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CQFD N°048


LES VIEUX DOSSIERS D’ANATOLE

FIN D’UN PATIBULAIRE

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Anatole Istria.


ÉTÉ MEUTRIER pour les bourreaux du Maghreb. D’abord Driss Basri, ex-sinistre de l’Intérieur de Hassan II, est emporté par le crabe dans son exil doré du XVIe arrondissement, le 27 août. Puis le 28, un infarctus emporte le général algérien Smaïl Lamari, dit « Smaïn » - aucun risque de le confondre avec le comique - numéro deux du département de Renseignement et de Sécurité (DRS). Ainsi s’en va un kador du terrorisme d’État (ou contre-espionnage), près de dix ans après le massacre de quatre cents villageois à Bentalha. Avec ses compères Khaled Nezzar, Mohamed Lamari, Mediene dit « Tewfik », sans oublier le capo di tutti capi, Larbi Belkheir, ils formèrent le gang des généraux qui contribua à plonger l’Algérie dans la décennie noire. « Smaïn » était un homme de l’ombre, sans doute un grand timide, il n’apparaissait que très rarement en public. À peine si on se souvient qu’en 1991 il avait déclaré à un journaliste qu’il était prêt à « exterminer un tiers de la population pour que les deux autres tiers puissent vivre en paix  ». Un pacifiste, quoi ! Il faut dire qu’à l’époque les Algériens avaient voté massivement pour le FIS -avec 41 % d’abstention tout de même (65% en 2007)- en partie par dégoût vis-à-vis de la clique de corrompus qui s’accrochent au pouvoir et à la rente pétrolière. Les généraux préconisaient alors de « changer le peuple » car il avait mal voté.

On raconte beaucoup de choses sur le parcours du général. Ainsi l’ex-colonel Mohammed Samraoui, qui déserta en 1996 du service de contre-espionnage, témoigne : « Ce qu’il faut comprendre, c’est la mentalité très particulière de ces généraux, que j’ai côtoyés de près : pour eux la vie des gens du peuple n’a rigoureusement aucune valeur, a fortiori quand ils ont manifesté des sympathies pour les islamistes [1]. » Ce qui était remarquable chez Lamari, c’était sa méthode. Ses qualités de stratège en font très tôt un interlocuteur privilégié de la DST française. Voilà un garçon qui, dès avril 1991, alors même que la rébellion islamiste était embryonnaire, met en place des faux maquis contrôlés par des agents du DRS pour piéger les islamistes radicaux, puis des contre-maquis composés d’islamistes « retournés par les services » ! Tout ceci en vue de leur démantèlement, bien entendu. Pour forcer l’adhésion de la « société civile » et des intellectuels à l’idéologie éradicatrice, il n’hésite pas à avoir recours aux subtils stratagèmes de la guerre contre-insurrectionnelle : faux tracts, faux attentats dans les casernes pour exaspérer la haine des militaires, programmation d’assassinats dits « pédagogiques » d’opposants à la fois aux barbus et au pouvoir qu’il fait endosser aux islamistes (comme celui du journaliste Tahar Djaout)…

« Smaïn » a aussi l’idée de saisir l’opinion internationale sur le danger barbu. Pour cela, il mouille le maillot, on le soupçonne d’être le cerveau dans le kidnapping des époux Thévenot. Il faut dire qu’on lui prête beaucoup, comme d’avoir été le planificateur de l’assassinat du président Boudiaf en 1992, la donneuse du terroriste Carlos aux services français, l’impresario secret de Djamel Zitouni à la tête du GIA, l’instigateur de l’enlèvement des moines de Tibhirine en 1996, le boucher en gros et demi-gros des massacres de la fin des années 90, le protecteur de l’escroc Khalifa… Sans tirer toute la couverture à lui, il restera l’organisateur des escadrons de la mort et le superviseur des centres de torture, où il venait parfois se détendre et n’hésitait pas, dit-on, à mettre lui-même les mains dans le cambouis. Mais au début des années 2000, la dream team des généraux semble en recul. En juillet 2004 le général Mohammed Lamari s’est vu écarter, Tewfik est atteint par la maladie, Nezzar perd de sa superbe… La fin d’une époque ? L’actuelle recrudescence d’attentats ne laisse rien augurer dans ce sens. Par contre, les égorgeurs se sont volatilisés par magie, grâce à la loi de concorde civile et Smaïl Lamari n’aura jamais à rendre compte de ses agissements. Quant à la justice divine… c’est foutaises et compagnie !

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.


[1] Chronique des années de sang, Denoël, 2003. À lire également Habib Souaïdia, La Sale Guerre, La Découverte, 2001, et l’indispensable Françalgérie de Jean-Baptiste Rivoire et Lounis Aggoun, La Découverte, 2004. Également l’inépuisable site www.algeria-watch.org





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