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CQFD N°050


TRISTESSE

L’ALTERPRESSE VIRE KAKI

Mis à jour le :15 novembre 2007. Auteur : François Maliet.

Politis a longtemps soutenu les insoumis et déserteurs de tous poils, et gourmandé sans ménagement les marchands de canons. C’était avant que l’alterhebdo n’embarque à son bord un expert en relations internationales acoquiné avec l’industrie de l’armement.

DIMANCHE 24 JUIN 2001. Une poignée d’activistes déterminés se pointe au salon de l’aéronautique du Bourget, saute les barrières du stand d’Eurocopter, filiale d’EADS, et s’enchaîne illico à un hélicoptère de combat Tigre, engin de mort fabriqué et vendu par la France. Au cri de « Ventes d’armes, basta ! », les militants haranguent le public interloqué tout en barbouillant de peinture rouge le bel appareil couleur sable. Pour l’occasion, Politis a dépêché sur place Véronique Lopez, une de ses journalistes. Cette dernière mouillera la chemise, partageant pendant quatre heures une cage du commissariat de La Courneuve avec les antimilitaristes cueillis à la pince-monseigneur. Lors de l’arrestation, les flics n’ont pas cru à son histoire de carte de presse. Elle publiera la semaine suivante un reportage sur l’action, sans omettre d’épingler les badauds du Bourget « qui semblent oublier les conséquences humaines de ces joujoux militaires. » À l’époque, l’hebdo créé par Bernard Langlois se plait à vertement tancer le « sinistre commerce » des armes dont ce « Disneyland de la mort » est la vitrine. À l’époque…
Jeudi 1er novembre 2007. Politis s’interroge : « Faut-il promouvoir une Europe-puissance ? » [sic] Une prof de fac écrit préférer une Europe qui a plus de bouche que de biceps. Une contribution supplémentaire, sûrement là pour alimenter le débat « citoyen », est titrée : « La puissance militaire n’est pas nécessairement agressive ». Elle ne met pas non plus nécessairement à l’aise. L’auteur y flatte les altermondialistes, qui « ont su acquérir une réputation de sérieux et de crédibilité ». Mais « une telle mue ne s’est pas (encore ?) réalisée pour les questions stratégiques », poursuit-il. Sérieux et crédibles, les alterbabas en jupe à fleurs ânonnent toujours « Non à la guerre » dès que retentit le son du clairon. À cause de cette bande de pacifistes attardés, « aucune théorie de l’altersécurité n’a été développée » alors que, faut-il le rappeler, « nous ne vivons pas dans un monde idéal ». L’auteur milite donc pour une alterEurope bardée d’hélicos de combat et de chars lourds mais « strictement encadrée par le droit international » et l’ONU. L’organisation dont les cinq membres du conseil de sécurité représentent à eux seuls plus de 80 % des ventes d’armes mondiales ? Celle la même !
Cet article est illustré par une photo d’hélicoptères d’EADS prise au salon du Bourget en 2007. Mais cette fois, pas l’ombre d’un énervé enchaîné à un engin kaki bardé de mitrailleuses : ces hélicos sont des appareils civils. Voilà qui rassurera les lecteurs de Politis qui n’ont pas oublié « les conséquences humaines de ces joujoux militaires ».
Cet appel à l’altercourse aux armements est signé Pascal Boniface, le très médiatisé directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) qui répand son avis dès que l’artillerie lourde est de sortie. La boîte de cet expert compte dans son conseil d’administration le directeur délégué aux opérations et ventes d’EADS International, Denis Verret. Le soldat Boniface agit donc sous la houlette d’un gars qui refourgue des armes estampillées EADS à toute la planète. De là à imaginer que cet agent dormant de Lagardère profite de son implication dans Politis pour faire de la pub à son patron…
Le sous-off’ Boniface risque de réitérer ses appels à la mobilisation générale tout azimut puisqu’il s’avère qu’il n’est pas simple contributeur occasionnel : il est actionnaire de la société éditrice de Politis, et a de surcroît un siège au conseil de direction. À la fin de l’année 2006, alors que l’hebdo était confronté une nouvelle fois à de gros problèmes de trésorerie, le colonel Boniface participa au plan de sauvetage. C’est sans doute pour remercier ce généreux actionnaire que Denis Sieffert, le rédacteur en chef, publie dans ce même numéro une critique dithyrambique « d’un petit livre efficace à l’usage du plus grand nombre » qui est « une invitation à l’esprit critique » écrite par… Pascal Boniface [1]. Comme si on avait attendu son carton… Dans ta face, Boniface !

Article publié dans CQFD n° 50, novembre 2007.


[1] Cinquante idées reçues sur l’état du monde, Éditions Armand Colin, 2007.





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