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CQFD N°048


MA CABANE PAS AU CANADA

HOP, SUR LES ROUTES !

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Marco Pilori.

Cet été, l’ami Marco a pratiqué la stratégie de l’escargot. C’est gratuit et ça paye, puisqu’il revient riche en rencontres et en projets. C’est qu’il nous ferait un retour à la cambrousse, le bougre !

Alentours de Rennes, une petite ferme. Peu de terrain mais un potager généreux. Récolte de petits pois, écossage politique autour de la table. De jeunes amoureux de la terre et de l’insurrection. Causerie autour de l’alambic Cocotte-minute, lecture d’un texte critiquant les décroissants, dans les vapeurs d’alcool. Cette année, les squats auront des patates. Petits oignons, échalotes, courgettes, tomates, plantes médicinales et four à pain. Finies les récup’ et les sauces désespérément grises, ça vient du jardin. Les premiers fromages de chèvre remplacent les éternels comtés chouravés. On sait ce qu’on fait. Cours de mécanique dans un garage clandestin, visite nocturne des chantiers en quête de diesel rouge, partage des caisses rafistolées.

Fin de l’interlude breton et départ pour l’Ardèche, en stop. Embarqué par un délégué CGT Transport. On parle de la rentrée, de la minorité qui se battra, tandis qu’à bulletins secrets sera votée la fin de la lutte des classes. Il dit se souvenir bien plus de sa première grève que de toutes ses années de boulot. Arrêt Valence-Sud. Il me laisse sur la rive du Rhône. « T’inquiète pour le stop.  » Je lève cinq fois le pouce sans patienter plus de deux minutes. Un hameau, en haut d’une petite vallée encaissée. Un Hollandais, débarqué là il y a trente-deux ans, nous sort la faisselle « de p’tits jeunes qui viennent de s’installer  », un pinard de table sans égal et ses disques de bons vieux blues.

Départ vers le Périgord. Une voiture sur une route déserte. Deux jeunes qui voudraient rester au pays et bosser le moins possible. « Autonomie. » Ils me poussent jusqu’à un peu plus loin, devant une stèle perdue au milieu de nulle part : « Ici en 1942, fut fondée l’armée secrète.  » On se serre la paluche avant de se quitter. Un éco-village, pas loin de Sarlat. Pas une communauté, mais on mange des bons légumes, cultivés avec amour par une ancienne SDF qui a trouvé sa place ici. Pas de politique, on se sent hors du conflit. Chacun est un peu prophète, un peu paumé, mais protégé. Les joints du matin ralentissent les travaux. « Liberté.  » On ne demande rien à personne. Et on va où ? Ça, on sait pas.

Passage par Hossegor. Les flics débarquent à l’aube pour verbaliser les camions et ceux qui dorment sur les dunes. On trouve une maison abandonnée. Pas une miette d’ombre non privatisée. Pas de rencontre. Surf’n’money. Départ pour un hameau squatté pendant huit ans, puis acheté, au nord de Foix. Une demi-heure de marche jusqu’au sommet de la colline. Anars hors des cases, chaleureux, fêtards, bosseurs. Cabanes en terre-paille, atelier de fabrication de yourtes, ruines à retaper, chiottes sèches, avec en prime vue splendide sur la vallée. Les chèvres sonnent les cloches, les abeilles bourdonnent, les coqs rythment les heures tandis que l’ânesse s’époumone. Coup de main d’un voisin, quatre-vingt-dix ans et ancien résistant, pour dégager des troncs à l’aide d’un treuil. Un voyageur revient pour cuisiner un festin de foie gras et de pêches. Une vingtaine à table, à se régaler des légumes du potager. Le café rebelle et zapatiste se rappelle à nous sur le poêle à bois. On embouteille du vin de noix, fabrique du savon et de l’essence de lavande. Chaque jour apporte son lot de copains et de copines qui passent avec leurs expériences. Tout reste à faire. Comment assurer la pérennité du collectif, ne pas retomber dans les pièges des années 70, resserrer les mailles du réseau ? Ça parle et ça se réunit, dans ce petit paradis. Moi ? J’en suis parti, j’y retourne, ça y est, je quitte Paris pour de bon.

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.






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