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CQFD N°050



C’EST PAR OU LA SORTIE ?

Mis à jour le :16 novembre 2007. .


Après sa levée d’écrou, un ex-taulard marche seul dans un couloir de métro. « Ils libèrent un homme et le monde entier est en prison. » C’est la phrase de fin du film Ghosts of the civil dead, document-fiction lucide et violent sur une maximum security prison, un pénitencier de nouvelle génération, conçu comme une galerie marchande et peint aux couleurs d’une halte-garderie, au milieu du désert australien. En ces temps de restauration spectaculaire de l’ordre moral, la privation de liberté est à la mode. En l’absence de débat de fond, l’enfermement du déviant est en passe de devenir une solution indiscutable, bien que toujours aussi cruelle et absurde. Et cela, paradoxalement, au moment où toutes les conditions de la liberté semblent réunies, là, à portée d’humain. « Liberté » dans le discours démocratique, « liberté » que laissent miroiter les moyens techniques, scientifiques et cognitifs mis à notre disposition.

De combien de catégories d’enfermés devons-nous parler ici ? Prévenus, retenus, détenus, internés. L’existence morcelée semble déteindre peu à peu sur toute la société. La réouverture de maisons de correction pour redresser les sauvageons est un des aspects les plus révoltants de l’idéologie sécuritaire. Mais que dire de l’évasion no-life des consoles de jeux, des phones tamagochi et de la télé-poubelle, par laquelle des millions de jeunes et moins jeunes croient s’abstraire du monde ? N’est-ce pas aussi un enfermement même s’il est volontaire ? Le moteur du système économique - le désir d’objets captivants mais très vite caduques - constitue une entrave au libre développement des individus et des relations sociales. La camisole chimique sévit aussi au-dehors : France, championne mondiale de la consommation d’antidépresseurs… Et la claustrophobie des ZUP, ZI et autres ZAC, qu’elles soient chicos ou de « non-droit » ? Et le travail toujours plus aliéné ? Autant de raisons pour ne pas oublier de critiquer la prison. Elle est au centre de cette société. Elle en est le cœur malade. Le soutien aux taulards est d’abord une activité vitale des proches ; des amours, des amitiés et des complicités laissées derrière, de l’autre côté des hauts murs. Mais si nous voulons changer ce monde, nous ne pourrons pas faire l’économie d’une critique radicale et publique du système carcéral. Comme disait le Comité d’action des prisonniers en 1973 : « Les chaînes des prisonniers sont les mêmes que celles de tous les hommes sans pouvoir sur leur vie : elles sont simplement plus visibles. » Par ici la sortie.

Édito du supplément « Enfermements » du n°50 de CQFD, novembre 2007.






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