Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°051
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°051


FAUX AMIS

LA DEMOCRASSIE

Mis à jour le :15 décembre 2007. Auteur : Le bouledogue rouge.


Une AG qui vote pour savoir si elle doit voter ! La plaisanterie paraît faire écho à « la réunion préparant la prochaine réunion », dans La Vie de Brian des Monthy Python. Caricature. Non-sens. Et pourtant… « Qui est d’accord pour soutenir les cheminots en grève ? », « Qui est contre ? », « Qui s’abstient ? », « Qui ne participe pas au vote ? [sic] » On compte, on recompte. Cinq minutes après, re-belote : « Qui est contre l’intervention des flics sur les campus ? », « Qui est pour ? », et re-blabla. Pour quoi faire ? L’assemblée part-elle ensuite, « tous ensemble », à la rencontre des cheminots en lutte ? Ceux qui ont voté « pour l’intervention des flics » composent-ils illico le 17 sur leur portable ? Et ceux qui se sont dits scandalisés par l’intrusion policière, dressent-ils des barricades ? Non, ça continue : « Qui est contre la grève ? » L’« anti » déballe son point de vue et conclut par un « De toute façon, vous êtes minoritaires, Sarkozy a été élu avec 53 % ». Ça siffle d’un côté, ça proteste contre les sifflets de l’autre. « C’est la démocratie, c’est important », « Faut écouter le point de vue des autres. » Refrain cent fois seriné. Une foule dans un amphi ne peut-elle accoucher que de ce copier-coller de la politique parlementaire, poussée jusqu’à la parodie ? Ce formalisme prétend-il contrer l’accusation d’illégitimité brandie par Le Figaro ? Caresser « l’opinion publique » et les médias dans le sens des poils de leur fausse moustache ?
Le patron fait la pluie et le beau temps dans sa boîte bien qu’il y soit minoritaire. La haute finance n’a pas attendu d’être majoritaire pour infliger la loi du fric à la société. Dans ces conditions, faut-il vraiment être plus de 50 % pour se mettre en grève ?
Mais voilà qu’ici, par le seul fait d’avoir osé dire non, pèse soudain sur nos frêles épaules l’immense tâche de recomposer une grande communauté chimérique, alors même que s’opposer implique justement de ne plus croire à cette comédie.
Représentative ? Participative ? La démocratie, c’est celle qu’on a ici, dans les pays occidentaux. Celle qui s’impose là-bas, en Irak, en Afghanistan, à coup de canons. Celle qui se valide dans les urnes et s’invalide aussi sec si le résultat n’est pas celui qu’escomptait le pouvoir réel. Celle qui fait peser le soupçon de totalitarisme sur la moindre critique à son encontre. Maladie ou racket ? Les deux, mon citoyen ! Une promesse d’égalité qui a dégénéré en muselière, en frein aux libres initiatives. Si on s’en tenait aux sondages, opposés à la grève, favorables à l’expulsion des sans-papiers et fans de la police, on n’aurait plus qu’à se carrer devant les séries de M6 en attendant la fin du monde. Seulement voilà, l’opinion des sondés auvergnats se sentant pris en otage par les grévistes de la SNCF est respectable, mais ils oublient que les trains régionaux ont été supprimés depuis belle lurette !
Les machines allaient en finir avec le travail. Le progrès garantirait un bien-être général. La démocratie apporterait, à tous, la possibilité d’agir et de transformer la vie publique. Mais au final, rien. Ou si peu.
Que reste-t-il alors à ceux et celles qui s’insurgent contre l’imposition d’une volonté extérieure au groupe ? La parole et la prise de décision collectives qui se jouent entre personnes engagées dans une résistance commune – et seulement entre elles ! Un pouvoir tangible qui n’est visiblement pas de ce monde… Un esprit pratique, une clandestinité ouverte, une mystérieuse transparence. Le cri de guerre d’un Général Ludd de la démocratie.

Publié dans CQFD n°51, décembre 2007.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |