opération : le policier Massimo Nucera qui prétendait avoir reçu un coup de couteau s’était déchiré lui-même son blouson, les cocktails Molotov avaient été amenés sur les lieux par le vice-commissaire Pietro Troiani et son assistant Michele Burgio.





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LA JUSTICE DE PLUME
Vis ta vie, va…. | 21 mai 2008 | In Média veritas

La Vérité sur Gênes, c’est dans les Médias-qui-mentent que pourtant en cherchant un peu, j’ai pu la dénicher. Moi qui y étais, à Gênes, et qui n’aurait rien d’autre à en dire que ce que j’y ai vécu, vu la confusion ambiante et les hauteurs vertigineuses des débats et vu que j’étudie la presse avec toujours quelque temps de retard, là, je lis un article sur la théorie de Keynes « …Les crises cycliques ne sont pas dues à la surproduction, mais à la déficience de la demande… » de 1946 et là, pour moi tout est limpide. Mais heureusement, ceux qui font l’histoire immédiatement, eux savent de quoi ils parlent. Ainsi ce n’est pas un mort qui a été enterré à Gênes mais 300 000 antimondialistes. Pas morts sur le coup, mais des suites des coups qui leur a été assenés. Et pas par les tortionnaires qu’on croit. Lentement mais sûrement les « anti » venus de toute parts et appelées par toutes organisations, ont disparu sous nos yeux sans que personne n’y ait rien fait. Antimondialistes, si ça ne voulait déjà pas dire grand-chose, ça disait quand même anti, contre, non, opposé, aux gens comme moi qui ne creuse pas trop mais qui suis très, très en colère. J’ai préparé pendant un an cette manif Génoise avec des anti-libéraux, des anti-g8 , des anti-capitalistes, des antimilitaristes, des anti-flics, des anti-le-monde-comme-il-est, des anti-cette-politique-de-merde, des anti-tout-pourvu-qu’on-remette-les-compteurs-à-zéro. Le terme anti largement utilisé, et dont le sens va clairement vers l’hostilité, l’opposition, le combat, ne semblait pas gêner grand monde, avant Gênes, pendant Gênes et un peu après Gênes pour les retardataires, qui avait pris des mauvaises habitudes et n’avait pas encore gobé que l’usage était désormais à l’ « alter ». Le Monde use de l’ « anti » tout bouillant, (24 juillet 2001), L’humanité le 1er août de la même année, disait encore anti toujours chaud, et le nouvel obs, le 9 août 2001, parle des antimondialistes russes, encore tièdes. Pierre Khalfa, penseur chez Attac, va jusqu’au 25 août 2001, nous maintenir en vie en classant le mouvement dans les « contre la mondialisation » avant d’opter plus tard pour le « pour une autre’ . Même le Premier ministre Belge, Guy Verhofstadt, alors Président en exercice de l’Union Européenne, parlera d’Antimondialiste, le 28 octobre 2002. Même jour, dans Libération, Eric Jozsef, parle encore d’antimondialisme. Avant Gênes, c’est dans le journal d’infos d’Attac « le grain de sable », que l’on se fédère et se chauffe à blanc, anti tous ensemble. Et personne ne grimpera au rideau à la lecture de ce terme durant les multiples appels à se retrouver à Gênes. Soit chacun s’y retrouvait un tantinet dedans, soit tout le monde est sourd, personne ne sait lire. Et bien non, l’explication est dans le Monde Diplomatique, de la « bouche » de Noam Chomsky, qui accuse les médias d’avoir qualifié les « amateurs d’un autre monde » d’antimondialistes et qui sans vergogne annonce « Voilà un bel exemple de la propagande idéologique dans les sociétés démocratiques. À ce point efficace que même les participants au Forum Social Mondial accepteront parfois le qualificatif malintentionné d’antimondialistes ». (Propos recueillit par Daniel Mermet). On était juste con. N’importe quoi, non, ben oui, la preuve, Jacques Nikonoff avait perçu les choses différemment dans « Avenir d’Attac » en décembre 2006 : « De l’antimondialisme libéral, le mouvement est passé à l’altermondialisme. Ce changement d’appellation correspond à une évolution profonde. » Très profond. Et alors, la Vérité dans tous ça. Et oui, je l’ai trouvé, toujours dans le monde diplomatique (juin 2001), and the winner is Bernard Cassen ; « Il est des termes qui s’introduisent insidieusement dans le lexique politique sans que nul n’y prête attention et sans qu’on les ait définis préalablement. C’est seulement lorsqu’ils se sont en quelques sortes fondus dans le décor qu’ils se révèlent pour ce qu’ils étaient dès le départ : non pas de simples mots mais les éléments structurants d’une construction idéologique ».

Parler des évènements de Gênes, si on ne vend pas une pièce de théâtre, un bouquin ou un quotidien, ou si on se fout de se faire briller par son érudition, cela aurait pu avoir la prétention de permettre d’y voir un peu plus clair, d’établir une sorte de cartographie pour ceux qui nous succèderont. Mais quand on lit dans l’Humanité (19/07/02) que Bolzaneto c’était Auschwitz, on se sent carrément minable d’avoir juste été tabassé alors qu’il était prévu de gazer 12000 manifestants par jour dans des fausses douches. Du coup, je profite d’avoir le micro pour tenter de me faire moi aussi un peu d’argent et je passe une annonce : A vendre, collier en dent de l’école Diaz véritables. Pas cher. Et j’en profite pour me faire briller en citant Nietzsche : « J’aime l’humanité. Ce sont les hommes qui me gênent. »… À moins que ce ne soit Snoopy.

 

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