Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°048
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°048


CINEMA ÉTHYLIQUE

EN PISTE À DOUARNENEZ

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Iffik Le Guen.

Pour les trente ans du festival de cinéma, Le Chien rouge tout mouillé s’est invité à la table, histoire de mettre ses papattes dans le plat, sa gueule dans une bolée de cidre et ses neurones dans de belles histoires projetées sur grand écran.

SI, CÉDANT AUX CHARMES de sirènes psychogéographiques, venant de la place de l’Enfer, trépassant par la rue Obscure, le bourlingueur s’arrête au Péril Jaune, il s’aperçoit mais, trop tard, que le nom du rade doit bien plus à l’apéritif anisé qu’à la boîte à fantasmes des années 50. Puis, grimpant les contre-pentes, emporté par une bourrasque vers la rue Monte-au-ciel, il tombe sur le bistrot du patron du syndicat des buralistes, un dénommé Le Pape qui a modestement baptisé l’endroit… Le Vatican. Ébloui par une révélation - la ligne droite n’est pas forcément le plus court chemin -, chevauchant son fidèle éléphant rose, il redescend en traviolant sur le port pour saisir au vol les dernières brèves de comptoir du matin chez Micheline. « Et elle a jamais eu d’enfant ? » « Oh, c’est normal, son mari était gendarme.  » La Bretagne, terre de légendes ? À condition d’emprunter « l’itinéraire verre » pour éviter les contrôles de réalité par le bison à képi. Bref, rien de tel qu’une piste bretonne, sorte de road movie éthylique, pour démarrer le festival de cinéma de Douarnenez.

À peine réveillé, le bouledogue, bien planqué derrière sa table de presse, accueille le chaland avec sa bonhomie coutumière. Un peu plus tard, il croise Erwan Moalic, le président du festival, qui se rappelle les débuts en 1978 : « Les gens qui ont conçu le festival appartenaient à des collectifs cinéma, écolo-antinucléaires, bretonnants, tiers-mondistes et ils pensaient que le fait de projeter un film serait plus mobilisateur qu’une conférence chiante de trois heures. Le film ne devait pas seulement être un prétexte pour meubler une soirée, mais le point de départ d’un débat  ». C’est vrai que les discussions sur la place, au bar ou encore à la fortune du pot chez l’habitant font la richesse de l’évènement en éclairant d’autres regards des films parfois un peu réducteurs ou très militants. Ainsi, le documentaire Plogoff, des pierres contre des fusils, tourné au coeur de la tourmente, présente avec émotion la résistance de ce petit village armoricain contre les diktats de l’État central amoureux de l’atome. Si, trente ans plus tard, l’identification avec les acteurs de cette lutte fonctionne toujours à plein, c’est en oubliant que les motivations des Plogoffites étaient également liées à la peur de l’invasion étrangère ou à la sous-évaluation des terrains acquis par l’État. Toujours en compagnie du président, notre brave clébard apprend pourquoi le festival, longtemps consacré aux minorités nationales, a abandonné cette référence : « Les Catalans nous le reprochaient souvent en disant qu’eux étaient un peuple et pas une minorité.  » Par ailleurs, de plus en plus de films (notamment BZH, des Bretons, des Bretagnes) s’attardent sur la complexité du mouvement nationaliste breton, y compris au travers de ses dérives les plus ignobles. En soirée, un bon conseil d’Aimé Césaire pour savoir comment retourner à la niche : « Quand tu ne sais pas où tu vas, souviens-toi d’où tu viens.  »

L’édition 2007 voulait justement faire découvrir ces Bretagnes aux nouvelles générations fréquentant le festival. Montrer la difficile construction des identités bretonnes (avec en miroir la revendication des peuples colonisés concernant leur mémoire longtemps confisquée) pour en finir avec l’autodénigrement et le complexe du plouc sans pour autant verser dans l’esprit revanchard ou la folklorisation. Mais le renouvellement du public, avéré parmi les bénévoles et pendant le fest-noz de clôture, semble tarder à se concrétiser dans les débats et lors des projections où les tempes franchement grises dominent. Question de pouvoir d’achat ou de curiosité, alors que les concerts des Vieilles Charrues cartonnent ? Sûr que les questions abordées autour de la colonisation inciteraient davantage à la prise de tête qu’à l’hilarité générale… Grave erreur, car la sélection des films accorde aussi une place de choix à l’humour (noir !). Aux côtés de valeurs sûres comme Les Galettes de Pont-Aven ou Lune froide, un étonnant docu, L’Évangile selon les Papous, raconte la christianisation à marche forcée des dernières tribus de Nouvelle-Guinée, où l’on voit trois Papous en peintures et plumes traditionnelles traiter un quatrième - pareillement mis- de sauvage parce qu’il construit un mur devant chez lui pour arrêter le message de la Bible. Le dernier débat de la semaine sur l’identité nationale donne l’occasion aux intervenants de lier les discours actuels sur la guerre des mémoires, la repentance et le sort réservé aux sans-papiers charterisés. Le final en forme de vibrant appel à la désobéissance et à l’illégalité en faveur de tous ceux qui en prennent plein la gueule trouve déjà un début de confirmation avec la relaxe de la vieille dame indigne de Saint-Nazaire, poursuivie pour avoir osé déclarer sa honte d’être française à des policiers invitant, les mains pleines de coussins, deux Maliens expulsés à respecter les lois de la République.

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.

Le site web du festival pour de l’info en continu : http://www.festival-douarnenez.com/






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |