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CQFD N°051



AU BOUT DU VOYAGE, LA NUIT

Mis à jour le :15 décembre 2007. Auteur : Sélim Mohamed.


Dans la nuit du 3 au 4 décembre, au large de Mayotte, une vedette de la police de l’air et des frontières entre en collision avec un kwassa-kwassa transportant des clandestins comoriens. Bilan : trente-trois rescapés dont six enfants, mais aussi deux morts et de deux à huit disparus. L’enquête ne dira pas si cette collision fut volontaire.
Une semaine plus tard, les deux victimes mortelles n’ont pu être enterrées par les familles, à qui l’on demande 1 290 euros pour récupérer les dépouilles à la morgue (établissement privé baptisé « Mayotte-Déménagement »…). Les six enfants ont été relâchés. Cinq rescapés adultes sont encore à l’hôpital, les autres ont été parqués au centre de rétention administrative. Là, pas de contacts avec l’extérieur, pas même un coup de fil à la famille. Ils ont finalement été libérés avec un sauf-conduit valide jusqu’à la fin de l’enquête.
Le mineur qui s’est déclaré « passeur », ainsi que deux adultes, sont en prison, sous deux chefs d’inculpation : mise en danger de la vie d’autrui et infraction à la législation réglementant l’entrée des étrangers sur le territoire national. Car Mayotte, n’oubliez pas, c’est la France. La France bien installée chez elle, sûre de son droit et de la nécessité de bouter l’Africain hors de son terroir…
La Cimade, qui n’a pu avoir accès au centre de rétention, a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme et se démène pour que les clandestins puissent porter plainte : échec total jusqu’à présent. Le naufrage est relégué en brève dans les journaux locaux, encore plus timides que ceux de métropole. Ils ont préféré titrer sur la visite éclair de Roselyne Bachelot, restée quatre heures sur le sol mahorais… Dans la rue, comme d’habitude, le silence est de mise. Une manif, organisée par un collectif d’associations, est tout de même prévue mercredi à Mamoudzou.
Les autorités françaises, en la personne de Brice Hortefeux, ont diligenté une enquête de l’Inspection générale de la police nationale pour faire toute la lumière sur cet « incident ».

Publié dans CQFD n°51, décembre 2007.






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