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Sommaire du N°049
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CQFD N°049



COURRIER DES LECTEURS

Mis à jour le :15 octobre 2007. .


TAKA-TAKA

Dans les deux derniers numéros de CQFD (n° 47 et 48), vous avez parlé de la Guyane, plus précisément de St-Laurent-du-Maroni. Étant môme, j’ai passé deux ans là-bas… vous m’avez remis tout un tas de souvenirs en mémoire. Le journal Le Pou d’Agouti, j’ai connu ; je me souviens aussi de cet Anglais « cinglé » qui faisait la morale à mon père : « On ne peut pas être écolo et fumeur !  » J’ai aussi en mémoire la passage perpétuel des pirogues, elles arrivaient, pleines à couler, de là-bas, l’autre rive que l’on devinait à peine, Albina, quelques lumières dans la nuit. La pirogue des flicards qui en attrapaient trois par jour, [alors] qu’il en passait, des fois, plus de trente en une heure… Une fois touché le rivage, la fuite des gens qui se fondaient dans la masse des bidonvilles inaccessibles aux flicards. Je me souviens des rafales d’automatiques que l’on entendait parfois. Les Surinamiens appelaient les mitraillettes des « Taka-Taka ». Encore tant d’autres choses que ces deux articles m’ont remis entre les oreilles…

Nicolas F., Haute-Loire


PROCRASTINATION GERMANOPRATINE

Dans le n°5 de la revue Les Lèvres nues, publiée en 1955, cet aphorisme : « Serons-nous morts quand nos enfants iront aimer, libres et nus, dans les forêts croissant sur l’oubli des fabriques rasées ?  » Dans le CQFD n°48, publié en 2007, Anatole Istria cite quelques auteurs pour qui le travail n’était pas la tasse de thé. Seulement voilà : la conception rédemptrice du chagrin, en tant qu’antidote contre les plaisirs défendus (la paresse, la bombance et la luxure par exemple) date de la plus haute Antiquité. Ainsi la Genèse ne dit pas : « Tu jouiras sans entraves dans la chaleur moite de ton nid d’amour.  » Non, le premier livre du Pentateuque ne recommande pas aux tire-au-cul de transpirer jusqu’à l’apogée orgastique. Au chapitre Mouiller sa chemise, les préceptes de ce sacré bouquin ont même de quoi faire frissonner de sueurs froides les amateurs de farniente et d’érotisme torride. Le terrifiant « Tu mangeras à la sueur de ton front  » n’est qu’un exemple. À mon avis, cet abominable précepte de la Genèse n’est que la genèse d’un drame qui dure toujours. Actuellement, l’épidémie des suicides à l’usine en est la preuve irréfutable. Cependant dire que « le bonheur est dans l’entreprise  » fait de nos jours figure d’idée révolutionnaire.[…] D’ailleurs la judicieuse formule de Scutenaire, « Vous dormez pour un patron  », me fait penser à une autre non moins pertinente. Il s’agit du fameux « Ne travaillez jamais  ». Formule tracée assurément par une main non calleuse, puisqu’elle appartenait à un membre de l’Internationale lettriste. Quand on songe qu’avec une telle inscription, les lettristes prétendaient pouvoir réveiller en sursaut toute une légion de prolétaires en état de somnambulisme salarial…

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Photo envoyée par Manon, lectrice erroriste.

Bref, à l’époque où ces fainéants de lettristes étaient des piliers de bistrot à temps complet - question lever le coude, j’en ai vu quelques-uns à l’oeuvre à partir de 1962 jusqu’à leurs successifs trépas - , je leur ai demandé pourquoi ils n’avaient plutôt écrit « Ne pioncez jamais  ». Ayant compris que je faisais allusion à la phrase lapidaire de Scutenaire, l’un d’eux m’expliqua à peu près ceci : « À l’époque où ce slogan fut écrit, il y avait déjà un certain nombre de mauvais travailleurs suffisamment lettrés, c’est-à-dire capables de lire Les Cahiers du lettrisme sans bouger leurs lèvres nues. Néanmoins, à cause des syndicats-bordels, la grande majorité des assidus au labeur soutenu [les bons travailleurs] se maintenait tout bêtement dans un abrutissant illettrisme. Certes, ils arrivaient vaille que vaille à lire Le Journal du Turf, La Vie ordurière (pour ouvrière) et L’Humanité, mais, au sens lettriste du terme, ils étaient loin d’être lettrés. Dès lors, écrire “Ne pioncez jamais” serait pour de tels somnambules un cri de guerre fort sibyllin. De là, le passable “Ne travaillez jamais”. » Tilt. Reprenons la partie. En ce qui concerne le vieux souhait de voir « les fabriques rasées ». Les autres encore à moitié debout, les murs joliment tagués mais menaçant ruine. Autrement dit, des fabriques gagnées par des ronces sur lesquels les enfants de notre malheureuse époque n’iront pas « aimer libres et nus ». Quant à leurs vieux parents, ceux-ci ne cessent pas d’évoquer avec nostalgie une époque soi-disant heureuse où les sirènes des bagnes du salariat hurlaient trois fois par jour […]. À ce sujet, ces mots de Francis Picabia sont hélas d’une affligeante actualité : « La société ne procure plus de plaisir, les hommes sont des esclaves fatigués par un travail qu’ils n’ont pas encore fait.  » Quel serait donc le travail que les hommes n’ont pas encore fait, au point d’être taxés d’esclaves fatigués ? L’unique réponse qui me vient à l’esprit est la suivante : le travail d’en finir avec le travail. Mais pour ce faire, il faut que nous utilisions tous, collectivement, une énorme quantité d’huile de coude.

Manel Cagabarro, Paris, 6e


BONNES RÉSOLUTIONS

Heureusement que vous êtes là. Cet été, j’ai pris des mesures radicales : j’ai cassé ma télé, bâillonné ma radio, me suis torché avec de vieux numéros de Marianne et de Charlie-Hebdo, et puis je ne mets plus les pieds dans une ville de plus de 10 000 habitants.

Cédric D., Ariège


ERREUR CHARPENTÉE

Salut Fabien,
J’espère que ce que je t’envoie suffira, j’ai tenté de faire propre. Concernant la commande de bois, on va la chercher lundi. On a les pannes, mais en section 8/16 au lieu de 16/16. On a aussi du 10/20 pour les entraits, et du 18/26 pour les arbalétriers, mais je ne sais plus en quelle longueur, donc je t’envoie ça mardi. Sinon, tous les poinçons en chêne sont bons. On va tenter de découvrir assez vite la couverture et de bouler la charpente. À bientôt alors, et encore merci, j’espère que tu pourras revenir quand tu auras plus de temps devant toi, je pourrais vous emmener visiter les carrières souterraines pas loin. Ciao.

Non signé

Tout occupé qu’il était à orner son enveloppe d’un autocollant « CQFD  », le gars qui a posté cette lettre s’estgouré dans l’adresse du destinataire. Consciencieuse, la Poste nous l’a adressée, pensant que le journal au catcheur rouge en était l’expéditeur. CQFD se devait alors de reproduire cette missive qui contribue bien malgré elle à l’édification de l’internationale erroriste. Fabien, nous te gardons les plans de la charpente dans un coin de notre fourbi, si jamais…

La rédac’

Article publié dans CQFD n° 49, octobre 2007.






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