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CQFD N°049


LES VIEUX DOSSIERS D’IFFIK

LE DIVIN MARQUIS ET LE SERRURIER MAUDIT

Mis à jour le :15 octobre 2007. Auteur : Iffik Le Guen.

Dans la série dédiée aux princes de la belle et à l’occasion de la sortie du Dialogue entre un prêtre et un moribond, le vieux dossier du mois s’intéresse à la carrière carcérale de D. A. F. de Sade, ci-devant marquis.

L’Ancien Régime invente la prison dès le milieu du XVIe siècle pour enfermer d’abord « marauds, vagabonds, incorrigibles, belistres, ruffians, caymands et caymandeuses  », puis tou(te)s les délinquant(e)s que l’on ne pouvait envoyer aux galères. À la fin du XVIIIe siècle, les dépôts de mendicité complètent le tableau en soumettant les mendiants au travail forcé. Mais c’est sous le règne solaire de l’ombrageux Louis XIV que se multiplient les maisons de force ou prisons d’État, anciennes forteresses militaires dans l’enceinte desquelles sont incarcérés, sur lettre de cachet, les espions, les traîtres, les prisonniers politiques et les prisonniers d’opinion. Souvent gérées par un ordre religieux, elles distinguent « les pailleux », livrés à la charité chrétienne et au « pain du roi », des riches, logés et nourris à leurs frais dans des chambres meublées. C’est à ce régime privilégié que Sade va goûter pendant près de trente ans de sa vie.

Après quelques années vouées à la débauche en petite maison (close) et accessoirement au service des armées du Roy, il s’obstine à taquiner la gueuse et la geôle. En 1763 et 1768, le libertin est impliqué dans deux affaires de moeurs, banales pour l’époque, mais qui permettent au pouvoir de faire un exemple sur son dos. On lui reproche quelques coups de canne et de martinet. On joue aussitôt un simulacre d’arrestation et d’emprisonnement, nimbant d’un vernis de vertu à peu de frais une aristocratie de cour plombée par les scandales. Jusque-là tout va bien. Mais, voilà notre marquis accusé d’empoisonnement par un quatuor de prostituées marseillaises en 1772. En fait, lors d’une partouze, il use et abuse d’un mauvais dosage de sucettes à l’anis, censées gonfler les parties génitales. Ce fait-divers est monté en épingle par la police contre le beau-père du marquis, président de l’un de ces parlements provinciaux en délicatesse avec le monarque absolu. Sade est condamné à mort par contumace : son effigie et celle de son fidèle valet Latour sont garrottées, décapitées et brûlées en place publique.

En cavale entre l’Italie, la Sardaigne et le domaine familial de Lacoste en Luberon, D. A. F. vit ses derniers moments de libertinage sans contraintes en compagnie de jouvenceaux et jouvencelles d’une quinzaine d’années. Las des poursuites, il finit par accepter l’hébergement de la forteresse de Moisans en Savoie. Sans forcer, il aménage sa cellule avec le mobilier de son choix, organise des dîners qui se terminent invariablement par une partie de cartes où l’on joue gros. Même dorée, la cage l’empêche de donner toute la mesure de son talent et il s’évade par une fenêtre que son gardien avait fortuitement laissée ouverte. S’ensuit un détour par ses terres en 1776 où il fait la connaissance du personnage de « Justine », qui décidément ne veut pas retrouver papa. Ce « père irascible » vient la récupérer pistolet en pogne. C’en est trop pour les autorités, qui appréhendent Sade en 1777 à Paris pour le neutraliser définitivement, du moins l’espèrent-elles. Direction le donjon de Vincennes, puis la Bastille. Louis XVI, influencé par un entourage d’une rare bigoterie, sonne la charge de la révolution conservatrice dès son accès au trône.

Pour tromper l’ennui de son existence carcérale, Sade entame son oeuvre littéraire avec le Dialogue et dans la foulée Les Cent Vingt Journées de Sodome. Durant cette période de graphomanie intense, il est épaulé par sa femme, Renée Pélagie, pourtant maintes fois délaissée et plutôt échaudée par les excès de son mari. Elle lui envoie livres, médicaments, godemichés, sauve ses manuscrits, recrute des prostituées, se déguise en homme pour organiser une tentative d’évasion. Si la Révolution le libère, l’Empire l’envoie terminer ses jours, comme « délirant du vice », derrière les murs de l’asile de Charenton.

Article publié dans CQFD n° 49, octobre 2007.






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