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CQFD N°050


FILM DE MARINS

CODE DU TRAVAIL EN PERDITION

Mis à jour le :15 novembre 2007. Auteur : François Maliet.

C’est sur leur bateau amarré dans le Vieux-Port de Marseille –« On vit ici, on a revendu notre appart’ »– que Jocelyne et Pierre Mallet ont invité CQFD à papoter de la mer, des bateaux, des marins et de leur travail. Léger clapotis pour l’ambiance…

« LA MER, c’est fait pour les poissons ! », lâche Karios face à la caméra de Jocelyne, réalisatrice du documentaire Paroles de marins. Provocation d’un matelot qui ne supporte même plus de voir flotter un canard dans sa baignoire ? Institutrice de métier, Jocelyne a beaucoup bourlingué avec son capitaine de mari, jusqu’à Odessa « avant la chute du mur », ainsi qu’à bord d’un pinardier en Méditerranée. Ces virées au long cours lui ont permis d’appréhender les arcanes de la marine marchande, et fait naître l’envie de donner la parole à des travailleurs de la mer conscients de l’évolution de leur profession. Car le plus souvent, « les marins ne connaissent pas la précarité grandissante dans leur secteur. » Pierre complète : « À bord, tu bosses dix-huit heures par jour, et quand tu débarques, tu ne sais plus traverser la rue. Mais on a une responsabilité : on a laissé faire en se disant “C’est un métier sympa”, jusqu’au coup de massue des délocalisations. »
La beigne a fait mal à leur droit du travail. Dans le film de Jocelyne, Charlette, serveuse sur un paquebot de complaisance, raconte : « J’avais un contrat de six mois, et on travaillait de six heures à minuit tous les jours avec une demi-heure de pause repas. » À bord, elle partageait une cabine sans hublot avec trois Philippines qui avaient signé pour huit mois ferme. Elles devaient payer leur uniforme… Marie, qui a été officier sur un bateau de croisière complaisant [1], fait le même constat à propos de ses collègues indiens. Embauchée elle-même en free-lance, elle a vite constaté une voie d’eau dans ses conditions de travail et sa paie.Mathieu, autre officier,a aussi bossé sous complaisance à la sortie de l’école : « C’était la liberté,on partait pour trois mois, on était payé en liasses. » Une liberté qui vire vite à la galère : « On n’avait pas de retraite, pas de sécu, pas de chômage. Quand je me suis posé, j’ai cherché un pavillon français. »
L’ennui, c’est que ce pavillon français subit le supplice de la planche, et risque de finir dévoré par ces requins d’armateurs. À la place apparaît le « principe du pays d’origine » : le marin est payé selon les réglementations de son pays. Depuis 1989, un pavillon bis – le registre Kerguelen– permet aux navires français de recruter 65 % de main-d’œuvre extra-communautaire, beaucoup moins chère. Plus récemment, le Registre international français (RIF), permet un équipage composé jusqu’à 75 % de petites mains asiatiques,ukrainiennes ou africaines. Qui ne bénéficient pas du droit du travail français, seules les normes minimales de l’Organisation internationale du travail leur sont concédées. Outre les conditions de taf, cela pose aussi des problèmes de sécurité : Alexis, capitaine sur un pétrolier, s’énerve : « Sur dix-sept gars à bord, on a quatre nationalités. Certains comprennent le français, d’autres l’anglais… En cas d’urgence, on fait comment ? » Et ce n’est pas fini, puisqu’un texte de loi qui autorise l’embauche du capitaine et du second au sein de l’Europe se balade entre l’Assemblée nationale et le Sénat.
« En mer, question casse sociale, on a quinze ans d’avance », souligne Pierre. Ça vaut le coup de jeter un coup d’oeil…

Pour organiser une projection de Paroles de marins près de chez vous, contactez Jocelyne et Pierre Mallet par mail à parolesdemarinsENLEV@orange.fr

(Cliquez sur l’adresse et enlevez le « ENLEV » situé avant l’@ afin d’éviter les spams)

Article publié dans CQFD n° 50, novembre 2007.


[1] Lire « Vivent les mutins ! », CQFD n°30, janvier 2006.





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