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CQFD N°048


HISTOIRES D’IMMIGRÉS

MÉMOIRES EN STOCK

Mis à jour le :15 septembre 2007. Auteur : Iffik Le Guen.

Les animateurs de l’association « Au nom de la mémoire », qui rapporte des témoignages d’immigrés à travers leurs livres et documentaires, étaient nos voisins de stand lors de l’édition 2007 du festival de Douarnenez. Une occasion en or pour bavarder un peu.

L’association « Au nom de la mémoire » fait un gros boulot de collecte de témoignages sur l’histoire de l’immigration. Comment faites-vous pour transmettre le fruit de ces recherches ?

Samia Messaoudi : Pour toucher un maximum de monde, on va promouvoir des outils pédagogiques sur l’histoire de l’immigration - film, expo, livre - que l’on diffuse dans les établissements scolaires. On installe en plus un atelier d’écriture sur l’exil, ce qui nous permet de faire un aller-retour avec les parents pour collecter leur témoignage sur leur parcours d’immigré. Quand on a passé Le silence du fleuve sur le 17 octobre 1961, certains lycéens en avaient entendu parler par leurs parents, d’autres l’avaient vu à la télé, mais beaucoup nous demandaient : « C’est vraiment sûr ? Pourquoi on nous ne l’a pas dit ?

Et depuis ces cinq dernières années, comment ressentez-vous l’alourdissement du climat de stigmatisation tout azimut des étrangers ?

Samia Messaoudi : Nous ne sommes pas d’accord avec le discours des Indigènes de la République. Si un jeune fout le feu à une voiture, ce n’est pas seulement à cause de son identité d’immigré ou du passé colonial de la France, c’est parce que le quartier est pourri, qu’il n’y a pas d’activités. Le malaise est social, pas culturel, ni identitaire, et derrière le keffieh de ceux qui foutent le bordel, il y a autant de Nicolas que de Karim. Neuilly compte 23 % d’Arabes, des Saoudiens surtout, et pourtant personne ne parle de ghetto communautaire. Dans notre travail d’édition, on a aussi tenu à resituer la question de l’immigration sur le terrain social, avec des ouvrages sur les prolos, sur les HLM…

En 1994, vous publiez Kabyles du Pacifique [ voir CQFD n°28 ]. Comment vous est venue l’idée de sortir cette histoire de l’oubli ?

Mehdi Lallaoui : Lors d’un premier voyage en Nouvelle-Calédonie, un Kanak m’apostrophe : « Y a tes ancêtres au cimetière ! Pas des Communards, des Arabes !  » À partir de là, en approfondissant la collecte de témoignages sur les insurgés kabyles de 1871, j’ai fait des trouvailles extraordinaires. Je commence mes recherches dans un petit village de Kabylie avec un descendant de l’un des chefs de l’insurrection. Au cours de l’entretien, alors qu’il était jusque-là plutôt distant, il me demande si c’est moi qui ai fait le film sur le 17 octobre 1961, et il relève sa chemise pour me montrer ses cicatrices en me disant qu’il avait fait partie des fusillés-balancés à la Seine de la manif. Il y avait aussi ces évadés cachés dans des tonneaux de vin (un musulman ne pouvait pas entrer là-dedans !) qui, voyageant par l’océan Indien, étaient repris pour certains et renvoyés par l’Atlantique, le cap Horn et le Pacifique. Le tour du monde aux frais de la République !

Propos recueillis par I. L.

Article publié dans CQFD n° 48, septembre 2007.






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