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CQFD N°050


PORTENAWAK AU PALAIS

TONFA POUR FA…

Mis à jour le :15 novembre 2007. Auteur : Iffik Le Guen.

Le soir de l’élection de Nicolas Sarkozy, Johnny a bien lancé une canette sur les flics, mais seulement à moitié pleine. Quant au fluet Matthieu, il aurait terrassé un mastodonte de la BAC d’une pichenette mal placée. Récit d’un procès erroriste en diable…

« LA POLICE A FAIT USAGE de la force strictement nécessaire pour disperser un rassemblement spontané. » Voilà la mielleuse homélie prononcée le 17 octobre dernier par sa bassesse le procureur lors du procès de ceux qui ont tardé à circuler le soir des résultats de la présidentielle sur le Vieux-Port à Marseille. L’emploi de forces non conventionnelles, en l’occurrence des unités du GIPN, ou les provocations de certains éléments de la Bac Centre ? Silence radio. L’utilisation expresse des lacrymos et des flash-balls au milieu d’une foule de badauds sortant des restos et des bars ? À peine évoquée. Allez en paix, braves paroissiens, la messe est dite. Aujourd’hui, sursis et amendes pour chacun, la prochaine fois, peines planchers pour tous. Seule discordance dans cette bouffonnerie judiciaire de trois heures dans laquelle chaque acteur joue son texte à la virgule près, l’arrivée à la barre de Laurent, alias Johnny, que l’on pourrait croire échappé d’une planche de Margerin. S’accrochant mordicus à sa version des faits (la canette lancée en direction des condés était à moitié vide) et ne comprenant pas du tout les us et coutumes qui régissent cette noble assemblée (« Vous notez bien que la canette était à moitié vide, hein ? »), il réussit l’exploit de faire sortir de sa torpeur et de ses gonds la très honorable présidente (« Vous allez vous taire, à la fin ! »). Après le délibéré des vieilles dames aveugles, on craint le pire, surtout que l’artiste avait déjà un casier pour dégradation de monuments publics, mais c’est une amende de trois cents euros qui tombe. Pour Johnny, qui a compris que s’il ne paye pas la somme dans les deux mois, la taule l’attend direct, c’en est trop et il lance un tonitruant « Tchao ! » en quittant la salle.


Un seul regret, dans ce grand Guignol policier, où des agents, touchés à mort vers 22 heures, continuaient à serrer des clients deux heures plus tard : l’absence à l’audience du capitaine Christian Battesti, chef de la Bac Centre, aux côtés de Matthieu, accusé de l’avoir plaqué au sol et roué de coups. Ah, cher lecteur, quel spectacle c’eût été ! L’affiche aurait fait saliver de plaisir un public de connaisseurs. À ma gauche,le bourreau : frêle professeur vacataire d’occitan. À ma droite, sa victime : quatre fois champion du monde et neuf fois champion d’Europe de full-contact, surnommé « l’Extra-terrestre » pour son inhumaine capacité à jauger en quelques secondes les failles de son adversaire, ancien membre du GIPN et du Raid. Mais l’homme, et en lui le flic et le champion, est modeste. Plutôt que de venir en personne administrer la « belle leçon de courage et de volonté » (dixit La Provence du 08/10/2007) dont il est coutumier, aussi bien sur les rings du monde entier que pendant « les nuits entières à patrouiller avec ses collègues » (op.cit.), c’est donc par un simple courrier adressé au tribunal qu’il réclame six cents euros de dommages et intérêts à celui qui a osé lui contester sa ceinture de Jean-Claude Vandamme méridional. Gageons que notre héros, en pleine promo autour de l’hagiographie que lui a consacrée cette journaliste du toujours très bien informé quotidien régional, n’ait pas voulu donner trop de publicité à cette ornière sur la route d’une légende en marche.

Article publié dans CQFD n° 50, novembre 2007.






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