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CQFD N°050


UN GUANTANAMO CHIMIQUE ?

« L’INTERNEMENT PSYCHIATRIQUE TE MARQUE À VIE »

Mis à jour le :15 novembre 2007. Auteur : Régis F..

Shock corridor, ça n’est pas que du cinéma. Le témoignage de Régis prouve qu’à peu près n’importe qui est à la merci d’une décision administrative. Une mauvaise passe,un malentendu et hop !, te voilà pris dans l’engrenage psychiatrique. C’est par où la sortie ?

LE MATIN DU 6 JUILLET 2007, pour une raison inconnue, j’ai dû me présenter au commissariat de mon quartier. C’était en fait pour une hospitalisation obligatoire (HO),une décision prise par une psychiatre que j’avais rencontrée une seule fois,dans un état à dire vrai assez énervé.Je n’avais pas envie de ce rendez-vous,j’étais dans une période tendue.J’avais un peu trop fumé et je portais une matraque télescopique sous le blouson en vue d’une livraison de bijoux (tatoueur,je fais aussi du piercing). La psy a dû l’apercevoir et prendre peur. Elle a alors jugé bon,et pour mon bien,de me faire interner.
Voilà comment le calvaire a commencé. Après avoir été vulgairement menotté, j’ai été transporté du commissariat à l’hôpital. J’avoue avoir la tension haute, ce qui s’est traduit verbalement à mon arrivée là-bas. La suite ? Efficace et directe. Je me suis retrouvé pieds et poings liés sur un lit, avec injections de drogues lourdes. Mes souvenirs des jours suivants sont vagues, et c’est presque tant mieux. Être attaché, c’est une atrocité à vivre. Est-ce un traitement ou une punition ?
J’ai passé quinze jours dans ce centre, habillé de rouge, dans le quartier rouge… Sous Loxapac, une sorte de camisole chimique. Je bavais sur mon oreiller pendant mon sommeil. Éveillé, j’avais des tremblements, des gestes incontrôlés, une raideur dans mes mouvements. Je ne savais pas ce qui m’arrivait. Au bout de quinze jours,on m’a transféré à Pasteur. Autre établissement, autre psy. Les chambres étaient plus propres,les bâtiments aussi,moins de promiscuité,deux par chambre.Mais très vite,je vais regretter mes habits rouges et les quelques arbres de la cour, car à Pasteur, le beau jardin, ce n’est que trente minutes par jour.Le reste du temps,c’était un long couloir de cent mètres de long, deux mètres cinquante de large, pour une vingtaine de patients toutes pathologies confondues, sous les néons. Une salle fumeur de 10m2, où la cigarette est une denrée rare. Une salle télé,par groupe de cinq,dur pour choisir un programme.Quand le service était surchargé, il fallait attendre jusqu’à quarante-huit heures pour voir le ciel et un bout de nature.
Je tiens à dire que durant mon séjour, j’ai été discret, tranquille, sans reproche. Je voulais sortir le plus tôt possible de derrière ces barreaux. Mais lors de ma première entrevue, bloqué par le Loxapac, je n’ai pas pu bien m’exprimer et le psy,que je ne connaissais pas,ne m’a pas vraiment tendu la main. Il m’a reçu entouré de six assistants. Sept blouses blanches et moi au milieu.Peu d’humanité,à mon avis.Et après,si tu n’insistes pas, tu ne vois le psy qu’une fois par semaine. Une aberration, puisque ta sortie dépend de lui.Par chance,ce type est parti en vacances et sa remplaçante a changé le traitement et pris le temps de m’écouter. On m’a donné un peu de liberté l’après-midi,dans l’enceinte de l’hôpital. Le seul fait de marcher à l’air libre et de croiser quelques nouveaux visages te fait revivre.
Le 15 août,pour l’Ascension,première perm’ ! Une journée en famille,une nuit sereine.Petit à petit,on m’a donné des perms plus longues. L’aprèsmidi je sortais,je me réhabituais à la vie sociale. À la vie, quoi !
Le 7 septembre, après soixante-quinze jours d’internement,j’ai pu enfin sortir. Mais pendant trois mois encore,je dois me rendre tous les quinze jours à une visite obligatoire.
Je me suis renseigné : mon séjour a coûté à la Sécu 833,90 euros par jour. Les vingt patients qui sillonnaient le même couloir que moi coûtent donc 16.678 euros par jour…
À quoi sert la psychiatrie ? En soixante-quinze jours, je n’ai pas trouvé la réponse.

Article publié dans le supplément sur l’enfermement « C’est par où la sortie ? » accompagnant le CQFD n° 50, novembre 2007.






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