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CQFD N°053


COM’

LUNE DE MIEL À GANDRANGE

Mis à jour le :15 février 2008. Auteur : Gilles Lucas.

Les Lorrains ont le sens de l’humour. À Gandrange, on est encore mort de rire après le passage de Sarkozy. Les mouchoirs à peine rangés, CQFD n’a pas voulu être en reste d’une bonne tranche de rigolade exotique…

« Vous êtes sûrs qu’il n’y aura pas de Gégé [1] « À Gandrange ? » aurait demandé Sarkozy, selon les syndicats d’ArcelorMittal, avant de venir faire son cinéma dans la vallée de l’Orne le 4 février. No problème ! le comique peut y aller de son boniment devant la claque syndicale dans l’usine encerclée de CRS : « les caisses vides pour augmenter les salaires » ne le sont pas pour donner un coup de main à une entreprise privée telle que ArcelorMittal qui vient de dégager 8 milliards d’euros de bénéfice en 2007 pendant que son P-DG touche 135 000 euros par mois. Tout à son enthousiasme, devant une si belle et docile assemblée d’indigènes, il lâche « Gandrange, comme voyage de noces, y a pas mieux ». C’est vrai que tout y est rassemblé pour le dépaysement quand on arrive du vrai monde, celui du progrès et de la richesse. Mais que disent ces sauvages, qu’un bon mot, cette verroterie communicationnelle, devrait satisfaire ? CQFD s’est livré à un sondage définitivement scientifique auprès d’un échantillon téléphoniquement représentatif de Gandrangeois.

« Je sais bien ce qu’il a dit, j’étais derrière le cortège. Ces histoires à lui, ça le regarde, ça ne regarde personne d’autre. Il n’y a pas que lui qui divorce et qui se marie. Il y a des millions de gens à qui ça arrive. L’usine, les ouvriers, nos problèmes, c’est ça qui nous intéresse. Moi j’ai 500 euros par mois pour vivre, je suis toute seule, et lui, il se donne un bon salaire, vous avez vu ça ! Les choses pour manger, elles ont le même prix pour tout le monde. Faut pas qu’il oublie que si les ouvriers étaient pas là, lui, il existerait pas, il n’y a rien qui existerait. » La dame à l’accent italien poursuit : « Et puis tous ces médicaments que je dois payer maintenant, c’est pas une honte ça ! Et lui, il vient se moquer de nous… Excusez-moi, je m’emporte ! » L’homme, la quarantaine, tient une supérette : « Moi, je fais pas de politique. Je travaille tout le temps. J’ai pas le temps de penser. » Il reprend son souffle, qu’il a court : « Je travaille toujours plus et je gagne toujours moins. Je suis un pigeon, un vrai pigeon fiscal… Ce que j’en pense ? On est tous foutus, on arrête pas de reculer. Quant à l’autre, il faut bien que jeunesse se passe, elle est mignonne sa gosse, non !… Bon, je vous laisse, j’ai du monde ». Le taxi, lui, démarre sur les chapeaux de roues : « Enfin un politicien qui va s’occuper de nous. J’ai trouvé ça très sympathique, même si ce qu’il a dit c’est se foutre de la gueule du monde. Qu’est-ce qu’il va venir se faire chier chez nous ? Vous avez vu le pays comment il est ici. C’est n’importe quoi ! Mais bon, c’est pas le premier qui se moque des gens d’ici ! C’est à cause de qui si tout ici est parti en sucette ? » Un commerçant poursuit : « Moi, ça m’a touché qu’il vienne à Gandrange, dans ce trou à rats. » La dame est désabusée : « On s’était dit qu’il s’occuperait des ouvriers et il vient se moquer de nous. Ici, on n’en peut plus. Qu’est-ce qu’il veut, ce type ? Qu’on lui lèche en plus les pieds ? » Une autre, plus jeune, explique : « Passer 20 minutes ici, et dire une chose pareille ? Il nous prend pour des guignols. J’ai pas honte de le dire, j’étais à cent pour cent pour lui. On reçoit rien que du mépris. Et en plus, il rigole. »

On raconte que, depuis des générations, le soir, les enfants s’endorment en écoutant cette vieille légende qui erre dans les brouillards de Lorraine. Jean Cablé, violoneux de métier, fut abordé par un monsieur de belle prestance qui lui demanda de venir jouer à un bal. Ayant pris la précaution de se faire payer d’avance d’une pleine poignée d’or, il se rendit dans un somptueux palais où l’attendait toute une assistance de danseurs et de danseuses magnifiquement vêtus. Mais, avec les premières lueurs du jour, tout disparut subitement, et Jean Cablé se retrouva seul avec son violon. Pour se consoler, il entreprit de compter son salaire, mais ne trouva plus dans sa poche qu’un amas de feuilles mortes. Ainsi s’était transformée la grosse poignée d’écus que lui avait remise le Roi du mensonge et de la fausseté… Décidément !

Publié dans CQFD n°53, février 2008.


[1] Diminutif affectueux du pêcheur du Guilvinec qui avait traité le président d’« enculé » et auquel Sarkozy avait répondu, le 6 novembre 2007, le devenu célèbre « per peur tcher tou chou tchié… »





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